Les repères à connaître : états et religions
Les dates du thème « Analyser les relations entre États et religions », rangées par période, avec pour chacune la phrase qu’elle permet d’écrire. 31 repères.
Pourquoi ces dates comptent
Une date seule ne rapporte aucun point. Ce qui en rapporte, c’est ce qu’elle permet de démontrer : chaque repère est donc accompagné de sa portée, c’est-à-dire de la phrase qu’il autorise à écrire dans une copie.
Comment les États et les religions se lient, se séparent ou se redéfinissent les uns par rapport aux autres, et pourquoi ce rapport reste un enjeu politique ?
Avant le XIXe siècle
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 380 | L’édit de Thessalonique | Il montre un pouvoir qui ne se contente pas de tolérer un culte : il en adopte un et fait de la définition de la croyance juste une affaire publique. Toute la typologie juridique de l’introduction se lit par écart avec ce point de départ. Écrire qu’il crée d’un coup une religion d’État est en revanche imprudent : la christianisation du droit impérial se fait sur plusieurs décennies. |
| 622 | L’hégire | Elle donne le point de départ du calendrier musulman, et surtout elle montre une communauté de croyants qui s’organise d’emblée comme un corps politique. La question de la distinction des deux ordres ne se pose donc pas dans les mêmes termes que dans le monde latin, où deux institutions préexistent l’une à l’autre. |
| 632 | La mort de Muhammad et l’ouverture de la succession | C’est l’origine de l’institution que l’axe 1 fait comparer : le calife hérite du gouvernement des croyants et d’une autorité sur la communauté, sans être tenu pour un prophète. Poser ce partage avant toute comparaison évite de faire du calife un équivalent du pape ou de l’empereur. |
| 787 | Le deuxième concile de Nicée | Il donne la preuve la plus nette du modèle byzantin : c’est le pouvoir impérial qui convoque l’assemblée où se tranche une question de croyance. Dans le monde latin, l’autorité pontificale revendique au contraire une compétence propre en matière de doctrine, que le souverain ne saurait exercer à sa place, et la comparaison demandée par l’axe 1 tient dans cet écart. |
| 800 | Le couronnement impérial de Charlemagne | Le geste fait de chacun le garant de l’autre : le souverain reçoit une légitimité que seule l’autorité religieuse pouvait donner, et le pape s’assure un protecteur armé. Il a ensuite été relu dans les deux sens, chaque camp y lisant sa propre supériorité, et c’est cette ambiguïté qu’une copie doit exposer plutôt qu’un vainqueur. |
| 929 | Le titre califal pris à Cordoue | Il interdit de parler du califat au singulier pour cette période : trois pouvoirs revendiquent en même temps la même dignité. La comparaison avec l’Empire byzantin y gagne, puisqu’elle oppose une chrétienté d’Orient à direction unique et un monde musulman où l’autorité suprême est disputée. |
| 1054 | Le schisme entre Rome et Constantinople | La division du christianisme n’est pas seulement doctrinale : elle sépare deux façons d’articuler le pouvoir et la foi, celle où l’empereur préside et celle où le pape revendique une autorité propre. La date est traditionnelle, et signaler que la séparation s’est faite par étapes vaut mieux que de la présenter comme une rupture d’un jour. |
| 1122 | Le concordat de Worms | C’est le premier partage négocié de compétences entre les deux pouvoirs, très en amont des séparations modernes. Il sert à montrer que la distinction du spirituel et du temporel est née de leur conflit et non d’un retrait volontaire de l’État, ce qui déplace utilement l’origine de la question. |
| 1534 | L’Acte de suprématie | Il donne l’exemple d’une Église nationale placée sous l’autorité du souverain, régime qui n’est ni une théocratie ni une séparation. Comme le lien entre la Couronne et l’Église d’Angleterre subsiste aujourd’hui dans un pays où la pratique a fortement reculé, il prouve à lui seul qu’un statut juridique et un état des croyances ne se déduisent pas l’un de l’autre. |
| 1555 | La paix d’Augsbourg | Il installe le principe qui lie la religion des sujets à celle du souverain, donc l’idée que la paix passe par la coïncidence d’un territoire et d’une confession. La tolérance y est un arrangement entre princes, jamais un droit reconnu à la personne, et c’est exactement ce qui sépare ce régime des libertés modernes. Les traités qui closent la guerre de Trente Ans, près d’un siècle plus tard, élargiront ce compromis aux réformés sans en changer la logique. |
