Les repères à connaître : patrimoine
Les dates du thème « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques », rangées par période, avec pour chacune la phrase qu’elle permet d’écrire. 93 repères.
Pourquoi ces dates comptent
Une date seule ne rapporte aucun point. Ce qui en rapporte, c’est ce qu’elle permet de démontrer : chaque repère est donc accompagné de sa portée, c’est-à-dire de la phrase qu’il autorise à écrire dans une copie.
Identifier un patrimoine, est-ce déjà le protéger, quand ses usages et sa valorisation nourrissent autant de tensions ?
Avant le XIXe siècle
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 10 août 1793 | Ouverture du Muséum central des arts au Louvre | C’est l’acte de naissance du patrimoine au sens moderne : un objet cesse d’appartenir à un propriétaire pour appartenir à tous, et l’État se fait le gardien de ce qu’il vient de saisir. Le repère sert donc à dater le passage de la collection privée au musée public, et à montrer que le patrimoine naît d’une décision politique, non d’une qualité intrinsèque des objets. Il porte aussi sa part d’ombre, qu’une bonne copie n’escamote pas : le musée se remplit de confiscations, puis des œuvres prises lors des campagnes napoléoniennes, ce qui fonde les demandes de restitution que les grands musées affrontent aujourd’hui. |
| 1793 (ouverture au public, le 10 août) | L’ouverture du Muséum central des arts au Louvre | C’est le moment où un bien privé devient un bien commun que l’on montre et que l’on doit transmettre. Le repère sert à démontrer que la notion moderne naît d’un transfert de propriété autant que d’un goût pour l’ancien, et qu’elle est d’emblée politique : ce qu’on expose sert à fonder une nation. |
| 10 juin 1793 (décret de la Convention nationale) | La création du Muséum national d’histoire naturelle | Il montre qu’une révolution politique refonde aussi les lieux du savoir : ce qui appartenait au roi devient un établissement public, ouvert et financé par la nation. Le repère sert à démontrer que la production de la connaissance est une affaire d’institutions, et non de génies isolés, et il donne à une copie française un point d’appui daté entre les académies du XVIIe siècle et la science d’État du XXe. |
| 1794 (trois rapports présentés devant la Convention) | Les rapports de l’abbé Grégoire contre le vandalisme | Le repère tranche le sujet sans le dire : ce n’est pas le passé qui fait le patrimoine, c’est la décision de le garder, et cette décision se prend contre une autre, celle de détruire. Grégoire ne défend pas l’Ancien Régime, il retourne l’argument révolutionnaire en soutenant que ces objets appartiennent désormais à la nation et non à ceux qui les avaient commandés. Une copie s’en sert pour dater la naissance de la notion, pour établir qu’elle apparaît dans le même geste que la destruction, et pour rappeler que le mot inventé à cette occasion sert encore à qualifier les destructions patrimoniales d’aujourd’hui, des mausolées de Tombouctou aux monuments de Palmyre. |
| 1794 (présentation devant la Convention) | Les rapports de l’abbé Grégoire sur les destructions | Il établit que la protection et la destruction naissent ensemble, et de la même main. La même Révolution qui abat des monuments invente l’argument pour les garder : ils appartiennent désormais à la nation, non à ceux qui les avaient commandés. C’est le repère qui prouve qu’un patrimoine se décide, et qu’il se décide contre quelque chose. |
Le XIXe siècle
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1816 | Achat des frises du Parthénon par le Parlement britannique | C’est l’acte d’origine du différend, et le seul point où les deux États s’accordent sur une date sans s’accorder sur rien d’autre : Londres y voit une acquisition régulière validée par une assemblée souveraine, Athènes l’aboutissement d’un pillage. Le repère sert à montrer qu’un bien culturel entre dans une collection par une décision politique, pas par un hasard de collectionneur, et que cette décision engage un État. Il donne aussi la borne à partir de laquelle se compte la possession britannique, argument que Londres oppose depuis deux siècles à la demande grecque. |
