Les repères à connaître : histoire et mémoires
Les dates du thème « Histoire et mémoires », rangées par période, avec pour chacune la phrase qu’elle permet d’écrire. 35 repères.
Pourquoi ces dates comptent
Une date seule ne rapporte aucun point. Ce qui en rapporte, c’est ce qu’elle permet de démontrer : chaque repère est donc accompagné de sa portée, c’est-à-dire de la phrase qu’il autorise à écrire dans une copie.
Comment une société confrontée à un conflit ou à un crime de masse construit-elle, en même temps, une connaissance historique, des mémoires et une réponse judiciaire ?
Le XIXe siècle
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1837 (inauguration, le 10 juin) | Le musée de l’Histoire de France à Versailles | C’est le meilleur exemple d’un pouvoir qui réaménage un lieu pour lui faire dire autre chose : la résidence des rois devient un musée de la nation entière. Le repère sert à démontrer qu’un régime installé après une révolution se cherche une légitimité en mettant tous les passés côte à côte, et que la mise en scène du patrimoine est un acte politique daté. |
De 1914 à 1945
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1919 | L’article 231 du traité de Versailles | Il fait d’une question d’historien une question d’État : discuter les responsabilités du déclenchement de la guerre revient dès lors à discuter la légitimité du traité lui-même. C’est le point de départ de l’axe 1. Dans les années qui suivent, plusieurs gouvernements publient des recueils de documents diplomatiques choisis pour appuyer leur version, ce qui montre qu’une controverse savante peut être alimentée par les archives que les États décident d’ouvrir. |
| 1925 | Les Cadres sociaux de la mémoire, de Maurice Halbwachs | Il fournit la base théorique de tout le thème : se souvenir n’est pas une affaire privée mais une activité de groupe. C’est ce qui explique qu’un même conflit soit rappelé autrement par les anciens combattants, par les familles de victimes et par l’État, et donc que des mémoires puissent entrer en concurrence sans qu’aucune mente. |
| 1942 | La conférence de Wannsee | Le compte rendu de la réunion, retrouvé après la guerre dans des archives allemandes, est l’une des pièces les plus utilisées pour établir le caractère planifié et bureaucratique du crime. Le repère sert donc à montrer comment la connaissance historique d’un génocide se construit : par des documents produits par les auteurs eux-mêmes, retrouvés, datés et critiqués. Une copie évitera d’en faire la décision initiale du génocide, ce que les historiens ne soutiennent pas. |
| 1944 | La formation du mot génocide par Raphael Lemkin | Il établit que le vocabulaire du droit ne précède pas les crimes qu’il nomme : il a fallu forger un terme parce qu’aucune catégorie disponible ne convenait. Le repère sert donc à dater la notion elle-même, ce qui interdit de l’appliquer sans précaution à des faits antérieurs, et il prépare la convention que les Nations unies adoptent quatre ans plus tard. |
| 1945-1946 | Le procès de Nuremberg | Il fait entrer dans le droit l’idée qu’un dirigeant répond personnellement d’actes commis au nom de l’État, et il consacre les catégories de crime de guerre et de crime contre l’humanité. C’est la première étape d’une justice pénale internationale qui conduit ensuite aux tribunaux créés pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda, puis à une juridiction permanente. |
| 1945 | L’accord de Londres et le statut du Tribunal militaire international | C’est le texte qui fait entrer la catégorie de crime contre l’humanité dans le droit, quelques mois avant l’ouverture du procès de Nuremberg. Il permet de dater précisément une notion que l’on emploie souvent comme si elle avait toujours existé. Il porte aussi la première objection qu’on lui a opposée : ces chefs d’accusation ont été écrits par les vainqueurs après les faits, pour juger les vaincus. |
De 1945 à 1990
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1947 | Si c’est un homme, de Primo Levi | Il donne l’exemple d’un témoignage dont la réception a été différée : le texte existait dès l’immédiat après-guerre, mais le public n’était pas disposé à l’entendre. Le repère sert donc à établir que le silence des premières années ne vient pas d’une absence de témoins. Il pose aussi la question du statut du récit de survivant pour l’historien : source irremplaçable sur l’expérience vécue, et récit construit après coup, qui se critique comme toute autre source. |
