Les repères à connaître : guerre et paix
Les dates du thème « Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution », rangées par période, avec pour chacune la phrase qu’elle permet d’écrire. 147 repères.
Pourquoi ces dates comptent
Une date seule ne rapporte aucun point. Ce qui en rapporte, c’est ce qu’elle permet de démontrer : chaque repère est donc accompagné de sa portée, c’est-à-dire de la phrase qu’il autorise à écrire dans une copie.
Comment les transformations de la guerre modifient-elles les conditions dans lesquelles on peut construire la paix ?
Avant le XIXe siècle
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1625 | De jure belli ac pacis, de Hugo Grotius | Le repère établit que le droit international ne naît pas de la paix mais de la guerre : il s’écrit au moment où les massacres sont à leur comble, ce qui donne à un devoir sur la construction de la paix une entrée bien plus forte qu’une chronologie de traités. Il précède de vingt-trois ans les traités de Westphalie et permet de montrer que ceux-ci appliquent une pensée déjà formée, celle d’États souverains égaux qui se lient par des règles qu’ils reconnaissent eux-mêmes. Il porte enfin sa propre limite, indispensable à la nuance : ce droit suppose des États, et il perd prise dès que la guerre est faite par des acteurs qui n’en sont pas. |
| 1648 | Les traités de Westphalie | Ils installent l’idée que les relations internationales reposent sur des souverains égaux en droit, chacun maître chez lui. C’est ce qui rend pensables à la fois la guerre entre États et la paix par le traité négocié. On évitera d’en faire une naissance instantanée de l’ordre international : ce qu’ils dessinent se met en place lentement, et les États de l’Empire n’y obtiennent pas la pleine souveraineté. |
| 1659 (signé le 7 novembre) | Le traité des Pyrénées | Il corrige l’erreur la plus répandue sur 1648 : les traités de Westphalie n’ont pas fait la paix générale, et il a fallu onze années de plus pour éteindre le conflit principal du continent. C’est donc le repère qui sert à établir qu’un traité ne fait pas la paix par sa seule signature, et qu’une paix se construit par une série d’accords successifs dont chacun règle ce que le précédent a laissé ouvert. Il montre en outre comment un texte diplomatique fabrique une frontière : il énonce un principe, et les États mettront deux siècles à le faire exister sur le sol. |
| 1713 (complétés par Rastatt et Bade en 1714) | Les traités d’Utrecht | C’est le traité auquel on rattache le principe de l’équilibre des puissances : aucun État ne doit devenir assez fort pour dominer les autres, et une coalition se forme contre celui qui s’en approche. Le repère sert donc à montrer ce que devient la guerre dans le système issu de Westphalie, un moyen de régulation ordinaire, aux buts limités et négociables, qui ne fait disparaître aucun État et se conclut par un partage de territoires et de couronnes. Une copie qui l’emploie peut ensuite mesurer ce que la Révolution change, puisque c’est exactement cet ordre, fait de provinces cédées entre dynasties, que la nation en armes fera voler en éclats. |
| 1756-1763 | La guerre de Sept Ans | Elle donne l’exemple d’une guerre conduite par des États pour un objectif politique mesuré, et close par un traité qui redistribue des possessions. C’est le cas sur lequel on montre ce que le modèle de Clausewitz explique bien. Son extension hors d’Europe sert par ailleurs à établir qu’une guerre entre puissances se joue déjà à l’échelle du monde. |
| 20 septembre 1792 | La canonnade de Valmy | Sa valeur n’est pas militaire mais politique, et c’est ce qui en fait un repère plutôt qu’une bataille de plus. Des soldats qui se battent pour une cause et non pour un souverain tiennent devant l’une des meilleures armées d’Europe : la guerre cesse d’être l’affaire des seuls professionnels que les rois ménageaient parce qu’ils coûtaient cher. Le repère sert donc à dater l’entrée du peuple dans la guerre, que la levée en masse de 1793 puis la conscription généraliseront, et à expliquer pourquoi Clausewitz, qui a vécu ces campagnes, place l’engagement de la nation au coeur de son modèle. Il enseigne enfin qu’une bataille peu meurtrière peut faire date, ce qui interdit de juger un conflit à ses seules pertes. |
| 1792-1815 | Les guerres de la Révolution et de l’Empire | Elles montrent le passage d’une guerre de cabinets à une guerre où la nation entière est mobilisée, ce qui rapproche la guerre réelle du modèle extrême que Clausewitz appelle la guerre absolue. Le repère sert donc à établir qu’un changement politique intérieur transforme la manière même de faire la guerre. |
| 1793 (soulèvement en mars ; combats jusqu’en 1796) | L’insurrection vendéenne | Le repère sert à contredire une idée reçue qui coûte cher, celle d’une guerre irrégulière née au XXe siècle. Elle est contemporaine du moment même où la guerre entre États prend sa forme classique, et Clausewitz, qui écrit à partir de ces campagnes, consacre des pages à l’armement du peuple. Il donne aussi à une copie la panoplie complète de ce type de conflit : l’asymétrie des moyens, l’absence de front, l’impossibilité de distinguer le combattant de l’habitant, la difficulté à conclure faute d’adversaire capable de signer. Employé avec la guérilla espagnole contre les armées de Napoléon, il permet de démontrer que les formes de guerre s’ajoutent au lieu de se succéder. |
| 23 août 1793 | Le décret de la levée en masse | C’est la date qui fait passer de l’armée de métier à la nation en armes. Elle explique le changement d’échelle des effectifs pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, et elle est le point de départ obligé de tout sujet sur la guerre comme affaire de la nation entière. Elle prépare directement ce que Clausewitz observera ensuite. |
Le XIXe siècle
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1805 (2 décembre) | La bataille d’Austerlitz | Elle est la guerre napoléonienne que Clausewitz a sous les yeux quand il écrit : des armées de masse levées par la conscription, mises au service d’un objectif politique, et cherchant la bataille décisive. Elle sert donc à établir que la guerre change de nature avec la Révolution et l’Empire, parce qu’elle mobilise désormais une nation entière et non le seul souverain. Le piège est de la raconter : ce qui compte en copie n’est pas le déroulement de la journée, mais le lien entre la forme de l’armée et le régime politique qui la lève. |
| 5 et 6 juillet 1809 | La bataille de Wagram | La bataille sert de figure canonique de la guerre régulière, et c’est à ce titre qu’elle entre dans une copie : deux armées d’États identifiables, un champ de bataille délimité, une date, une décision obtenue par les armes et un traité pour conclure. C’est l’étalon auquel toutes les autres formes de guerre seront ensuite comparées, ce qui la rend précieuse dès qu’un sujet porte sur les guerres irrégulières ou asymétriques. Il faut en revanche se garder de ce qu’on lui fait dire : le tableau qu’Horace Vernet en peint en 1836 pour Louis-Philippe ne documente pas 1809, il documente la façon dont la monarchie de Juillet met la guerre napoléonienne en images. |
| 18 juin 1815 | La bataille de Waterloo | Waterloo ferme un cycle de vingt-trois ans de guerres ouvert en 1792, et c’est ainsi qu’il faut l’employer : non comme la fin d’un homme, mais comme la fin d’une manière de faire la guerre. Le congrès de Vienne, dont l’acte final est signé neuf jours avant la bataille, rétablit un ordre européen fondé sur l’équilibre des puissances et sur la concertation entre monarques, et l’Europe ne connaîtra plus de guerre générale avant 1914. Le repère sert donc à démontrer qu’on met fin à une guerre en reconstruisant un système, et non en gagnant une bataille, et il fournit la borne dont une copie a besoin quand un sujet s’arrête aux guerres napoléoniennes. |
| 1814-1815 | Le congrès de Vienne | Il fournit le modèle d’une paix fondée sur l’équilibre des puissances et sur des rencontres régulières entre quelques grands États. Il permet donc d’opposer deux façons d’organiser la paix : le concert d’un petit nombre de puissances, et la sécurité collective ouverte à tous les États, qui ne viendra qu’au siècle suivant. |
| 1832 | De la guerre, de Carl von Clausewitz | Il fournit la formule qui structure tout l’axe 1 : la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, et elle se comprend donc à partir du but politique qu’elle sert. L’ouvrage distingue aussi la guerre absolue, qui est un modèle théorique poussé à l’extrême, et la guerre réelle, freinée par le hasard et par les frictions. Une copie qui ignore cette distinction croit trop vite que les faits démentent l’auteur. |
| 16 avril 1856 | La déclaration de Paris sur le droit maritime | C’est la date à laquelle le monopole de la violence légitime passe à la mer et entre dans le droit écrit : le repère prouve que ce monopole s’est construit, puisqu’il a fallu le décréter, et qu’il n’a donc rien de naturel. Il ouvre du même coup le contre-argument que tout bon devoir attend : abolir la course n’a pas supprimé la violence privée en mer, qui revient aujourd’hui avec la piraterie et avec les sociétés militaires privées, sous d’autres noms et sans lettre de marque. |
| 1864 | La première convention de Genève | Elle ouvre le droit qui encadre la conduite des hostilités : on ne cherche plus seulement à empêcher la guerre, on cherche à en limiter les effets. C’est le repère à mobiliser pour distinguer les règles qui portent sur le droit de recourir à la force de celles qui portent sur la manière de combattre. |
| 1899 | La première conférence de la paix de La Haye | Le repère sert à établir que le droit de la guerre a été bâti, avec les conventions de Genève, pour des armées d’États qui se font face, portent un uniforme et se distinguent des civils. C’est ce qui donne son argument central à un devoir sur les mutations de la guerre : le droit n’a pas disparu, ce sont les guerres qui ont cessé de ressembler à celles pour lesquelles il a été écrit, d’où la difficulté à qualifier les conflits menés par des acteurs non étatiques. Il rappelle enfin que l’espoir d’une paix organisée par l’arbitrage précède de quinze ans la Première Guerre mondiale, ce qui interdit d’en faire une invention de 1945. |