| 1816 (vote du Parlement et transfert au British Museum) | L’achat des marbres du Parthénon par le Parlement britannique | Il donne à chaque camp le terrain sur lequel il plaide : d’un côté un titre de propriété régulier au regard du droit britannique de l’époque, de l’autre l’appartenance d’un ensemble sculpté au monument dont il a été détaché. Le repère sert à montrer qu’un conflit de patrimoine dure parce que les deux parties n’argumentent pas dans le même registre, le droit contre l’identité. |
| 3 février 1830 | Reconnaissance de l’indépendance de la Grèce | Cette date est ce qui rend le dossier des frises juridiquement insoluble : au moment de l’enlèvement et de l’achat, il n’existait pas d’État grec, et l’autorisation invoquée par Londres émanait de l’occupant ottoman. Toute la position britannique tient sur ce décalage de trente ans, et toute la position grecque sur le refus d’accepter qu’un occupant ait pu disposer du bien d’une nation. Le repère sert aussi à dater le moment où le Parthénon devient le symbole de la nation grecque, ce qui donne aux sculptures manquantes une valeur qui excède l’objet. |
| 1830 (novembre) | La création de l’inspection générale des monuments historiques | Elle marque le moment où l’État se donne un regard avant de se donner un droit : la protection commence par un fonctionnaire qui inventorie, non par une loi qui interdit. Le repère permet de dater la naissance d’une politique publique française du patrimoine, quatre-vingts ans avant la loi de 1913, et de montrer que la Révolution avait ouvert la question sans créer l’administration qui la traite. |
| 27 mai 1834 (nomination) | Prosper Mérimée inspecteur général des monuments historiques | Il incarne l’étape que les copies sautent, celle où le patrimoine cesse d’être une idée pour devenir une administration : des agents, un inventaire, un budget et des critères de choix. Le repère sert à montrer qu’une politique patrimoniale commence par une opération de tri, donc par une décision sur ce qui mérite d’être transmis, et que cette décision est prise par l’État bien avant la loi de 1913 qui lui donnera le pouvoir de classer un édifice contre la volonté de son propriétaire. Il permet aussi de retourner l’intitulé « héritage du passé » : ce sont des fonctionnaires du XIXe siècle qui ont désigné les monuments que l’on visite aujourd’hui, et le patrimoine est donc autant leur oeuvre que celle des bâtisseurs. |
| 10 juin 1837 | L’inauguration du musée historique de Versailles | C’est le repère qui montre le mieux qu’un monument change de sens selon l’usage qu’un pouvoir en fait : le palais de la monarchie absolue devient, sous un roi issu d’une révolution, le musée d’une nation. La collection est elle-même un acte de gouvernement, puisque réunir dans un même lieu les gloires de tous les régimes revient à réconcilier des mémoires françaises encore hostiles et à fonder la légitimité d’un pouvoir installé depuis sept ans. Une copie l’emploie donc pour établir que le patrimoine est un usage politique du passé, et pour dater précisément ce que les devoirs appellent trop vaguement la construction d’un récit national. |
| 10 juin 1837 | Le musée de l’histoire de France à Versailles | Le repère illustre exactement la règle que Guizot énonçait : on ne conserve un édifice qu’à la condition de lui trouver un emploi. Il sert à montrer qu’un patrimoine n’est pas ce qui subsiste mais ce qu’un régime décide d’investir, ici pour rassembler sous un même toit des mémoires que la Révolution et l’Empire avaient dressées les unes contre les autres, de la salle des Croisades aux salles d’Afrique. Il se prolonge jusqu’à aujourd’hui, puisque les scolaires qui visitent la galerie des Batailles apprennent l’histoire nationale dans un décor conçu en 1837 pour l’enseigner : c’est le rapprochement le plus fort qu’un devoir sur les usages de Versailles puisse faire. |