| 1948 | La convention pour la prévention et la répression du crime de génocide | Elle donne au terme une définition juridique précise, qui n’est pas son usage courant : il y faut l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe comme tel. En copie, elle sert à justifier qu’on n’emploie pas le mot comme un synonyme de massacre, et elle fonde l’obligation d’agir dont on discute à propos des années quatre-vingt-dix. |
| 1953 | La création de Yad Vashem | C’est le premier grand exemple d’une mémoire du génocide inscrite dans une institution d’État, et non dans les seules cérémonies. Il montre qu’un lieu de mémoire est en même temps un lieu de savoir : la collecte des noms et des documents y sert la commémoration et la recherche, deux fonctions qu’une copie a intérêt à distinguer au lieu de les confondre. |
| 1954-1962 | La guerre d’Algérie | C’est le cas du programme sur lequel on montre que les mémoires d’un même conflit sont plurielles et longtemps restées cloisonnées : appelés du contingent, combattants de l’indépendance, rapatriés, harkis, familles installées en France. Aucune de ces mémoires ne recouvre les autres, et leur reconnaissance publique n’est venue ni en même temps ni au même degré. Le sujet porte sur ces mémoires et sur l’écriture de l’histoire, non sur le déroulement des opérations. |
| 1956 | Nuit et brouillard, film d’Alain Resnais | Il porte les camps devant un large public français à un moment où la déportation est encore rappelée surtout comme la répression des opposants et des résistants. Le repère sert donc à établir que la spécificité du génocide n’a été nommée publiquement qu’ensuite, et il illustre le rôle du cinéma dans la diffusion de cette mémoire hors du cercle des travaux savants. |
| 1961 | Les buts de guerre de l’Allemagne impériale, de Fritz Fischer | Il déclenche une controverse qui sort aussitôt du cercle des historiens et occupe la presse et le monde politique allemands pendant des années. C’est l’exemple type de l’axe 1 : une thèse fondée sur des archives touche à l’image qu’une nation se fait d’elle-même, et la discussion savante devient un débat public. Le débat a été rouvert au moment du centenaire du conflit, ce qui montre qu’une question historiographique ne se referme pas par un vote. |
| 1961 | Le procès Eichmann | Il déplace le centre de gravité de la justice : à Nuremberg on avait jugé principalement sur documents, ici on juge en faisant parler les témoins. Le repère date donc le moment où la parole des survivants entre dans l’espace public et où le génocide cesse d’être traité comme un chapitre parmi d’autres des crimes de guerre. Il donne aussi l’exemple d’une justice rendue par un État, et non par une juridiction internationale. |
| 1962 | Les accords d’Évian | Ils ferment la guerre sur le terrain sans clore ses mémoires, et c’est là leur intérêt pour le thème. Les mesures d’amnistie prises en France dans les années qui suivent empêchent les poursuites et retardent d’autant l’examen public des faits. Le travail des historiens et les reconnaissances officielles n’interviennent donc que plusieurs décennies après le cessez-le-feu, à mesure que les archives s’ouvrent. |
| 1963-1965 | Le procès d’Auschwitz à Francfort | C’est le moment où un pays juge ses propres ressortissants pour ces crimes, devant ses propres tribunaux et selon son droit national. Le repère sert à établir que la justice après un crime de masse se rend à plusieurs échelles. Il montre aussi qu’un procès produit de la connaissance : l’instruction a rassemblé une documentation et des dépositions dont les historiens se servent encore. |
| 1964 | La loi française sur l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité | Elle explique pourquoi des procès ont pu s’ouvrir en France des décennies après les faits, alors que les crimes de guerre, eux, étaient prescrits. C’est le repère qui rend intelligible la chronologie tardive des procès des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, et il montre qu’une décision juridique peut rouvrir un passé que la société croyait clos. |