| 1899 et 1907 | Les conventions de La Haye | Elles montrent qu’avant même les grandes catastrophes du XXe siècle, les États ont cherché à encadrer par le droit la conduite des hostilités et à se doter d’un moyen de trancher leurs différends sans les armes. À utiliser pour dater le droit de la guerre au sens strict, distinct du droit de Genève qui protège les victimes, et pour montrer que la limitation juridique de la guerre précède l’interdiction de la guerre. |
De 1914 à 1945
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1914-1918 | La Première Guerre mondiale | C’est le repère de la guerre totale : la mobilisation ne porte plus seulement sur les armées mais sur l’économie, la science, l’opinion et le droit. Il sert à montrer que la montée aux extrêmes décrite par Clausewitz trouve là une réalisation historique, et il ouvre la question des sorties de guerre, qui occupe les sociétés européennes pendant toute la décennie suivante. |
| 1918 | Les Quatorze Points du président Wilson | C’est le moment où les États-Unis proposent au monde un ordre international, et non plus seulement une politique extérieure. Le repère prend toute sa valeur avec la suite : le Sénat refuse la participation du pays à l’organisation issue de ces principes, ce qui montre qu’une puissance peut concevoir un cadre commun sans s’y engager. |
| Pacte inséré dans le traité de Versailles du 28 juin 1919, en vigueur le 10 janvier 1920 | Création de la Société des Nations | C’est le contre-exemple qui rend l’ONU intelligible, et il vaut mieux qu’un long développement : la Société des Nations échoue en Mandchourie en 1931 puis en Éthiopie en 1935 parce qu’elle réunit des États sans les contraindre. Le repère permet donc de démontrer qu’une institution de paix ne vaut ni par ses principes ni par le nombre de ses membres, mais par les moyens qu’on lui accorde et par la présence en son sein des puissances capables d’agir. Une copie qui aligne Westphalie, Vienne, 1919 et 1945 sans dire cela raconte une chronologie ; celle qui le dit répond au sujet. |
| 1919 pour le pacte, 1920 pour l’entrée en fonction | La Société des Nations | C’est la première tentative de sécurité collective, et c’est par ses défauts que se comprend point par point la Charte de 1945 : les grandes puissances étaient dehors, les décisions exigeaient l’unanimité, et l’organisation ne disposait d’aucune force. Une copie qui oppose 1919 à 1945 sans nommer ces trois manques n’a rien démontré ; une copie qui les nomme tient un argument sur ce qu’il faut à une organisation pour peser, et peut ensuite montrer que la Charte n’a corrigé que deux d’entre eux. |
| 1919 | Le traité de Versailles | Il sert d’exemple d’une paix imposée au vaincu plutôt que négociée avec lui, et il permet de poser la question qui traverse l’axe 2 : un règlement qui humilie l’adversaire prépare-t-il la paix ou le conflit suivant ? On présentera le débat plutôt qu’une conclusion, car les historiens n’attribuent pas au seul traité les crises des années suivantes. |
| 1919 | L’article 231 du traité de Versailles | Il fait d’une question d’historien une question d’État : discuter les responsabilités du déclenchement de la guerre revient dès lors à discuter la légitimité du traité lui-même. C’est le point de départ de l’axe 1. Dans les années qui suivent, plusieurs gouvernements publient des recueils de documents diplomatiques choisis pour appuyer leur version, ce qui montre qu’une controverse savante peut être alimentée par les archives que les États décident d’ouvrir. |
| 1920 | Entrée en fonction de la Société des Nations | C’est le repère qui permet de démontrer qu’une institution de paix ne vaut que par les moyens et par les membres qu’on lui accorde : les États-Unis, dont le président avait porté le projet, n’y sont jamais entrés, et l’organisation n’avait ni armée ni pouvoir de contrainte. Il sert donc de contre-exemple obligé dès qu’une copie affirme que la sécurité collective suffit à empêcher la guerre. Il donne aussi la matrice de l’Organisation des Nations unies de 1945, qui reprend l’idée en la corrigeant sur ce point précis, ce qui autorise une comparaison précise plutôt qu’un récit chronologique. |
| 1920 | La Société des Nations | Elle est le premier essai de sécurité collective : une agression contre un membre doit appeler la réponse de tous. Ses insuffisances servent à expliquer ce que les fondateurs des Nations unies ont voulu corriger, en particulier l’absence de moyens de contrainte propres et le fait que plusieurs grandes puissances n’en aient pas été membres, ou ne le soient restées que peu de temps. |
| 1928 | Le pacte Briand-Kellogg | Il marque le moment où le recours à la guerre cesse d’être tenu pour un droit ordinaire des États, ce qui prépare l’interdiction inscrite plus tard dans la Charte des Nations unies. Il ne prévoit aucune sanction : c’est donc aussi l’exemple type d’un texte dont la portée juridique dépasse de loin l’effet immédiat. |
| 1942 | Lancement du projet Manhattan | Le régime de la connaissance s’inverse complètement : les résultats ne se publient plus, les chercheurs ne savent pas ce que font leurs voisins, et l’État devient à la fois le commanditaire, le propriétaire et le censeur du savoir. Le repère clôt le jalon sur la radioactivité et ouvre celui sur le renseignement. |
| Charte signée le 26 juin 1945 à San Francisco, en vigueur le 24 octobre 1945 | Création de l’Organisation des Nations unies | C’est le point de comparaison obligé de tout sujet sur la construction de la paix, parce que la Charte corrige point par point ce qui avait perdu la Société des Nations : les grandes puissances sont dedans au lieu d’être dehors, l’organisation peut autoriser la contrainte armée au lieu de s’en remettre à la bonne volonté des États, et la sécurité collective remplace l’équilibre des forces. Le même dispositif porte sa limite, et c’est là qu’une copie gagne des points : le veto paralyse le Conseil dès que l’un des cinq est partie au conflit, ce que montrent l’Irak de 2003 comme la guerre en Ukraine. Dater 1945 permet donc d’ouvrir le raisonnement et de le nuancer avec le même repère. |
| 6 et 9 août 1945 | Bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki | C’est la rupture qui permet de dater le moment où la science devient un instrument direct de la puissance des États, la recherche fondamentale ayant été mise en programme, en secret et en industrie. Elle change ensuite la nature même de la guerre, telle que Clausewitz l’avait pensée : l’arme atomique n’a de fonction que si elle n’est pas employée, et la dissuasion rend improbable l’affrontement direct entre puissances nucléaires, ce qui déplace les conflits vers les périphéries et vers des formes irrégulières. Une copie sur la dimension politique de la guerre tient dans ce déplacement, et 1945 en est le pivot. |
| 26 juin 1945, en vigueur le 24 octobre 1945 | La Charte des Nations unies signée à San Francisco | C’est le texte, et non l’institution, qu’il faut citer quand un sujet porte sur la construction de la paix : les difficultés de l’ONU se lisent d’abord dans ses articles. Deux points valent des points. La Charte ne prévoit nulle part les opérations de maintien de la paix, inventées dans la pratique à partir de 1948, d’où l’expression de chapitre six et demi qui les désigne. Et elle n’a jamais été modifiée sur la composition permanente du Conseil de sécurité, ce qui explique qu’un traité de 1945 commande encore les rapports de force soixante ans plus tard, comme le déplorait Kofi Annan en 2005. |
| 1945 | La Charte des Nations unies et la fondation de l’ONU | C’est le texte de référence de l’axe 2 : il fait de la paix une affaire collective et réserve au Conseil de sécurité le pouvoir d’autoriser la contrainte. Le droit de veto des cinq membres permanents explique du même coup la plupart des blocages observés ensuite, ce qui permet d’expliquer l’action de l’organisation et ses limites par une seule et même cause. |
| 1945-1946 | Le procès de Nuremberg | Il fait entrer dans le droit l’idée qu’un dirigeant répond personnellement d’actes commis au nom de l’État, et il consacre les catégories de crime de guerre et de crime contre l’humanité. C’est la première étape d’une justice pénale internationale qui conduit ensuite aux tribunaux créés pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda, puis à une juridiction permanente. |
| 1945 | L’accord de Londres et le statut du Tribunal militaire international | C’est le texte qui fait entrer la catégorie de crime contre l’humanité dans le droit, quelques mois avant l’ouverture du procès de Nuremberg. Il permet de dater précisément une notion que l’on emploie souvent comme si elle avait toujours existé. Il porte aussi la première objection qu’on lui a opposée : ces chefs d’accusation ont été écrits par les vainqueurs après les faits, pour juger les vaincus. |
| 6 août 1945 | Le bombardement atomique d’Hiroshima | Il donne le moment où la connaissance scientifique devient un instrument de puissance d’État au sens le plus littéral, et le moment où les savants découvrent qu’ils ne maîtrisent plus l’usage de ce qu’ils ont trouvé. Le repère sert à démontrer que l’État commande désormais la recherche, la finance, la classe secrète et en surveille les auteurs, ce qui commande toute la suite : le secret atomique, l’espionnage, la course à l’espace et le contrôle des publications. |
De 1945 à 1990
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1946-1948 | Le procès de Tokyo | C’est le second volet du moment fondateur de la justice pénale internationale, et le seul qui permette de montrer que ce moment n’a pas été identique partout. La comparaison avec Nuremberg fait apparaître ce qui dépend du droit et ce qui dépend du calcul politique du vainqueur : la même ambition de juger, mais un tribunal créé par une seule puissance et un périmètre d’accusés arrêté d’avance. |
| 1947 | Le plan de partage de la Palestine | C’est le point de départ de l’objet de travail conclusif : une tentative de règlement conçue par une organisation internationale, acceptée par une partie et refusée par l’autre. Elle établit qu’un plan de paix élaboré à l’extérieur ne s’applique pas sans l’accord de ceux qu’il concerne, ce que les tentatives ultérieures retrouveront. |