| 1837 (septembre) | La création de la Commission des monuments historiques | Elle fait passer l’État du recensement au choix : protéger devient une décision collégiale, budgétaire et donc contestable. Le repère sert à montrer que la liste des monuments protégés n’est jamais l’enregistrement d’une valeur évidente, mais le résultat d’un arbitrage entre des crédits limités et des demandes nombreuses. |
| 1837 (inauguration, le 10 juin) | Le musée de l’Histoire de France à Versailles | C’est le meilleur exemple d’un pouvoir qui réaménage un lieu pour lui faire dire autre chose : la résidence des rois devient un musée de la nation entière. Le repère sert à démontrer qu’un régime installé après une révolution se cherche une légitimité en mettant tous les passés côte à côte, et que la mise en scène du patrimoine est un acte politique daté. |
| 1840 (publication de la liste) | La première liste des monuments historiques en France | Il montre que l’État commence par nommer ce qu’il gardera, avant même de savoir comment le protéger. Le repère sert surtout à faire voir les critères de l’époque : ni bâtiment moderne, ni usine, ni maison ordinaire. C’est ainsi qu’on explique pourquoi le patrimoine industriel ou le patrimoine du quotidien ont dû attendre plus d’un siècle pour être reconnus. |
| 1861 | Série artistique de la forêt de Fontainebleau | Ce repère sert à dater, en France et avant Yellowstone en 1872, la première mise en réserve d’un espace pour sa valeur de paysage et non pour son rendement. Il permet donc de montrer que la protection de la nature naît d’un conflit d’usages entre une administration forestière qui compte des mètres cubes et des usagers extérieurs qui regardent des arbres, et que ce sont des artistes, non des savants ni des juristes, qui ont imposé le premier arbitrage. Employé dans un devoir sur la forêt française, il évite de faire commencer la protection au XXe siècle et donne une profondeur d’un siècle et demi aux contestations actuelles des choix sylvicoles. |
| 1864 | Le Yosemite Grant | C’est la première fois qu’un pouvoir central réserve des terres pour leur seule valeur de paysage. Il date le moment où protéger cesse de vouloir dire gérer une ressource et se met à vouloir dire mettre à part un espace jugé exceptionnel. Il annonce directement le modèle du parc national, et il ouvre la question du niveau de pouvoir qui décide. |
| 18 janvier 1871 | La proclamation de l’Empire allemand dans la galerie des Glaces | Le choix du lieu de proclamation n’est jamais un détail, et c’est là tout l’usage du repère : fonder l’unité allemande dans le palais de Louis XIV ajoute au fait une signification que chacun comprend sans qu’on l’explique. Il ouvre une série d’épisodes qui se répondent, la signature du traité de paix dans la même galerie le 28 juin 1919, puis la venue de Hitler au château en 1940, série qui explique que Versailles finisse par être identifié au pays lui-même. Il permet donc de démontrer qu’un monument devient un lieu de mémoire par les usages politiques qu’on lui donne, et non par son ancienneté ni par sa beauté. |
| 1871 (le 18 janvier) | La proclamation de l’Empire allemand dans la galerie des Glaces | Il prouve qu’un décor n’est jamais neutre : la salle est choisie pour ce qu’elle rappelle, et l’événement change ensuite le sens du lieu. Le même raisonnement se poursuit en 1919, quand le traité mettant fin à la Première Guerre mondiale est signé dans cette même galerie. Le repère sert à démontrer qu’un monument peut devenir un instrument diplomatique, et que sa valeur tient à ce qu’il permet de signifier. |
| 1872 (loi fédérale du 1er mars) | La création du parc national de Yellowstone | Il donne le cas d’école du modèle américain : on met un espace à part, on le confie à l’échelon fédéral contre les intérêts locaux, et on le présente comme une nature demeurée vierge. Ce dernier point est justement ce qui permet de le critiquer, puisque ces terres étaient parcourues et utilisées par des populations autochtones dont l’accès fut ensuite restreint. Une copie qui dit les deux choses montre qu’une protection est un choix politique, avec ses bénéficiaires et ses perdants. |