| 1598 | L’édit de Nantes | Il montre ce qu’est une tolérance concédée : elle vient du souverain, elle est bornée, elle n’égalise pas les cultes. Il sert donc à opposer la faveur accordée par le prince et l’égalité de droit revendiquée deux siècles plus tard, distinction qui vaut des points dans toute copie sur les libertés religieuses. |
| 1685 | La révocation de l’édit de Nantes | Il prouve qu’une liberté concédée par le pouvoir peut lui être reprise, argument décisif contre l’idée que la tolérance suffirait à garantir la liberté de conscience. C’est le repère qui explique pourquoi la revendication suivante ne sera plus une faveur à demander mais un droit à inscrire. |
| 1689 | La Lettre sur la tolérance, de John Locke | Elle fournit l’argument philosophique de la séparation avant que le droit ne l’organise : ce n’est pas l’indifférence religieuse qui la justifie, c’est l’inefficacité de la contrainte en matière de foi. Une copie qui cite ce raisonnement sort du simple récit chronologique et démontre au lieu d’énumérer. |
| 1789 | L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen | C’est le passage de la tolérance concédée au droit reconnu, mais un droit assorti d’une limite d’ordre public qui n’a jamais disparu depuis. Citer l’article permet de montrer que la liberté de conscience et l’encadrement de ses manifestations extérieures sont posés dans le même mouvement, et non l’un contre l’autre. |
| 1791 | Le premier amendement de la Constitution des États-Unis | Il fonde une séparation conçue pour protéger les Églises de l’État autant que l’État des Églises, ce qui n’est pas la logique française. C’est le repère qui empêche de conclure d’une séparation juridique ancienne à un effacement du religieux dans la vie publique américaine. |
Le XIXe siècle
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1801 | Le concordat entre Bonaparte et Pie VII | C’est le modèle du régime de reconnaissance, à mi-chemin entre la religion établie et la séparation : l’État ne se confond avec aucune Église, mais il salarie des ministres du culte et intervient dans leur nomination. Un régime qui en est hérité subsiste dans trois départements de l’est de la France, ce qui suffit à montrer qu’un même pays peut porter deux régimes à la fois. |
| 1882-1886 | La laïcisation de l’école primaire publique en France | La séparation française a commencé par l’école, là où l’État forme les citoyens, et elle s’est faite en deux temps : les programmes d’abord, les personnes ensuite. Distinguer ces deux étapes évite de résumer la laïcité française à une seule loi et donne une chronologie au lieu d’un symbole. |
| 1881-1882 | Lois Ferry : école primaire gratuite, obligatoire et laïque | C’est le socle de l’alphabétisation de masse en France et l’explication du resserrement de l’écart d’instruction entre les sexes à la fin du XIXe siècle. Le repère sert aussi à montrer qu’un État peut faire de l’accès au savoir une fonction publique, et du contenu enseigné une question politique. |
| 1905 | La loi de séparation des Églises et de l’État | Elle fixe le modèle français : une abstention de l’État qui va de pair avec une liberté garantie aux personnes, et non une hostilité au fait religieux. Elle ne s’applique pas dans les trois départements de l’est restés sous régime concordataire, précision qui distingue une copie informée d’une copie approximative. |
De 1914 à 1945
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1924 | L’abolition du califat par la Grande Assemblée nationale de Turquie | C’est une laïcité venue d’en haut et faite par la loi, qui ne sépare pas l’État du culte mais place celui-ci sous sa tutelle. Ce contre-exemple interdit de définir la laïcité par la seule séparation, et il est la meilleure réponse à un sujet qui demande si tous les États laïques se ressemblent. |
| 1929 | Les accords du Latran | Ils donnent le cas où une autorité religieuse est aussi un sujet du droit international, ce qui interdit de ranger toutes les institutions religieuses parmi les acteurs non étatiques. Rapprochés de leur révision, ils montrent surtout qu’un régime de relations se renégocie : la religion d’État a été instituée ici par un accord, puis retirée par un autre. |