| 1947 | Création de la CIA aux États-Unis | Le renseignement devient une administration permanente en temps de paix, avec un budget, un personnel et une doctrine, et non plus un service improvisé pour la durée d’une guerre. Le repère ouvre le jalon sur l’affrontement des services et montre que savoir ce que fait l’adversaire est tenu pour une capacité militaire à part entière. |
| 29 mai 1948 | La première mission d’observation des Nations unies | C’est l’acte de naissance du maintien de la paix, activité que la Charte ne prévoyait pas et que l’Organisation a donc inventée en la pratiquant : le repère sert à établir que l’ONU s’est dotée d’un instrument par la coutume, faute de pouvoir réviser son traité. Il en donne aussi la limite dans le même geste, puisque surveiller une trêve n’est pas construire une paix, et que la présence de la même mission plus de soixante-quinze ans après mesure exactement la distance entre les deux. |
| 1948-1949 | La première guerre israélo-arabe | C’est le repère qui explique pourquoi la question des frontières reste ouverte depuis : les lignes issues de 1949 sont des lignes d’armistice, ce qui est un statut militaire et non un règlement politique. Il permet aussi de dater le déplacement massif de population palestinienne dont découle la question des réfugiés, présente dans toutes les négociations ultérieures. |
| 1948 | La création de l’État d’Israël et la première guerre israélo-arabe | Ce repère ouvre la séquence des conflits israélo-arabes et fixe les questions que toutes les négociations ultérieures retrouveront : les frontières, le statut de Jérusalem et le sort des réfugiés. Il montre aussi qu’un armistice n’est pas une paix, puisque ce sont des lignes de cessez-le-feu, et non des frontières reconnues d’un commun accord, qui servent ensuite de référence. |
| 1948 | La convention pour la prévention et la répression du crime de génocide | Elle donne au terme une définition juridique précise, qui n’est pas son usage courant : il y faut l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe comme tel. En copie, elle sert à justifier qu’on n’emploie pas le mot comme un synonyme de massacre, et elle fonde l’obligation d’agir dont on discute à propos des années quatre-vingt-dix. |
| 1949 | Les conventions de Genève | Elles forment le socle du droit international humanitaire et reposent sur un critère : la distinction entre le combattant et le civil. C’est précisément ce critère que rendent difficile à appliquer les conflits où l’un des adversaires n’est pas un État et ne porte pas d’uniforme, ce qui fait servir le repère à l’axe 1 autant qu’à l’axe 2. |
| 1950-1953 | Guerre de Corée | Elle explique comment une ligne de partage décidée à la fin d’une guerre mondiale est devenue, après trois ans de combats, une frontière fortifiée et presque infranchissable. Elle sert à établir qu’un armistice sans traité de paix suffit à figer un tracé pour des décennies, ce qui est la démonstration attendue sur le jalon coréen. |
| 18 avril 1951 | Le traité de Paris instituant la Communauté européenne du charbon et de l’acier | C’est le repère qui montre une façon de faire la paix par autre chose qu’un traité de paix : en plaçant sous contrôle commun les matières premières de l’armement, on rend une guerre entre les signataires matériellement plus difficile. À mobiliser dans tout sujet sur la construction de la paix pour opposer la logique de l’interdépendance organisée à celle du règlement diplomatique classique. |
| 1953 (signature) | L’armistice de Panmunjom | C’est le repère qui sépare l’arrêt des combats de la paix, distinction que les copies confondent. La ligne obtenue est une limite militaire issue d’un accord de cessation des hostilités, et non un tracé arrêté par un traité de paix : cela explique la permanence du dispositif et la difficulté à le normaliser. |
| 27 juillet 1953 | L’armistice de Panmunjom, fin des combats en Corée | Il fournit le contre-exemple qu’attend tout sujet sur la construction de la paix : arrêter les combats n’est pas faire la paix. Soixante-dix ans plus tard, les deux États restent juridiquement en guerre, séparés par l’une des frontières les plus militarisées du monde. Le repère sert donc à distinguer les degrés de la sortie de conflit, du cessez-le-feu à la réconciliation, et à montrer qu’une ligne tracée par les armes peut durer plus longtemps qu’un traité négocié. |
| 27 juillet 1953 | Armistice de Panmunjom | C’est le repère qui sépare le silence des armes et la paix, et il le fait mieux qu’aucune définition : plus de soixante-dix ans après, les deux Corées ne se font plus la guerre et ne sont pourtant pas juridiquement en paix. Il sert donc à établir qu’un interlocuteur étatique et une capacité à négocier ne suffisent pas, puisqu’ici les deux conditions étaient réunies. Dans un devoir sur la possibilité de la paix, il porte la nuance décisive : ce que produisent les instruments classiques est souvent une suspension durable du conflit, pas un règlement de ses causes. Il fournit enfin une accroche datée à un sujet qui, sans elle, part sur des généralités. |
| 1954 (du 13 mars au 7 mai) | La bataille de Dien Bien Phu | Elle montre qu’un mouvement de guérilla, une fois qu’il tient un territoire et qu’il a bâti une logistique, passe à la bataille rangée et bat une armée régulière sur le terrain que celle-ci avait choisi. Elle interdit donc de définir la guerre irrégulière comme une guerre de faible intensité : c’est une autre manière de gagner. Elle sert aussi à montrer que la décision d’un tel conflit est politique avant d’être militaire, puisque la France perd une garnison et non son armée d’Indochine, mais que le gouvernement et l’opinion cèdent. |
| 1954-1962 | La guerre d’Algérie | C’est le cas du programme sur lequel on montre que les mémoires d’un même conflit sont plurielles et longtemps restées cloisonnées : appelés du contingent, combattants de l’indépendance, rapatriés, harkis, familles installées en France. Aucune de ces mémoires ne recouvre les autres, et leur reconnaissance publique n’est venue ni en même temps ni au même degré. Le sujet porte sur ces mémoires et sur l’écriture de l’histoire, non sur le déroulement des opérations. |
| 1954 (adoptée le 14 mai sous l’égide de l’Unesco), 1956 (entrée en vigueur) | La convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé | Elle fait entrer la destruction du patrimoine dans le droit international, alors qu’elle n’y figurait que comme un dommage parmi d’autres. Le repère ouvre la chaîne juridique que les copies doivent savoir dérouler jusqu’au bout : sans une règle écrite en 1954 et reprise en 1998 dans le statut de la Cour pénale internationale, on ne pourrait pas juger en 2016 une destruction commise en 2012. Il permet aussi de nommer les militaires parmi les acteurs de la protection, ce que peu d’élèves font. |
| 1954 (adoptée le 14 mai, entrée en vigueur en 1956) | La convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé | Elle fait entrer la destruction du patrimoine dans le droit international, alors qu’elle n’était jusque-là qu’un dommage parmi d’autres. Le repère ouvre la chaîne qui mène à la justice pénale : sans une règle écrite en 1954, on ne pourrait pas juger en 2016 une destruction commise en 2012. |
| 13 mars 1954 | Création du KGB en Union soviétique | Le repère donne au jalon son second acteur et rend visible une différence de structure : un seul organisme rassemble ici ce que les États-Unis répartissent entre plusieurs services, et il surveille l’intérieur autant qu’il renseigne sur l’extérieur. La comparaison des deux appareils vaut mieux, dans une copie, qu’une liste d’affaires d’espionnage. |
| 1956 | La crise de Suez | C’est le repère du déclassement des anciennes puissances coloniales devant les deux Grands, et le moment où l’ONU déploie sa première force d’interposition. Il sert donc dans deux directions : montrer qu’une victoire militaire ne vaut rien sans appui politique international, et dater la naissance du maintien de la paix comme instrument concret. |
| 1956 | La première force de maintien de la paix des Nations unies | C’est la naissance des casques bleus, c’est-à-dire d’un instrument que la Charte n’avait pas prévu : des contingents fournis par les États membres, déployés avec l’accord des parties et n’employant la force qu’en cas de légitime défense. Le repère sert à montrer que l’organisation a inventé ses moyens d’action en cours de route, et que ces moyens dépendent des États. |
| 25 mars 1957 | Traités de Rome | C’est le repère qui permet de démontrer qu’une paix peut se construire par l’économie et par le droit plutôt que par un traité de paix : entre des États qui s’étaient fait la guerre trois fois en soixante-dix ans, on n’a pas réglé les griefs, on a rendu la guerre matériellement inintéressante en liant les intérêts. Il sert donc de cas positif dans un devoir sur la possibilité de la paix, à condition de l’employer comme un mécanisme et non comme une célébration. Sa portée s’apprécie aussi par ses limites : le procédé suppose des États de niveau comparable, un accord préalable sur le régime politique, et un tiers protecteur, conditions rarement réunies ailleurs. |
| 1957 (statut entré en vigueur le 29 juillet) | La création de l’Agence internationale de l’énergie atomique | Elle montre comment les États tentent d’organiser le partage d’un savoir dont ils veulent empêcher un usage précis : diffuser la technique civile, retenir l’arme. Le repère sert à établir que la circulation de la connaissance se gouverne, et il est indispensable pour comprendre le traité de non-prolifération de 1968, dont l’agence est le bras vérificateur, comme l’accord de Vienne de 2015, dont elle contrôle l’application. |
| 4 octobre 1957 | Mise en orbite de Spoutnik 1 | Un succès technique est lu comme la preuve de la supériorité d’un système de formation et de recherche, et non comme un exploit isolé. Le repère est le meilleur exemple du lien entre connaissance et puissance : la réponse américaine porte autant sur les écoles et les laboratoires que sur les fusées. |