| 1872 | La création du parc national de Yellowstone | Il fournit le cas d’école du modèle américain de protection : mettre un espace à part, le confier à l’échelon fédéral, et le présenter comme une nature restée vierge. Il porte aussi sa propre critique, puisque ces espaces étaient fréquentés et utilisés par des populations autochtones dont l’accès a ensuite été restreint : une copie qui le dit montre qu’un modèle de protection est une construction, pas une évidence. |
| 9 décembre 1905 | Loi de séparation des Églises et de l’État | Elle a deux usages, et les copies n’en voient jamais qu’un. Politiquement, c’est le texte de référence de la laïcité française, qui sépare les institutions sans supprimer la religion de l’espace social. Patrimonialement, elle a fait de milliers de petites communes les propriétaires d’un monument souvent protégé et toujours coûteux, ce qui explique une part de la crise d’entretien du patrimoine religieux français et le recours croissant au mécénat et aux souscriptions. Une décision de séparation prise en 1905 commande donc encore les budgets communaux d’aujourd’hui. |
| 1913 (promulguée le 31 décembre) | La loi française sur les monuments historiques | Il tranche la question de savoir qui décide. La protection cesse de dépendre de la bonne volonté du propriétaire : le droit de propriété plie devant un intérêt collectif défini par l’État. Le repère sert dans tout devoir sur le coût et sur les acteurs, puisqu’il fonde à la fois la contrainte imposée aux propriétaires et l’aide publique qui la compense. |
De 1914 à 1945
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 25 août 1916 | Création du Service des parcs nationaux aux États-Unis | Ce sont les deux moitiés de cette mission qui font la valeur du repère : conserver et faire visiter se contredisent, et toute l’histoire des parcs américains tient dans cette contradiction, des routes percées dans les massifs pour ouvrir les sites à l’automobile jusqu’à la saturation des parcs les plus fréquentés. Il permet aussi de dire qu’une nature protégée est une nature construite : le parc est délimité, administré et mis en scène, et sa création s’est faite au prix de l’effacement des populations amérindiennes qui l’occupaient. Une copie qui oppose nature et patrimoine se prive de cet exemple, qui relève des deux. |
| 1916 | La création du service des parcs nationaux aux États-Unis | Il montre qu’une défaite des protecteurs peut produire une institution durable, et il installe une contradiction qui n’a jamais cessé : conserver un espace intact et y faire venir des foules. C’est le repère à donner quand un sujet demande comment la protection s’organise concrètement, avec des moyens, des agents et des arbitrages quotidiens. |
| 1930 (loi du 2 mai) | La loi sur la protection des monuments naturels et des sites | Elle montre que le champ protégé déborde très tôt le monument bâti pour atteindre le paysage, en France quarante ans avant la convention du patrimoine mondial. Le repère sert à démontrer que le patrimoine naturel n’est pas une invention internationale récente, et à opposer un régime français des sites au régime des monuments historiques, souvent confondus dans les copies. |
| 1943 (loi du 25 février) | La protection des abords des monuments historiques | Elle explique presque tous les conflits contemporains entre urbanisme et patrimoine : ce n’est pas le monument qui bloque un projet, c’est son périmètre. Le repère sert à montrer que protéger un édifice revient à encadrer la ville autour de lui, et à expliquer pourquoi un architecte des Bâtiments de France se trouve au centre de litiges qui portent sur des immeubles ordinaires. |
| 16 novembre 1945 | Création de l’UNESCO | Une organisation internationale fait de l’éducation et de la science un objet de coopération, au motif, inscrit dans son préambule, que la paix se construit d’abord dans l’esprit des hommes. Le repère est indispensable pour ne pas réduire la connaissance à un instrument de puissance : elle est aussi pensée comme un instrument de paix. |