| 1971 | Le Chagrin et la Pitié, de Marcel Ophuls | Il ébranle le récit d’après-guerre qui plaçait au premier plan la résistance et laissait dans l’ombre la collaboration et l’attentisme. Le repère sert donc à dater le retournement de la mémoire française de l’Occupation, et à montrer qu’une oeuvre peut engager ce travail avant l’enseignement officiel et avant les tribunaux. |
| 1979 | L’inscription d’Auschwitz-Birkenau au patrimoine mondial | Il montre qu’un lieu peut être conservé non pour sa valeur artistique mais pour ce dont il témoigne, ce qui déplace la notion même de patrimoine. Il pose aussi les problèmes concrets d’un lieu de mémoire : que conserver en l’état, que restaurer, et comment accueillir chaque année un très grand nombre de visiteurs sur un site qui est aussi un lieu de sépulture. |
| 1984-1992 | Les Lieux de mémoire, sous la direction de Pierre Nora | Elle installe l’idée qu’un lieu de mémoire n’est pas nécessairement un lieu au sens géographique : c’est tout point d’appui, matériel ou symbolique, du souvenir collectif. Elle fournit surtout la formule que le thème demande. L’histoire est une opération critique sur le passé, la mémoire est un rapport vécu à ce passé, et l’historien peut prendre la seconde comme objet d’étude. |
| 1985 | Shoah, de Claude Lanzmann | Il pose la question qui traverse le jalon : que vaut une oeuvre pour la connaissance historique ? Le refus des images d’archives y est un parti pris assumé, non un manque, et il fait de la parole recueillie la matière même du film. Le repère date aussi la diffusion large, en France, du mot qui a fini par désigner ce génocide dans l’usage courant. |
| 1987 | Le Syndrome de Vichy, d’Henry Rousso | C’est la démonstration qu’une mémoire peut devenir à son tour un objet d’histoire, avec sa chronologie, ses acteurs et ses sources. Le livre fournit le modèle de méthode que le thème attend : on n’oppose pas la mémoire à l’histoire comme le faux au vrai, on fait l’histoire de la mémoire. |
| 1987 | Le procès de Klaus Barbie | Il montre qu’un procès remplit une fonction qui déborde la peine : la loi qui a permis de l’enregistrer a été voulue pour que l’audience laisse une trace consultable plus tard. Le repère relie donc justice, mémoire et connaissance. Il ouvre la série des procès français qui suivent : celui d’un ancien responsable de la Milice en 1994, puis celui d’un ancien fonctionnaire de l’administration de Vichy en 1997 et 1998. |
| 1990 | La loi Gayssot | Elle sert à poser le débat sur les lois mémorielles sans le trancher. Elle a été demandée pour opposer une réponse pénale à la négation d’un fait établi. Plusieurs historiens ont fait valoir en sens inverse qu’il n’appartient pas au législateur de dire le passé, et qu’une loi de ce type place la recherche sous une menace de procès. Une copie qui expose les deux arguments vaut mieux qu’une copie qui en choisit un. |
Depuis 1990
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1993 | La création du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie | C’est la première juridiction pénale internationale créée depuis l’après-guerre, et la première instituée par un organe des Nations unies alors que le conflit se poursuit. Elle produit une jurisprudence, forme des équipes d’enquêteurs et rassemble des archives considérables. C’est ce qui en fait le précédent direct de la juridiction permanente créée à la fin des années quatre-vingt-dix, et une source pour les historiens du conflit. |
| 1994 | Le génocide des Tutsi au Rwanda | C’est l’échec le plus lourd de la sécurité collective, et il commande une grande partie de la réflexion des années suivantes. De ce constat sortent un tribunal pénal international pour le Rwanda, la révision des mandats confiés aux opérations de maintien de la paix, et plus tard le principe selon lequel la communauté internationale doit agir quand un État ne protège pas sa population. |
| 1994 | La création du Tribunal pénal international pour le Rwanda | Il établit qu’une justice internationale ne juge qu’un très petit nombre d’accusés, choisis parmi les organisateurs présumés, et qu’elle laisse donc entière la question des exécutants, bien plus nombreux. C’est exactement l’articulation que l’axe 2 demande d’établir entre l’échelle internationale et l’échelle locale, et ce qui explique le recours à une autre forme de justice à l’intérieur du pays. |