| 1962 | La crise des missiles de Cuba | C’est l’exemple de référence de la dissuasion nucléaire : l’arme n’est pas employée, mais sa seule existence commande la conduite des deux camps et les pousse à négocier. Le repère sert aussi à établir que l’affrontement direct entre deux puissances nucléaires est évité au profit de conflits menés ailleurs et par intermédiaires. |
| 1962 | Les accords d’Évian | Ils ferment la guerre sur le terrain sans clore ses mémoires, et c’est là leur intérêt pour le thème. Les mesures d’amnistie prises en France dans les années qui suivent empêchent les poursuites et retardent d’autant l’examen public des faits. Le travail des historiens et les reconnaissances officielles n’interviennent donc que plusieurs décennies après le cessez-le-feu, à mesure que les archives s’ouvrent. |
| 22 janvier 1963 | Traité de l’Élysée entre la France et la République fédérale d’Allemagne | C’est le repère qui permet de dire ce qu’est une paix positive plutôt que de la définir : moins de vingt ans après la guerre, deux États qui se sont affrontés trois fois en un siècle organisent leur coopération par des rendez-vous obligés et par la rencontre des sociétés, et non par un simple règlement de contentieux. Il sert donc à montrer qu’un traité de paix durable travaille sur les représentations autant que sur les frontières. La nuance à garder est qu’il vient couronner une réconciliation déjà engagée par l’économie depuis 1951, et qu’il n’a jamais supprimé les divergences stratégiques entre les deux pays. |
| 22 janvier 1963 | Le traité de l’Élysée entre la France et la République fédérale d’Allemagne | C’est le repère qui prouve qu’une paix durable se construit après le traité, et non par lui : la guerre était close depuis 1945, mais c’est ce texte qui installe la coopération dans les habitudes des deux États et des deux sociétés. À employer dans tout sujet sur la réconciliation pour distinguer la fin des combats et la fabrication d’une relation pacifique. |
| 1963 (mémorandum du 20 juin, ligne en service le 30 août) | La ligne directe entre Washington et Moscou | Elle établit que la sécurité de la guerre froide a dépendu de la vitesse de circulation de l’information autant que de l’équilibre des arsenaux : en 1962, les messages entre Kennedy et Khrouchtchev mettaient des heures à parvenir, et le malentendu avait tout le temps de s’installer. Le repère sert à montrer qu’un dispositif technique de communication est un instrument diplomatique à part entière, et que la maîtrise de l’information conditionne la dissuasion au lieu de l’accompagner. |
| juin 1967 | La guerre des Six Jours | C’est la date qui transforme un conflit entre États en une question de territoires occupés, et qui fait donc naître le conflit israélo-palestinien dans sa forme actuelle. Toutes les négociations ultérieures se réfèrent aux lignes d’avant cette guerre, et c’est à elle que répond la résolution 242 adoptée la même année. Sans ce repère, aucun sujet sur les tentatives de paix au Moyen-Orient ne se tient. |
| 1967 | La résolution 242 du Conseil de sécurité | Elle formule le principe dit de la terre contre la paix, que toutes les négociations ultérieures reprennent, et elle sert donc de cadre juridique commun à des parties qui ne s’accordent sur rien d’autre. Sa rédaction fait depuis l’objet de lectures divergentes : un texte de compromis peut être adopté précisément parce qu’il demeure imprécis. |
| 1968 (ouvert à la signature le 1er juillet, en vigueur en 1970) | Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires | Il est l’exemple le mieux documenté d’un régime international qui limite un armement sans le supprimer, et qui le fait en inscrivant une inégalité dans le droit. Ses deux failles font sa valeur en copie : l’engagement de désarmement des puissances dotées est resté lettre morte, et plusieurs États sont devenus nucléaires en restant hors du traité ou en s’en retirant. Il permet donc de démontrer qu’un ordre de sécurité collective ne tient que tant que les grandes puissances y trouvent leur compte, ce qui est la réponse la plus solide à un sujet demandant si la paix est un objectif atteignable. |
| 1968 | Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires | Il montre une autre manière d’organiser la paix : non par le règlement d’un conflit, mais par le contrôle des moyens de le mener. Il en montre aussi la limite, car il inscrit une inégalité durable entre les États et n’oblige pas ceux qui ne l’ont pas ratifié. |
| 1971 (admission au service actif), 1972 (première patrouille) | Entrée en service du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français | Il donne le cas concret de ce que l’océan apporte à la dissuasion : un engin que l’on ne sait pas localiser ne peut pas être détruit en premier, donc la riposte reste possible et la menace reste crédible. La mer sert ici moins de route que de cachette. |
| 6-25 octobre 1973 | La guerre du Kippour | C’est la dernière des grandes guerres interétatiques du Moyen-Orient, donc la meilleure illustration régionale du modèle de Clausewitz : deux armées régulières, des fronts identifiés, un objectif politique annoncé, un règlement négocié ensuite. Elle est aussi le pivot du thème, puisque l’Égypte passe de la guerre à la négociation, jusqu’aux accords de Camp David de 1978 et au traité de 1979. Qui veut démontrer que le modèle cesse ensuite de décrire les conflits doit d’abord établir qu’il décrivait celui-là. |
| octobre 1973 | La guerre d’Octobre | C’est le repère qui explique un paradoxe utile en dissertation : c’est après cette guerre, et non après une victoire, que s’ouvre la première négociation aboutie de la région, jusqu’au traité de paix israélo-égyptien de 1979. Il sert à démontrer qu’un conflit se règle quand chaque camp a mesuré ce que la force ne lui donnera pas. |
| 1975 | L’acte final d’Helsinki | Le texte fournit la formule la plus citable du thème : l’intangibilité y est un engagement politique, pas une interdiction de tout changement. Il permet de tenir ensemble la stabilité des tracés européens et les recompositions qui ont suivi, sans se contredire. |
| 1976 | Penser la guerre, Clausewitz, de Raymond Aron | Le livre sert de garde-fou dans toute copie qui mobilise Clausewitz. Il interdit d’abord la formule récitée, puisqu’il établit que l’oeuvre se prête à deux lectures opposées et qu’un devoir doit dire laquelle il retient. Il fournit ensuite l’outil qui permet de tenir le modèle devant les conflits d’aujourd’hui : si la guerre se définit par sa fin politique et non par la forme des armées, un affrontement mené par un acteur qui n’est pas un État s’analyse encore avec cette grille. Il impose enfin une prudence de méthode, car Aron écrit en 1976, dans un monde d’États souverains et de dissuasion nucléaire : on lui emprunte un instrument de mesure, jamais un diagnostic sur des conflits qu’il n’a pas connus. |
| 8 juin 1977 | Protocoles additionnels aux conventions de Genève | C’est la preuve datée que le droit de la guerre a couru derrière les formes de la guerre : les textes de 1949 avaient été écrits pour des armées d’État qui se déclarent la guerre, et il a fallu près de trente ans pour admettre que la plupart des conflits opposent désormais un État à un groupe armé, ou des groupes entre eux. Le repère sert donc autant à la thèse qu’à l’objection, puisque plusieurs grandes puissances n’ont pas ratifié le premier protocole et qu’un droit ne protège que si l’on parvient à qualifier le conflit et à identifier un adversaire responsable. C’est exactement là que butent les guerres irrégulières contemporaines. |
| 17 septembre 1978 | Les accords de Camp David entre l’Égypte et Israël | Ils prouvent qu’une médiation extérieure peut obtenir ce que les acteurs de la région n’obtiennent pas seuls, et ils datent la première reconnaissance d’Israël par un État arabe. Le repère sert aussi à mesurer le coût de la paix pour celui qui la signe : l’Égypte est exclue de la Ligue arabe, et Sadate est assassiné en 1981. Le second volet, resté lettre morte, est l’argument qui empêche de présenter Camp David comme une réussite d’ensemble. |
| 19 mars 1978 | La création de la Force intérimaire des Nations unies au Liban | Elle est le cas d’école du maintien de la paix qui dure, et c’est ainsi qu’il faut l’employer : une force d’interposition suppose une ligne à tenir et des parties identifiables, or le sud du Liban voit s’affronter un État et des organisations armées que des Casques bleus ne peuvent pas séparer. Le repère sert donc à montrer les limites du multilatéralisme au Moyen-Orient plutôt qu’à les affirmer, en opposant le mandat de six mois de 1978 à sa reconduction indéfinie. Il évite aussi une faute fréquente, celle qui prête à l’ONU un rôle central dans la région : une copie précise dit que cette force est l’exception et non la règle, et que le Conseil de sécurité y est le plus souvent divisé. |
| 26 mars 1979 | Traité de paix israélo-égyptien | C’est le seul règlement durable du conflit israélo-arabe, et c’est pour cela qu’il compte : il prouve qu’une paix négociée y est possible, tout en montrant à quelles conditions étroites. Il a réglé un différend territorial entre deux États, avec des armées, des frontières et un médiateur puissant, c’est-à-dire précisément ce que le volet palestinien n’offre pas. Il sert donc à démontrer que le succès de 1979 ne se transpose pas, et à expliquer pourquoi les tentatives ultérieures butent sur des questions de statut plutôt que de tracé. Son coût le complète utilement : l’Égypte a été suspendue de la Ligue arabe et le président Sadate assassiné en 1981. |
| 1979 (départ du chah en janvier, République islamique proclamée au printemps) | La révolution iranienne | Elle fait basculer dans le camp adverse l’allié le plus solide des États-Unis dans le Golfe, et installe dans la région un acteur qui revendique l’exportation de sa révolution. Elle explique la guerre déclenchée par l’Irak dès l’année suivante et la rivalité durable avec l’Arabie saoudite. Elle sert surtout à établir que les conflits du Moyen-Orient ne se ramènent pas à la question israélo-palestinienne : c’est le repère qui empêche une copie de traiter la région comme un seul conflit. |