De 1945 à 1990
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
|---|---|---|
| 1953 | La création de Yad Vashem | C’est le premier grand exemple d’une mémoire du génocide inscrite dans une institution d’État, et non dans les seules cérémonies. Il montre qu’un lieu de mémoire est en même temps un lieu de savoir : la collecte des noms et des documents y sert la commémoration et la recherche, deux fonctions qu’une copie a intérêt à distinguer au lieu de les confondre. |
| 1954 (adoptée le 14 mai sous l’égide de l’Unesco), 1956 (entrée en vigueur) | La convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé | Elle fait entrer la destruction du patrimoine dans le droit international, alors qu’elle n’y figurait que comme un dommage parmi d’autres. Le repère ouvre la chaîne juridique que les copies doivent savoir dérouler jusqu’au bout : sans une règle écrite en 1954 et reprise en 1998 dans le statut de la Cour pénale internationale, on ne pourrait pas juger en 2016 une destruction commise en 2012. Il permet aussi de nommer les militaires parmi les acteurs de la protection, ce que peu d’élèves font. |
| 1954 (adoptée le 14 mai, entrée en vigueur en 1956) | La convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé | Elle fait entrer la destruction du patrimoine dans le droit international, alors qu’elle n’était jusque-là qu’un dommage parmi d’autres. Le repère ouvre la chaîne qui mène à la justice pénale : sans une règle écrite en 1954, on ne pourrait pas juger en 2016 une destruction commise en 2012. |
| 1959 (création) | La création du ministère des Affaires culturelles | Il marque le moment où la conservation cesse d’être une affaire d’érudits pour devenir une politique publique dotée d’une administration, d’un budget et d’une doctrine. Le repère structure tout l’objet de travail conclusif : à partir de là, protéger et faire connaître relèvent du même service, ce qui explique que les deux objectifs s’y contredisent parfois. |
| 1960 (lancement de l’appel de l’Unesco, le 8 mars) | La campagne internationale de sauvegarde des monuments de Nubie | C’est la première fois que la communauté internationale paie pour sauver des monuments situés hors de son propre territoire. Le repère fournit l’origine concrète de l’idée d’un patrimoine « de l’humanité » et donc la préhistoire directe de la convention de 1972. Il sert aussi à poser une question d’axe 2 : sauver un monument peut supposer de le déplacer, donc de le couper de son site. |
| 1962 (loi du 4 août) | La loi Malraux sur les secteurs sauvegardés | Elle fait changer la protection d’échelle : du monument on passe au tissu urbain, donc à la règle d’urbanisme. Le repère est décisif pour le jalon parisien, parce qu’à partir de là protéger revient à interdire ou à contraindre des opérations de logement et de bureaux, et que l’arbitrage se joue dans un document d’urbanisme et non dans un débat de goût. |
| 1963 | La fermeture de la grotte de Lascaux au public | C’est le premier arbitrage français explicite entre conserver et montrer, et il tranche pour la conservation. Le repère sert à démontrer qu’une capacité de charge peut être nulle, et que la valorisation se déplace alors vers une copie : il donne le précédent qui commande, trente ans plus tard, la décision de ne jamais ouvrir la grotte Chauvet. |
| 1963 | Premiers parcs nationaux français : la Vanoise et Port-Cros | La comparaison avec 1872 fait tout l’intérêt du repère : la France protège près d’un siècle après les États-Unis, et surtout dans un territoire ancien où l’on ne peut pas déplacer les habitants, ce qui impose un autre modèle. De là l’organisation actuelle en un cœur réglementé et une aire d’adhésion où les communes s’engagent par une charte, c’est-à-dire une protection négociée plutôt qu’imposée. Il sert donc à démontrer qu’il n’existe pas une manière universelle de protéger la nature, mais des dispositifs qui dépendent de l’occupation du sol et du rapport que la société entretient avec ses campagnes. |