| 1937 | L’inscription de la laïcité dans la Constitution turque | Il date le moment où un principe devient une norme fondamentale. Abolir une institution religieuse, retirer une mention de la constitution et proclamer un principe sont trois opérations différentes, souvent confondues dans les copies : cette série de trois dates permet précisément de les tenir séparées. |
De 1945 à 1990
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1947 | La partition de l’Empire des Indes | C’est le cas majeur d’une frontière tracée sur un critère religieux, et l’origine du contentieux qui pèse encore sur les relations entre les deux États. Il éclaire aussi le choix indien qui suit : reconnaître également toutes les confessions plutôt que d’en établir une. |
| 1948 | L’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme | Elle donne l’étalon international à partir duquel les régimes se comparent, et elle sépare ce que les copies mêlent : le statut juridique des cultes d’un côté, la liberté laissée à la personne de l’autre. N’étant pas par elle-même un texte contraignant, elle explique aussi l’écart entre les droits proclamés et les situations observées. |
| 1950 | L’entrée en vigueur de la Constitution de l’Inde | Elle fonde un État qui traite les confessions à égalité au lieu de se tenir à distance de toutes : c’est ce que le mot sécularisme désigne dans le contexte indien, et non un synonyme de laïcité. Elle explique aussi pourquoi le droit de la famille y varie selon l’appartenance, et donc pourquoi le débat sur un code civil commun y revient régulièrement. |
| 1962 | L’arrêt Engel v. Vitale de la Cour suprême des États-Unis | La séparation américaine se construit surtout par la jurisprudence, et elle porte sur l’action des institutions publiques, non sur la place du religieux dans la société. C’est le repère qui explique pourquoi l’école reste, là-bas, le terrain où la question se rejoue à chaque génération. |
| 1965 | La déclaration Dignitatis humanae du concile Vatican II | Elle date le moment où une institution religieuse majeure reconnaît un principe que son magistère avait auparavant condamné. Elle interdit donc de présenter la liberté de conscience comme une exigence imposée du dehors aux religions, et montre que les institutions religieuses ont aussi une histoire interne. |
| 1976 | L’ajout du terme séculier au préambule de la Constitution indienne | Un principe peut être pratiqué avant d’être écrit : l’égale reconnaissance des confessions figurait déjà dans les droits garantis, l’amendement l’inscrit dans la définition même de la République. Le contexte de son adoption rappelle en outre qu’une révision constitutionnelle est un acte politique daté, jamais une simple mise au net. |
| 1979 | La Constitution de la République islamique d’Iran | C’est le repère qui interdit de présenter le desserrement des liens entre États et religions comme un mouvement général et à sens unique. Il donne à l’introduction le pôle opposé à celui de la séparation, celui où l’autorité religieuse n’influence pas le pouvoir depuis l’extérieur mais l’exerce dans les institutions elles-mêmes, et il oblige donc à comparer des régimes juridiques plutôt qu’à les classer par degrés d’avancement. |
| 1979 | La fondation de la Moral Majority | C’est la preuve, en un fait daté, que la séparation juridique entre l’État fédéral et les cultes n’empêche pas des organisations confessionnelles de peser sur la vie politique. Le repère ne vaut qu’à la condition de la présenter comme un acteur parmi d’autres, et non comme la voix des croyants du pays. |
Depuis 1990
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1991 | La Revanche de Dieu, de Gilles Kepel | Il donne la référence par laquelle une copie discute le prétendu retour du religieux au lieu de le poser comme un fait acquis. Employé avec prudence, il montre que la thèse d’une sécularisation générale et irréversible est un objet de débat entre chercheurs, et non une conclusion à recopier. |
Questions fréquentes
Quelles dates faut-il retenir sur états et religions ?
Ce thème demande environ 31 repères. Les retenir sans savoir ce qu’ils démontrent ne sert à rien : c’est la portée qui se place dans une copie, pas la date.
Faut-il citer des dates précises en dissertation ?
Oui, un exemple daté et localisé vaut bien mieux qu’une allusion vague. Mais une date fausse coûte plus cher qu’une date absente : dans le doute, écrivez le fait sans l’année.
Pour aller plus loin
- Tous les repères Les onze thèmes du programme.