| 26 mars 1979 | Le traité de paix entre l’Égypte et Israël | Le repère est la meilleure preuve qu’une paix est possible au Moyen-Orient, et en même temps la démonstration de ses conditions : elle est bilatérale, elle laisse entière la question palestinienne, et elle tient parce qu’une puissance extérieure la garantit et la finance. Il en montre aussi le prix politique, puisque l’Égypte est suspendue de la Ligue arabe pendant dix ans et que Sadate est assassiné en 1981. Il permet donc de conclure un devoir en séparant deux choses que les copies confondent : la paix entre deux États, que le traité obtient, et la paix régionale, qui supposerait de régler ce que le traité a précisément mis de côté. |
| 1979 | Le traité de paix entre l’Égypte et Israël | C’est le premier traité de paix conclu entre Israël et un État arabe, et il a tenu : le repère est donc l’argument à opposer à l’idée que toute négociation aurait échoué dans la région. Il sert à mesurer ce qu’une médiation extérieure peut obtenir, et à rappeler qu’un accord entre deux États peut laisser entière la question palestinienne. |
| 1980-1988 (offensive irakienne en septembre 1980, cessez-le-feu en août 1988) | La guerre entre l’Iran et l’Irak | C’est le conflit qui démontre le mieux que les guerres du Moyen-Orient ne se réduisent pas à l’affrontement avec Israël : celle-ci oppose deux États musulmans et se joue sur le pétrole, une frontière fluviale et la rivalité de deux régimes. Elle explique aussi la suite immédiate, un Irak surarmé, ruiné et endetté envers ses voisins, qui envahit le Koweït deux ans après. Une copie qui la mobilise sort du récit israélo-palestinien sans sortir du sujet, et c’est précisément ce que les correcteurs attendent sur ce jalon. |
| 22 septembre 1980 au 20 août 1988 | La guerre entre l’Irak et l’Iran | C’est le contre-exemple dont une copie a besoin quand elle affirme que les guerres entre États auraient disparu : voici, dans la seconde moitié du XXe siècle, un affrontement interétatique de haute intensité, avec deux armées régulières, un front et des tranchées. Il sert aussi à montrer qu’un conflit régional est aussitôt pris dans des soutiens extérieurs, plusieurs puissances ayant armé l’Irak sans être belligérantes. Il éclaire enfin la suite, car l’État ruiné par huit ans de guerre et lourdement endetté envers ses voisins est celui qui envahit le Koweït en 1990 : dater 1980 permet donc de ne pas faire commencer les guerres du Golfe en 1991. |
| 4 décembre 1989, en vigueur le 20 octobre 2001 | La convention des Nations unies contre le mercenariat | C’est la preuve toute faite que le droit reste en retard sur la pratique : pendant que le texte attendait des ratifications, les sociétés militaires privées se développaient, et elles échappent à une définition écrite pour le mercenaire des guerres de décolonisation, puisque leurs employés sont salariés d’entreprises liées par contrat à un État. Le repère sert donc à montrer que le monopole étatique de la violence est contesté, et que les États qui y recourent le plus sont ceux qui ont refusé de s’en priver. |
| 2 août 1990 | L’invasion du Koweït par l’Irak | C’est le repère de la sécurité collective enfin appliquée : pour une fois, une agression d’un État contre un autre est traitée par le Conseil de sécurité selon le mécanisme prévu par la Charte, dans le contexte de la fin de la guerre froide. Il fournit le point de comparaison indispensable avec 2003, où l’intervention se fait sans mandat. |
Depuis 1990
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 3 avril 1991 | La résolution 687 du Conseil de sécurité | C’est le repère qui permet de montrer ce que le multilatéralisme sait faire et ce qu’il coûte. Il sait faire, puisqu’une coalition mandatée rétablit une souveraineté violée puis impose un désarmement contrôlé, ce qui fut présenté comme le modèle d’un ordre international nouveau. Il coûte, puisque l’embargo maintenu douze ans a durement frappé la population sans faire tomber le régime, ce qui a nourri dans toute la région la critique d’un droit international à géométrie variable. Le repère est enfin la clef du passage à 2003 : c’est sur le désarmement qu’il organisait, et sur des soupçons de manquement, que l’intervention américaine s’est justifiée, cette fois sans mandat du Conseil de sécurité. |
| 30 octobre 1991 | La conférence de Madrid | C’est le repère qui ouvre le processus de paix des années 1990, dont les accords d’Oslo puis le traité israélo-jordanien sont les suites. Il permet de dater précisément le moment où la fin de la guerre froide rend possible une négociation d’ensemble, et donc de montrer qu’un conflit régional dépend du système international qui l’entoure. |
| 1991 | La guerre du Golfe de 1991 | C’est le cas d’école de la sécurité collective telle que la Charte l’avait prévue : une agression entre États, une autorisation du Conseil de sécurité, un objectif limité et atteint. Le repère ne prend toute sa valeur qu’en comparaison, puisque c’est à lui que l’on mesure l’intervention de 2003, conduite sans autorisation équivalente. |
| décembre 1991 | La disparition de l’Union soviétique | Le repère ferme la borne de tout devoir sur la guerre froide, et il oblige surtout à discuter cette borne : l’ouverture du mur de Berlin en 1989 met fin à la coupure de l’Europe, 1991 fait disparaître l’un des deux acteurs, et dire pourquoi l’on retient l’une plutôt que l’autre est déjà un geste critique que le correcteur attend. Il ouvre ensuite la question de ce que deviennent les moyens accumulés pendant la confrontation, services de renseignement, arsenal nucléaire et communautés savantes, qui survivent à l’État qui les avait constitués. Il explique enfin l’ouverture inégale des archives, qui commande encore ce que l’historien peut établir de cette période. |
| 17 juin 1992 | L’Agenda pour la paix | Il fournit le vocabulaire exact que réclament les sujets sur l’ONU : maintenir la paix et construire la paix ne sont pas la même opération, et une copie qui les sépare est déjà au-dessus de celle qui les mélange. Il date par ailleurs le moment de plus grande ambition de l’après-guerre froide, juste avant les échecs de Somalie, du Rwanda en 1994 et de Srebrenica en 1995 : c’est donc le contrepoint idéal pour montrer que l’élargissement des missions a précédé, et non suivi, les moyens. |
| 1993 | Les accords d’Oslo | C’est l’exemple d’une méthode de négociation : commencer par ce sur quoi l’accord est possible et différer le reste, en pariant sur la confiance que les premiers pas feront naître. Le repère sert surtout à montrer la limite de cette méthode, puisque les questions renvoyées à plus tard sont restées sans règlement. |
| 1993 | La création du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie | C’est la première juridiction pénale internationale créée depuis l’après-guerre, et la première instituée par un organe des Nations unies alors que le conflit se poursuit. Elle produit une jurisprudence, forme des équipes d’enquêteurs et rassemble des archives considérables. C’est ce qui en fait le précédent direct de la juridiction permanente créée à la fin des années quatre-vingt-dix, et une source pour les historiens du conflit. |
| 1994 | La sécurité humaine dans le rapport du PNUD | C’est le repère qui permet d’expliquer pourquoi des interventions militaires réussies sur le terrain ne produisent pas la paix : si l’insécurité vécue tient d’abord aux conditions d’existence, une réponse strictement militaire traite un symptôme. Il sert donc à articuler les deux moitiés d’un devoir sur les conflits contemporains, en donnant un nom et une date à l’approche qui associe défense, diplomatie et développement. Il vaut aussi contre-épreuve, et c’est ce qui distingue une bonne copie : les dispositifs qui s’en réclament, au Sahel notamment, n’ont pas stabilisé la situation, ce qui interdit de présenter la notion comme la solution que le militaire n’aurait pas trouvée. |
| 1994 (signé le 26 octobre) | Le traité de paix israélo-jordanien | La Jordanie devient le deuxième État arabe à reconnaître Israël, quinze ans après l’Égypte, et ce traité tient encore. Il sert à montrer qu’au Moyen-Orient la paix entre deux États est possible dès que leurs gouvernements y ont un intérêt convergent, alors que le règlement israélo-palestinien, qui met en jeu un peuple sans État reconnu, résiste à la même méthode. C’est le contre-exemple qui empêche une copie de conclure que la région serait vouée à la guerre par nature, tout en montrant la limite de ces accords : ils lient des gouvernements, non des sociétés. |
| 26 octobre 1994 | Le traité de paix entre Israël et la Jordanie | C’est le second traité de paix conclu entre Israël et un État arabe, après celui signé avec l’Égypte en 1979, et c’est ce rapprochement qui en fait la valeur : les paix du Moyen-Orient se concluent deux États à la fois, sur des objets limités, et ne composent jamais un ordre régional. Le repère sert donc à répondre à un sujet sur l’impossible paix en montrant que des paix existent bel et bien, mais qu’elles sont séparées et laissent entière la question palestinienne. Il porte enfin la limite de tout accord entre États dans un conflit dont une part des acteurs n’en sont pas : ceux qui ne peuvent pas signer ne sont pas engagés, et la violence qu’ils portent survit au traité. |
| 1994 | Le génocide des Tutsi au Rwanda | C’est l’échec le plus lourd de la sécurité collective, et il commande une grande partie de la réflexion des années suivantes. De ce constat sortent un tribunal pénal international pour le Rwanda, la révision des mandats confiés aux opérations de maintien de la paix, et plus tard le principe selon lequel la communauté internationale doit agir quand un État ne protège pas sa population. |
| 1994 | La création du Tribunal pénal international pour le Rwanda | Il établit qu’une justice internationale ne juge qu’un très petit nombre d’accusés, choisis parmi les organisateurs présumés, et qu’elle laisse donc entière la question des exécutants, bien plus nombreux. C’est exactement l’articulation que l’axe 2 demande d’établir entre l’échelle internationale et l’échelle locale, et ce qui explique le recours à une autre forme de justice à l’intérieur du pays. |