| 1964 (adoptée à la clôture du congrès, le 31 mai) | La charte de Venise sur la conservation et la restauration | Elle donne à la restauration un critère, donc de quoi juger un chantier au lieu de le trouver beau ou laid. Le repère permet d’argumenter sur tout débat de reconstruction, en France comme ailleurs : restaurer n’est pas refaire à neuf, et choisir un état du bâtiment plutôt qu’un autre est déjà une décision sur ce que l’on veut transmettre. |
| 1966 (le 4 novembre) | La grande marée de Venise | Elle révèle qu’une ville admirée est aussi une ville fragile, et fait de sa préservation une affaire internationale bien avant l’arrivée du tourisme de masse. Le repère sert à montrer qu’à Venise deux menaces se superposent, l’eau et la fréquentation, et qu’on ne peut pas traiter la seconde sans dire un mot de la première. |
| 1967 | Discours d’Arvid Pardo aux Nations unies | Il date l’entrée d’une idée neuve dans le droit international : certains espaces ne seraient ni à personne ni à prendre, mais à gérer en commun au profit de tous. Cette idée sera reprise pour les fonds marins internationaux dans la convention de Montego Bay, et invoquée depuis pour l’espace. |
| 14 novembre 1970 | Convention de l’UNESCO contre le trafic illicite des biens culturels | Elle n’est pas rétroactive, et c’est presque toujours pour cela qu’on la cite : elle ne couvre aucune des grandes collections constituées avant elle, donc ni les frises du Parthénon ni la plupart des biens dont la restitution est demandée aujourd’hui. Elle sert donc à démontrer que le droit international du patrimoine arrive après coup, qu’il organise l’avenir du marché sans toucher au passé des musées, et que les restitutions relèvent par conséquent de la négociation politique et non du contentieux. Employée ainsi, elle vaut bien mieux qu’en simple date de la protection. |
| 14 novembre 1970 | Convention de 1970 sur le trafic illicite des biens culturels | Elle est l’instrument que l’on oppose au marché de l’art quand des objets sortent d’un pays en guerre ou d’un site pillé, et elle explique pourquoi les grandes maisons de vente exigent aujourd’hui une provenance documentée. Sa faiblesse est la même que sa force : elle n’oblige que les États qui l’ont ratifiée, elle ne vaut pas pour le passé, et elle suppose un État capable de contrôler son territoire, ce qui manque précisément là où le pillage prospère. Au Mali, elle encadre la lutte contre le trafic sans avoir rien pu contre la destruction délibérée de 2012. |
| 1970 (adoptée le 14 novembre) | La convention de l’UNESCO contre le trafic illicite des biens culturels | Elle donne le cadre juridique de tous les débats actuels sur le pillage archéologique et sur les restitutions, y compris ceux qu’alimentent les guerres du Proche-Orient et du Sahel. Sa limite est ce qui la rend utile en copie : privée d’effet rétroactif, elle ne règle rien des collections constituées à l’époque coloniale, ce qui explique que ces demandes-là passent par des lois nationales et des accords politiques, et non par elle. Le repère sert donc à distinguer ce qu’un texte international peut et ne peut pas faire. |
| 14 novembre 1970 | La convention de l’UNESCO contre le trafic illicite de biens culturels | Le repère sert à montrer que la menace sur le patrimoine ne se réduit pas à la destruction : le pillage et la vente en constituent une menace continue, et un objet arraché à son site perd son sens même s’il survit intact. Il permet de distinguer deux dispositifs complémentaires que les copies confondent, la convention de La Haye de 1954, qui protège les biens culturels en cas de conflit armé, et celle de 1970, qui vise le marché et ses acheteurs. Il porte enfin la limite qui fait la nuance : elle n’oblige que les États qui l’ont ratifiée et ne vaut pas pour le passé, ce qui explique que les restitutions se jouent autant sur le terrain diplomatique que devant les tribunaux. |