| 1995 | Le discours de commémoration de la rafle du Vélodrome d’Hiver | C’est le repère de la reconnaissance officielle. Il date la fin d’une position tenue jusque-là par les chefs de l’État, selon laquelle la République n’avait pas à répondre des actes d’un régime qu’elle ne tenait pas pour légitime. Il donne l’exemple net d’un acte de parole qui engage l’État, distinct d’une loi comme d’un jugement, et qui ouvre la voie à des mesures de réparation. |
| 1998 | Le statut de Rome et la Cour pénale internationale | Il achève le mouvement ouvert à Nuremberg en installant une juridiction permanente, et non plus un tribunal créé après coup pour un conflit donné. Sa limite fournit le meilleur argument de la copie : elle ne peut juger que dans les situations que les États parties ou le Conseil de sécurité lui ouvrent, et plusieurs grandes puissances ne l’ont pas rejointe. |
| 1998 | Le jugement Akayesu | Il fait passer la convention de 1948 de l’état de texte à celui de droit appliqué : cinquante ans après son adoption, le crime qu’elle définissait est jugé pour la première fois à l’échelle internationale. Le jugement retient en outre les violences sexuelles parmi les actes constitutifs du génocide, ce qui élargit durablement la jurisprudence des tribunaux qui suivent. |
| 1999 | La reconnaissance officielle de l’expression « guerre d’Algérie » | Elle établit qu’un mot est déjà une reconnaissance : tant que l’État s’en tenait à une formule administrative, il n’admettait pas publiquement qu’il y avait eu une guerre. Le repère sert donc à montrer que la reconnaissance passe par le vocabulaire avant de passer par les commémorations et les réparations, et il ouvre la série des gestes mémoriels des décennies suivantes. |
| 2001-2012 | Les juridictions gacaca | Elles répondent à un problème que la justice ordinaire ne pouvait pas traiter : un nombre d’accusés hors de proportion avec les moyens des tribunaux, et des faits dont les seuls témoins sont les voisins. Le dispositif lie la peine à l’aveu, aux excuses et à des travaux d’intérêt général, ce qui en fait l’exemple du programme pour une justice qui vise aussi la reconstruction du lien social. Les critiques adressées à la procédure, notamment sur les droits de la défense, font partie du dossier et s’exposent avec le reste. |
| 2005 | La loi du 23 février 2005 et son article 4 | C’est le cas d’école du débat entre le législateur et l’historien : le Parlement y prescrivait aux programmes scolaires une appréciation sur le passé colonial. Plusieurs historiens y ont vu une atteinte à la liberté de la recherche et en ont demandé le retrait ; d’autres tenaient au contraire ce retrait pour injustifié. Il complète la loi de 1990 dans une copie sur les lois mémorielles, parce que les deux textes ne posent pas le même problème et n’ont pas connu le même sort : l’un est toujours en vigueur, l’autre a été retiré. |
| 2005 | La journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste | Elle marque le passage d’une mémoire portée par des États et des associations à une commémoration inscrite à l’échelle mondiale. Le repère montre donc qu’une mémoire nationale peut s’internationaliser. Il fournit aussi une date commode pour opposer la commémoration, qui rassemble et qui honore, au travail de l’historien, qui établit et qui discute : ce ne sont ni le même geste ni les mêmes règles. |
| 2012 | Le mémorial de Berlin aux Sinti et aux Roms victimes du national-socialisme | Il donne l’exemple le plus net d’une reconnaissance tardive et d’une mémoire longtemps restée à l’écart : ce génocide a été établi par les historiens et admis par l’État bien après celui des Juifs, et commémoré plus tard encore. Le repère est indispensable dans une copie sur l’objet de travail conclusif, qui porte expressément sur les deux génocides et non sur un seul. |
Questions fréquentes
Quelles dates faut-il retenir sur histoire et mémoires ?
Ce thème demande environ 35 repères. Les retenir sans savoir ce qu’ils démontrent ne sert à rien : c’est la portée qui se place dans une copie, pas la date.
Faut-il citer des dates précises en dissertation ?
Oui, un exemple daté et localisé vaut bien mieux qu’une allusion vague. Mais une date fausse coûte plus cher qu’une date absente : dans le doute, écrivez le fait sans l’année.
Pour aller plus loin
- Tous les repères Les onze thèmes du programme.