| 1995 | Les accords de Dayton | Ils montrent ce qu’est une paix imposée par une pression extérieure et garantie par des troupes étrangères : les combats cessent, mais l’État qui en sort reste organisé selon les lignes du conflit. Le repère est celui par lequel on distingue l’arrêt des combats du règlement politique : la première condition est ici remplie, la seconde ne l’est qu’en partie. |
| 1997-2006 | Les mandats de Kofi Annan à la tête des Nations unies | Ces deux mandats sont le cadre chronologique du jalon de l’axe 2 : ils permettent de tenir ensemble ce que l’organisation parvient à faire, prévenir, servir de médiateur, déployer des forces et secourir des populations, et ce à quoi elle se heurte, le veto au Conseil de sécurité et sa dépendance à l’égard des moyens que les États veulent bien lui donner. |
| 1998 | Le statut de Rome et la Cour pénale internationale | Il achève le mouvement ouvert à Nuremberg en installant une juridiction permanente, et non plus un tribunal créé après coup pour un conflit donné. Sa limite fournit le meilleur argument de la copie : elle ne peut juger que dans les situations que les États parties ou le Conseil de sécurité lui ouvrent, et plusieurs grandes puissances ne l’ont pas rejointe. |
| 1998 | Le jugement Akayesu | Il fait passer la convention de 1948 de l’état de texte à celui de droit appliqué : cinquante ans après son adoption, le crime qu’elle définissait est jugé pour la première fois à l’échelle internationale. Le jugement retient en outre les violences sexuelles parmi les actes constitutifs du génocide, ce qui élargit durablement la jurisprudence des tribunaux qui suivent. |
| 1999 | Mary Kaldor, New and Old Wars | C’est la référence qui donne à une copie un vocabulaire d’analyse au lieu d’une simple liste de conflits récents : elle nomme le brouillage entre guerre, crime organisé et violation massive des droits, et elle explique pourquoi ces guerres n’ont ni front ni fin annoncée. Elle sert donc à structurer la démonstration selon laquelle le modèle interétatique décrit de moins en moins ce que l’on observe depuis les années 1990. Elle appelle en même temps une objection qu’il faut porter, car elle fait la qualité du devoir : la nouveauté de ces guerres est contestée, ces traits se rencontrant déjà dans des conflits anciens, et le retour de guerres interétatiques de haute intensité interdit d’en faire la forme unique du siècle. |
| 8 septembre 2000 | La Déclaration du Millénaire | Elle atteste que l’Organisation a déplacé son objet, de la prévention des guerres entre États vers l’action sur ce qui les rend possibles, c’est-à-dire la pauvreté, la maladie et l’analphabétisme : c’est le texte à citer pour dire que la définition même de la paix s’est élargie. Son bilan mitigé, reconnu publiquement par Kofi Annan en 2005, permet en outre de tenir l’argument sans complaisance, en montrant qu’une déclaration commune n’oblige aucun État en particulier. |
| 12 septembre 2001 | Première invocation de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord | C’est la scène qui résume à elle seule le déclassement du modèle interétatique de la guerre : une alliance écrite pour un affrontement entre États déclenche sa clause la plus solennelle contre un réseau clandestin, sans territoire reconnu, sans armée régulière et sans déclaration de guerre. Elle sert donc d’accroche datée et de démonstration à la fois, dans tout devoir sur la remise en cause des formes traditionnelles de la guerre depuis les années 1990. Elle permet aussi de montrer que le droit ne suit pas les faits sans se déformer : appliquer à un acteur non étatique un texte conçu pour une agression étatique a supposé une interprétation, et cette interprétation est en elle-même un fait politique. |
| 12 septembre 2001 | La résolution 1368 du Conseil de sécurité | Elle montre une Charte écrite pour les guerres entre États étirée jusqu’à couvrir une attaque venue d’un réseau : c’est le meilleur repère pour établir que le droit international s’adapte par interprétation faute de pouvoir se réécrire. Il faut en dire la lettre exacte, car l’erreur est fréquente et coûteuse : l’ONU n’a pas autorisé l’intervention en Afghanistan, elle a reconnu un droit dont les États-Unis se sont ensuite prévalus. L’unanimité de septembre 2001, comparée à la division de 2003 sur l’Irak, donne enfin un contraste tout prêt. |
| 2001 | Les attentats du 11 septembre 2001 | C’est le repère central de l’axe 1 : un acteur non étatique frappe la première puissance militaire du monde, qui lui répond par une guerre. Il oblige à discuter le modèle de Clausewitz, puisque l’adversaire n’est pas un État, ne tient pas de territoire à ce moment et ne poursuit pas un objectif que l’on pourrait régler par un traité. |
| 2002 | Initiative de paix arabe | Elle sert à établir que le conflit ne se réduit jamais à deux acteurs : les États arabes y sont partie prenante, et l’offre de 2002 est le moment où ils passent collectivement du refus de reconnaître Israël à une reconnaissance conditionnelle. Elle donne donc à une copie le troisième cercle, régional, sans lequel l’exposé des négociations reste bilatéral et incomplet. Sa portée s’apprécie aussi par son sort : réaffirmée depuis, elle n’a jamais été acceptée telle quelle, ce qui montre qu’une offre globale bute sur les mêmes questions de statut que les accords partiels. C’est enfin le repère qui explique la nature des normalisations conclues plus tard sans que ces conditions soient remplies. |
| 8 novembre 2002 | La résolution 1441 du Conseil de sécurité sur l’Irak | C’est le repère de la crise du multilatéralisme en 2003 : le texte a été lu par les uns comme autorisant déjà l’emploi de la force, par les autres comme exigeant une seconde décision du Conseil. À citer pour montrer qu’un désaccord sur l’interprétation d’un texte peut suffire à défaire l’unité d’une organisation de sécurité collective. |
| 2002 | La naissance de la Cour pénale internationale | Elle achève le mouvement ouvert à Nuremberg : la justice internationale cesse d’être un tribunal créé après coup pour un conflit donné et devient une institution permanente, ce que les deux tribunaux des années quatre-vingt-dix avaient préparé. Elle fournit aussi la limite qui fait la nuance d’une copie : sa compétence ne vaut que pour des faits postérieurs à son entrée en fonction, elle dépend des États pour les arrestations comme pour l’accès aux preuves, et plusieurs grandes puissances n’y sont pas parties alors que plus de cent vingt États le sont. On ne confondra pas cette date avec celle de l’adoption du statut, antérieure de quatre ans : l’une donne le texte, l’autre la juridiction qui en sort. |
| 20 mars 2003 | Intervention américaine en Irak | Le repère ne vaut qu’opposé à 1991 : la même région, le même adversaire, mais une guerre menée douze ans plus tôt sur mandat du Conseil de sécurité et par une coalition très large. Le contraste donne à une copie sa démonstration toute faite sur l’unilatéralisme et sur ce qu’il coûte à la légitimité d’une intervention. Il sert ensuite à établir qu’une victoire militaire rapide ne fait pas la paix : l’effondrement de l’État irakien ouvre une décennie de guerre irrégulière, puis la proclamation de l’État islamique en 2014. C’est l’exemple le plus efficace pour montrer la diversité des acteurs de la violence au Moyen-Orient, États et groupes armés mêlés. |
| 20 mars 2003 (début de l’offensive) | L’intervention américaine en Irak | Elle donne le contraste décisif avec la guerre du Golfe de 1991, menée sous mandat de l’Organisation des Nations unies et par une large coalition : le même pays, deux fois attaqué, mais une fois au nom de la sécurité collective et une fois contre elle. Le repère sert à démontrer qu’une puissance peut agir seule et que le prix en est la légitimité, et il fournit l’exemple d’une victoire militaire rapide suivie d’un échec politique durable, ce qui alimente aussi bien un sujet sur l’ONU qu’un sujet sur les formes de la guerre. |
| 2003 | Feuille de route du Quartet pour le Proche-Orient | C’est le repère de la médiation multilatérale, et il sert à corriger l’idée que seule la puissance américaine intervient dans ce conflit. Il permet surtout de démontrer une limite de méthode : un plan conditionnel donne à chaque partie un motif d’arrêter le processus en invoquant le manquement de l’autre, si bien que les étapes ultérieures ne sont jamais atteintes. Employé dans un devoir sur les tentatives de résolution, il évite l’énumération et fait apparaître pourquoi les tentatives échouent, ce qui est la question réelle. Il rappelle enfin que quatre médiateurs réunis ne valent pas garantie d’exécution, faute de moyen de contrainte sur les parties. |
| 2003 (offensive lancée le 20 mars) | L’invasion de l’Irak par la coalition conduite par les États-Unis | Elle s’oppose terme à terme à la guerre de 1991, menée sous mandat des Nations unies et arrêtée à l’objectif fixé. C’est le meilleur exemple pour établir qu’une victoire militaire rapide ne fait pas la paix, et que la légitimité de l’usage de la force pèse sur tout ce qui vient après elle. Elle sert aussi à dater le moment où le Conseil de sécurité est contourné par la première puissance mondiale, ce qui fournit un argument précis, et non une déclaration générale, sur les limites du multilatéralisme. |
| 2003 | La guerre d’Irak | Le repère est fait pour être comparé à celui de 1991 : même région, même adversaire, mais une intervention sans mandat et une guerre qui change de nature une fois le régime tombé. Il sert à démontrer qu’une victoire militaire rapide ne règle rien par elle-même, et à mesurer ce que le contournement du Conseil de sécurité coûte au multilatéralisme. |
| 14-16 septembre 2005 | Le Sommet mondial de 2005 | C’est la date où se mesure exactement ce que l’Organisation peut réformer et ce qu’elle ne peut pas : elle sait créer des organes nouveaux, elle ne sait pas toucher au siège de ses membres les plus puissants. La responsabilité de protéger y déplace en outre la frontière entre souveraineté et intervention, ce qui donne l’argument le plus fort d’un sujet sur l’ONU et la paix, à condition de préciser que la décision d’agir reste au Conseil de sécurité : le principe change le discours, pas la procédure. |