| 14 novembre 1970 | La convention de l’UNESCO sur le trafic illicite des biens culturels | C’est le texte à citer dès qu’un sujet touche à la restitution, et le seul moyen d’éviter la confusion qui coûte le plus cher dans ce thème : la convention de 1954 protège en temps de guerre, celle de 1970 combat le trafic, celle de 1972 crée la liste du patrimoine mondial, celle de 2003 reconnaît l’immatériel. Sa non-rétroactivité est le point qui fait la différence dans une copie, puisqu’elle explique pourquoi les frises du Parthénon ou les collections rassemblées à l’époque coloniale relèvent de la négociation politique et non de ce traité. |
| 1970 (adoptée le 14 novembre) | La convention de l’Unesco contre l’importation, l’exportation et le transfert illicites de biens culturels | Elle est indispensable pour éviter la faute la plus fréquente sur la restitution : le texte ne vaut pas pour le passé. Les objets sortis d’un pays avant son adoption n’en relèvent pas, ce qui explique que les contentieux les plus anciens, dont celui des sculptures du Parthénon, se traitent par la négociation politique et non devant un juge. |
| 1972 (adoptée le 16 novembre, entrée en vigueur le 17 décembre 1975) | La convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel | Elle internationalise la reconnaissance sans transférer la souveraineté : l’Unesco inscrit, l’État protège et paie. Le repère corrige d’un mot l’erreur la plus coûteuse du thème, celle qui fait de l’organisation la propriétaire ou la gardienne des sites. Il explique aussi pourquoi la liste dépend d’abord de la capacité des États à monter un dossier. |
| 1978 | Comité intergouvernemental de l’UNESCO pour le retour et la restitution des biens culturels | Il a été inventé pour combler exactement le trou laissé par la non-rétroactivité de 1970, et il montre la limite de la réponse : c’est une enceinte de médiation, sans pouvoir de contrainte, dont les recommandations n’obligent personne. La Grèce y porte le dossier des frises depuis des décennies sans obtenir davantage qu’un avis. Le repère sert donc à nuancer toute copie qui laisserait croire que l’UNESCO arbitre les conflits de patrimoine : elle les met en discussion, ce qui n’est ni rien ni une décision. |
| septembre 1978 | Les premières inscriptions sur la liste du patrimoine mondial | Le repère donne la date à partir de laquelle la convention de 1972 cesse d’être un texte pour devenir une liste, c’est-à-dire un classement dont l’entrée se demande, se prépare et se refuse. Il sert à établir que le patrimoine mondial est une construction d’États : ce sont eux qui proposent leurs biens, et la géographie de la liste enregistre d’abord leur capacité à monter un dossier, ce qui explique les déséquilibres que l’UNESCO cherchera ensuite à corriger. Il fournit enfin la borne de départ de tout raisonnement sur les effets de l’inscription, notoriété, fréquentation et financement, qui se comptent depuis ces douze biens. |
| 1978 (session du comité, en septembre) | Les premières inscriptions sur la liste du patrimoine mondial | Il donne la mesure de l’élargissement : d’une douzaine de biens à plus d’un millier en une quarantaine d’années. Le repère sert à démontrer que la patrimonialisation est un processus en expansion continue, et que la valeur d’une inscription se discute d’autant plus que la liste s’allonge. |
| 1979 | L’inscription d’Auschwitz-Birkenau au patrimoine mondial | Il montre qu’un lieu peut être conservé non pour sa valeur artistique mais pour ce dont il témoigne, ce qui déplace la notion même de patrimoine. Il pose aussi les problèmes concrets d’un lieu de mémoire : que conserver en l’état, que restaurer, et comment accueillir chaque année un très grand nombre de visiteurs sur un site qui est aussi un lieu de sépulture. |
| 1979 (troisième session du Comité du patrimoine mondial) | L’inscription du Mont-Saint-Michel et de sa baie au patrimoine mondial | C’est l’exemple français le plus net d’un label qui fabrique une fréquentation : quelques millions de visiteurs par an sur un rocher habité par quelques dizaines de personnes. Le repère pose ainsi la tension du jalon sur le tourisme, l’inscription apportant les moyens de la conservation et engendrant les flux qui menacent ce qu’elle protège. Il montre enfin qu’une protection patrimoniale entraîne des travaux lourds et coûteux, ici le rétablissement du caractère maritime du Mont, mené jusqu’au milieu des années 2010. |