| 2005 | La responsabilité de protéger | C’est l’aboutissement du chemin parcouru depuis les échecs des années quatre-vingt-dix : la souveraineté y est présentée comme une responsabilité envers sa population, et non plus seulement comme une protection contre l’intervention extérieure. La mise en oeuvre reste soumise à l’accord du Conseil de sécurité, ce qui explique que le principe soit invoqué de façon très inégale. |
| avril et mai 2007 | Cyberattaques contre l’Estonie | Un pays très dépendant de ses services en ligne est paralysé sans qu’un coup de feu soit tiré. Le repère montre la vulnérabilité que crée la numérisation d’une administration, et il explique l’installation à Tallinn, l’année suivante, d’un centre d’expertise de l’OTAN consacré à la cyberdéfense. |
| 8 décembre 2008 | Lancement de l’opération européenne Atalante | Le repère sert à établir que la liberté de circulation en mer n’a rien de naturel : elle est produite par des marines de guerre, et elle disparaît là où un État côtier s’effondre. Il permet de raisonner sur un détroit comme sur un point de vulnérabilité de l’économie mondiale, puisque c’est la route qui mène à Suez qui était menacée. Il montre enfin la coopération et la rivalité dans le même geste, plusieurs marines patrouillant côte à côte dans la même zone, et la Chine y ayant acquis à cette occasion sa première expérience de déploiement lointain, avant d’ouvrir une base à Djibouti en 2017. |
| 2010 | Découverte du logiciel malveillant Stuxnet | Une attaque informatique produit des dégâts matériels sur une installation industrielle, et non plus seulement un vol de données ou une interruption de service. Le repère fait passer le cyberespace du domaine de la criminalité à celui du sabotage, et il pose la question, non tranchée en droit, du seuil à partir duquel une telle action relève de l’acte de guerre. |
| depuis mars 2011 | Le début de la guerre en Syrie | C’est l’exemple le plus complet de guerre civile internationalisée, et il vaut parce qu’il réunit dans un seul cas tout ce qu’un devoir doit démontrer : le nombre instable des belligérants, l’impossibilité de tracer un front, la superposition d’un conflit interne, d’une rivalité entre puissances régionales et d’une lutte contre une organisation djihadiste. Le repère sert donc à établir qu’un conflit se prolonge moins par la force de l’adversaire que par le nombre de ceux qui ont intérêt à ce qu’il ne s’arrête pas. Il sert aussi à montrer les limites de la sécurité collective, le Conseil de sécurité y étant resté paralysé par l’usage du veto. |
| 18 décembre 2011 | L’achèvement du retrait américain d’Irak | Le repère sert de charnière dans tout devoir sur les guerres du Golfe et leurs prolongements, parce qu’il montre que la fin d’une intervention n’est pas la fin d’une guerre. L’armée américaine laisse un État affaibli, une armée irakienne peu solide et une société divisée par une décennie de violences confessionnelles, et c’est dans cet espace qu’une organisation djihadiste s’installe et prend Mossoul deux ans et demi plus tard. Une copie l’emploie pour démontrer que ce sont les modalités du règlement, ici la dissolution de l’armée et de l’administration irakiennes en 2003 puis un retrait sans relais politique, qui décident de la nature du conflit suivant. |
| 29 novembre 2012 | La Palestine, État observateur non membre de l’ONU | C’est le repère qui déplace le conflit du terrain militaire vers le terrain juridique et diplomatique : faute d’obtenir un État par la négociation, l’Autorité palestinienne cherche à en faire reconnaître la qualité par les institutions internationales. Il a des effets concrets et vérifiables, puisque ce statut a permis l’adhésion à des conventions et l’accès à des juridictions internationales. Il sert donc à démontrer qu’une reconnaissance sans territoire souverain n’est pas un geste symbolique vide, tout en établissant qu’elle ne change rien à l’occupation. C’est aussi le repère qui impose le vocabulaire exact, État observateur non membre, dont la précision protège une copie de toute formulation partisane. |
| juin et juillet 2012 | La destruction des mausolées de Tombouctou | Elles établissent que la destruction du patrimoine peut être un acte de guerre délibéré, et non un dommage collatéral : on détruit ce qui fait tenir une société et ce qui la rattache à son passé, devant les caméras, pour que la population le voie. Le repère sert à démontrer qu’un bien sans valeur militaire devient une cible parce qu’il désigne un groupe, et il ouvre la séquence judiciaire qui aboutit quatre ans plus tard devant la Cour pénale internationale. |
| 2012 (juin et juillet) | Les destructions de mausolées à Tombouctou | Il montre qu’un bien est attaqué pour ce qu’il représente aux yeux d’une population, et non pour sa valeur marchande. Le repère sert à démontrer que la question patrimoniale est une composante du conflit lui-même, et que la reconstruction, en associant les habitants, participe autant du rétablissement de la paix que du chantier de maçonnerie. |
| 2013 (résolution 2100 du 25 avril, déploiement le 1er juillet), fin de mission le 31 décembre 2023 | La mission des Nations unies au Mali, la Minusma | Elle donne le seul exemple d’une opération de maintien de la paix explicitement chargée du patrimoine, ce qui permet de relier deux thèmes que les copies traitent séparément. Elle sert aussi à mesurer les limites de l’action onusienne : une mission dure ce que veulent l’État hôte et les États qui fournissent les contingents, et son départ montre qu’un mandat international ne tient pas contre un gouvernement qui le refuse. C’est enfin l’opération de paix la plus meurtrière de ces dernières décennies. |
| janvier 2013 | Le lancement de l’opération Serval au Mali | C’est le repère d’une intervention qui réussit vite sur le plan militaire et ne règle pas la question politique : le conflit se prolonge ensuite sous d’autres formes, ce qui en fait un cas d’école du décalage entre succès tactique et échec stratégique. Il sert dans tout sujet sur les guerres irrégulières et sur les limites de l’intervention extérieure. |
| 2014 | La proclamation d’un califat à Mossoul | La date est celle où un acteur non étatique revendique publiquement une souveraineté : un territoire, une administration, des ressources prélevées, et une autorité présentée comme valant au-delà des frontières existantes. Elle sert à établir que la ligne entre acteurs étatiques et non étatiques ne recouvre pas celle entre guerre régulière et guerre irrégulière. Elle sert aussi à montrer la contrepartie de ce choix : en se donnant un territoire, l’organisation redevient un adversaire que l’on peut combattre par une campagne militaire, d’où la reprise de Mossoul et de Raqqa en 2017 et la perte du dernier territoire en 2019. |
| 2014 | Création du G5 Sahel | Il sert à démontrer qu’une réponse régionale et non plus seulement extérieure a bien été tentée au Sahel, ce qui interdit de résumer la période à l’intervention française. Il vaut surtout par son issue, qui est ce qu’une copie doit en tirer : dépendante de financements extérieurs, mal dotée, sans commandement unifié durable, la force conjointe n’a pas stabilisé la zone, et l’organisation s’est défaite après le retrait du Mali puis celui du Burkina Faso et du Niger. Le repère établit donc que la coopération régionale ne suffit pas davantage que l’intervention étrangère quand les États partenaires sont eux-mêmes fragiles, et il donne un cas daté à opposer à toute conclusion trop simple. |
| 29 juin 2014 | La proclamation du califat par l’organisation État islamique | Le repère sert à nuancer la catégorie de terrorisme déterritorialisé, et c’est un point qui rapporte : l’organisation ne se contente pas de frapper à distance, elle tient un territoire et se comporte en État, ce qui la rend pour un temps vulnérable à une guerre classique menée par une coalition. Il sert ensuite à démontrer l’inverse, puisque la perte de ce territoire n’a pas fait cesser les attaques revendiquées en son nom : un mouvement implanté dans des sociétés et diffusé par des réseaux ne se réduit pas militairement. Une copie qui tient ces deux moments ensemble établit qu’un acteur non étatique peut emprunter les attributs de l’État sans en avoir les vulnérabilités, ce que le modèle hérité de Clausewitz peine précisément à saisir. |
| 10 juin 2014 | La prise de Mossoul | La chute d’une ville de plus d’un million d’habitants devant quelques milliers d’hommes est la meilleure démonstration de ce qu’est un État affaibli : ce n’est pas la force de l’assaillant qui explique l’événement, c’est l’effondrement d’une armée mal commandée et d’un pouvoir qui avait perdu une partie de sa population. Le repère sert donc à relier les deux guerres du Golfe à leurs prolongements, et à établir qu’un conflit asymétrique naît du vide laissé par les conflits interétatiques qui l’ont précédé. Il fournit enfin sa borne symétrique en 2017 : reprendre la ville a exigé une coalition, des mois de combats et sa destruction, ce qui donne la mesure de ce que coûte une reconquête territoriale contre un acteur non étatique. |
| 2014 | La proclamation d’un califat par l’organisation État islamique | Le cas relance la discussion de l’axe 1 : un acteur non étatique administre un territoire, y prélève des ressources et met sur pied une force organisée, tout en recourant au terrorisme et à une propagande diffusée en ligne. Il établit que la ligne entre acteurs étatiques et non étatiques ne recouvre pas celle entre guerre régulière et guerre irrégulière. |
| 14 juillet 2015 | L’accord de Vienne sur le programme nucléaire iranien | Il montre qu’une négociation multilatérale peut désamorcer une crise que la menace militaire n’avait pas réglée, et que les mêmes puissances qui alimentent les conflits de la région sont les seules capables d’y faire signer un texte. Son sort donne l’autre moitié de l’argument : un accord non ratifié comme un traité ne survit pas à un changement de président, ce qui dit la fragilité d’une paix qui repose sur des engagements réversibles. |
| 7 au 9 janvier et 13 novembre 2015 | Les attentats de 2015 en France | Le repère sert à établir le mécanisme propre de cette violence, qui vise moins à vaincre une force armée qu’à atteindre une société dans sa vie ordinaire et à obtenir par la peur ce qu’aucune armée ne saurait lui prendre. Il donne surtout à une copie le défi que ces attaques posent à un État, et qui est le vrai sujet : protéger une population sur son propre territoire, sans adversaire à vaincre ni traité pour clore, donc arbitrer en permanence entre sécurité et libertés. Une bonne copie le montre par le droit plutôt que par l’indignation, en notant que l’état d’urgence a duré deux ans et que plusieurs de ses mesures sont passées dans le droit commun en 2017 : la réponse d’exception est devenue durable, et c’est la trace la plus nette que ce conflit a laissée sur l’État. |
| janvier et 13 novembre 2015 | Les attentats de janvier et de novembre 2015 en France | Le repère montre qu’une organisation non étatique peut porter la violence armée au coeur d’un pays qui n’est pas le théâtre des combats, ce qui efface la ligne de front et brouille la séparation entre sécurité intérieure et guerre extérieure. Il demande toutefois d’être employé avec prudence : dater de 2015 la mutation des conflits est une faute, car la violence politique d’acteurs non étatiques lui est très antérieure. Sa portée exacte est de dater le moment où la France articule état d’urgence, déploiement militaire sur son sol et frappes au Levant, et où la qualification même de guerre devient un enjeu politique intérieur. |
| 2016 | Sentence arbitrale sur la mer de Chine méridionale | C’est le repère qui sépare le droit de son exécution : une juridiction internationale peut dire le droit, elle ne dispose d’aucun moyen de contrainte contre un État qui s’y refuse. À placer dans tout sujet portant sur les limites de la gouvernance des espaces communs. |
| 27 septembre 2016 | L’arrêt de la Cour pénale internationale sur les destructions de Tombouctou | Il fait de la destruction du patrimoine un crime jugé pour lui-même, et non l’accessoire d’un crime contre des personnes. Le repère referme la chaîne ouverte en 1954 : une règle écrite, un crime qualifié, une juridiction qui l’applique et une réparation ordonnée au profit de la communauté de Tombouctou. Il sert dans un devoir sur la protection du patrimoine comme dans un devoir sur la justice internationale, et fournit une conclusion solide au jalon malien. |
| 27 septembre 2016 | Condamnation par la Cour pénale internationale de la destruction des mausolées de Tombouctou | C’est la première fois devant cette juridiction que la destruction de biens culturels constitue à elle seule le chef d’accusation, indépendamment de toute atteinte aux personnes : détruire un monument devient un crime de guerre en soi. Le repère sert donc à établir que le patrimoine est passé du registre de la conservation à celui de la sécurité internationale, et qu’il est visé parce qu’il porte l’identité d’un groupe. On en dira aussi les limites, qui font la bonne copie : un seul homme jugé, un acteur non étatique, un aveu, et une affaire déférée par l’État malien lui-même. |
| 2016 (jugement rendu le 27 septembre) | Le jugement de la Cour pénale internationale sur les destructions de Tombouctou | Il fait de la destruction du patrimoine un crime jugé pour lui-même, et non l’accessoire d’un autre. Le repère referme la chaîne ouverte en 1954 : une règle écrite, un crime qualifié, une juridiction qui l’applique. Il sert dans un devoir sur la protection comme dans un devoir sur la justice internationale, et donne une conclusion solide au jalon malien. |
| 2016 | Le cyberespace reconnu comme domaine d’opérations par l’Alliance atlantique | C’est la date qui fait entrer les réseaux dans le droit et la doctrine militaires : ce qui relevait de la protection technique devient un terrain d’opérations comme un autre. Le repère sert à démontrer la militarisation du cyberespace, et à poser la question que sa reconnaissance ouvre, celle du seuil à partir duquel une attaque immatérielle appelle une réponse armée. |
| 2017 (24 mars) | La résolution 2347 du Conseil de sécurité des Nations unies | Elle fait passer la protection du patrimoine du champ culturel au champ de la sécurité internationale : ce n’est plus l’Unesco seule qui s’en saisit, c’est l’organe qui peut décider de mesures contraignantes. Le repère sert à montrer la montée en gamme du droit depuis la convention de La Haye de 1954, et à relier la destruction de biens culturels au financement des groupes armés par le trafic d’antiquités. |
| 2017 | Création du commandement de la cyberdéfense français | Le cyberespace est reconnu comme un milieu d’opérations militaires, au même titre que la terre, la mer, l’air et l’espace. Le repère complète le cas français demandé par le jalon : une agence civile d’un côté, une chaîne militaire de l’autre, une séparation qui distingue l’organisation française de modèles étrangers réunissant les deux. |
| 3 septembre 2019 | Création du commandement de l’espace en France | C’est la date qui permet d’écrire, preuve à l’appui, que l’espace est devenu un milieu d’opérations militaires et non plus seulement un terrain d’exploration ou de prestige. Le repère s’explique par la dépendance des sociétés à leurs satellites, pour le positionnement, les télécommunications et le renseignement : ce qui est vital devient une cible, donc doit être défendu. Il sert enfin à mesurer l’écart entre le droit et la pratique, le traité de 1967 interdisant les armes nucléaires en orbite et l’appropriation des corps célestes, mais non l’usage militaire ordinaire de l’espace, que ces commandements organisent. |
| décembre 2019 | Création de la Space Force | C’est le repère qui atteste que l’espace est traité comme un milieu d’affrontement à part entière, et non plus seulement comme un support de satellites : créer une branche militaire, avec un budget, un état-major et une doctrine, engage bien davantage qu’un discours. Il sert donc à démontrer la relance d’une compétition spatiale à finalité stratégique, au moment où la Chine se pose sur la face cachée de la Lune. Il donne aussi un outil de critique de documents, parce que sa date est un seuil : une couverture de magazine parue avant décembre 2019 annonce une course que cette création vient ensuite institutionnaliser, et situer les documents de part et d’autre de ce seuil vaut mieux que les commenter isolément. |
| 3 septembre 2019 | La création du commandement de l’espace français | Le repère date le moment où une puissance moyenne traite l’orbite comme un milieu d’opérations au même titre que la terre, la mer et l’air, et il fournit un cas français dans un dossier que les copies traitent d’ordinaire avec des exemples américains et chinois. Il impose surtout une distinction qui rapporte des points : surveiller, protéger et brouiller des satellites n’est pas stationner des armes en orbite, ce que le traité de 1967 interdit pour les armes de destruction massive et que nul n’a fait. |
| 15 septembre 2020 | Accords d’Abraham | Le repère marque la rupture avec la doctrine arabe qui subordonnait toute normalisation au règlement préalable de la question palestinienne. Il montre ce qui a pris la place de ce préalable, l’hostilité commune à l’Iran, les intérêts économiques et technologiques, et le rôle d’un tiers extérieur qui obtient un accord entre États sans toucher au conflit lui-même. C’est aussi ce qui en fait la limite, et une copie doit la dire : les Palestiniens ne sont pas partie à ces accords, et la guerre ouverte à Gaza en octobre 2023 a rappelé qu’un conflit ne se règle pas en le contournant. |
| 15 septembre 2021 | Annonce du partenariat AUKUS | Ce repère sert à montrer que les alliances se recomposent autour de l’Indo-Pacifique et que la propulsion nucléaire, qui donne à un sous-marin son endurance et sa discrétion, est un enjeu de transfert de technologie autant qu’un choix militaire. Il fournit aussi un exemple daté de rupture de contrat entre alliés. |
| août 2021 | Retrait américain d’Afghanistan | C’est le repère qui prouve qu’une supériorité militaire écrasante ne suffit pas à produire un résultat politique : aucune bataille décisive n’a été perdue, et la guerre l’est pourtant. Il sert donc à démontrer, dans une copie sur les conflits contemporains, que la victoire tactique et la fin politique se sont dissociées, ce qui est exactement ce que le modèle classique subordonnait l’une à l’autre. Il ferme aussi une séquence de vingt ans ouverte par les attentats de 2001 et l’invocation de l’article 5, ce qui permet de raisonner par bornes plutôt que par récit. Employé en accroche, il pose le paradoxe du sujet en une phrase, sans commentaire. |
| depuis février 2022 | Guerre en Ukraine | C’est la contre-épreuve obligatoire de tout devoir sur les nouvelles formes de la guerre : elle interdit d’écrire que la guerre entre États aurait disparu ou que le modèle interétatique serait périmé, puisque le conflit le plus lourd du moment en relève. Elle sert donc à établir que les formes coexistent au lieu de se remplacer, ce qui est la conclusion nuancée qu’un correcteur attend. Elle permet en outre de montrer que l’ancien et le nouveau s’y combinent dans une même bataille, la tranchée et le drone, l’usine d’obus et la campagne informationnelle, ce qui vaut mieux que de la ranger dans une case. Elle rouvre enfin la question du règlement, puisqu’un traité y redevient concevable, à la différence des conflits sans interlocuteur étatique. |
| 24 février 2022 | L’invasion de l’Ukraine par la Russie | C’est le repère qui interdit de conclure trop vite à la disparition de la guerre entre États : des armées régulières s’y affrontent sur un front, avec artillerie et tranchées, en même temps que par les drones et les réseaux. Il permet aussi de montrer qu’un membre permanent du Conseil de sécurité peut être partie au conflit, ce qui paralyse le mécanisme prévu par la Charte. |
Questions fréquentes
Quelles dates faut-il retenir sur guerre et paix ?
Ce thème demande environ 147 repères. Les retenir sans savoir ce qu’ils démontrent ne sert à rien : c’est la portée qui se place dans une copie, pas la date.
Faut-il citer des dates précises en dissertation ?
Oui, un exemple daté et localisé vaut bien mieux qu’une allusion vague. Mais une date fausse coûte plus cher qu’une date absente : dans le doute, écrivez le fait sans l’année.
Pour aller plus loin
- Tous les repères Les onze thèmes du programme.