| 1979 | L’inscription du Mont-Saint-Michel et de sa baie au patrimoine mondial | Le repère est le cas d’école du tourisme de masse : un site minuscule, une rue unique bordée de commerces, et plusieurs millions de visiteurs par an, ce qui rend visible la contradiction entre la reconnaissance et la préservation. Il sert à montrer que l’inscription vaut aussi label économique, qu’elle accroît la notoriété et donc la pression sur le bien qu’elle prétend protéger, ce qui est le paradoxe même de la valorisation. Il fournit enfin l’exemple d’une réponse publique lourde, le rétablissement du caractère maritime du site engagé dans les années 2000 et achevé au milieu des années 2010, qui montre qu’un patrimoine se gère et se répare autant qu’il se protège. |
| 1979 | L’inscription du palais et du parc de Versailles au patrimoine mondial | Elle ajoute une couche d’usage à toutes les précédentes : résidence royale, musée de l’histoire de France, lieu de proclamation d’un empire et de signature d’un traité, le site devient un bien de l’humanité sans cesser d’être un instrument d’État. Le repère sert à montrer, sur l’axe consacré à Versailles, qu’une inscription ne remplace pas les usages politiques d’un lieu mais s’y superpose. |
| 1983 (demande officielle de la Grèce) | La demande grecque de retour des sculptures du Parthénon | Il transforme un litige ancien en question internationale de restitution, à un moment où d’autres États formulent des demandes comparables. Le repère sert à poser les deux argumentaires face à face sans trancher : l’appartenance du bien au lieu qui l’a produit contre l’universalité de sa monstration, ce qui est exactement ce qu’un correcteur attend sur ce jalon. |
| 1984-1992 | Les Lieux de mémoire, sous la direction de Pierre Nora | Elle installe l’idée qu’un lieu de mémoire n’est pas nécessairement un lieu au sens géographique : c’est tout point d’appui, matériel ou symbolique, du souvenir collectif. Elle fournit surtout la formule que le thème demande. L’histoire est une opération critique sur le passé, la mémoire est un rapport vécu à ce passé, et l’historien peut prendre la seconde comme objet d’étude. |
| 1984 (première édition, le 23 septembre) | La première journée portes ouvertes dans les monuments historiques | Il montre qu’une politique patrimoniale ne se contente plus de protéger : elle donne à voir, parce que la fréquentation est ce qui rend la dépense défendable devant les contribuables. Le repère fournit l’exemple le plus simple d’une valorisation qui ne coûte presque rien et qui produit de l’adhésion, à opposer aux opérations touristiques lourdes de l’axe 2. |
| 1987 | Inscription de l’Acropole d’Athènes au patrimoine mondial | L’inscription donne à la Grèce un argument qu’elle n’avait pas : un ensemble reconnu comme universel se trouve dispersé entre deux pays, ce qui transforme une revendication nationale en question adressée à toute la communauté internationale. Elle montre en même temps ce que la liste ne fait pas, puisqu’elle ne dit rien de la propriété des objets ni de leur emplacement. Le repère sert donc à distinguer deux gestes que les copies confondent : reconnaître la valeur d’un bien, et décider à qui il appartient. |
| 1987 (inscription) | L’inscription de Venise et de sa lagune sur la liste du patrimoine mondial | Il permet de dire que l’inscription porte ici sur une ville habitée et non sur un site archéologique, ce qui change tout : on protège en même temps des pierres, un écosystème et une population qui s’en va. Le repère sert aussi à formuler le paradoxe central du jalon, à savoir que le label qui protège attire la fréquentation qui abîme. |
| 1988 (douzième session du Comité du patrimoine mondial) | L’inscription de Tombouctou sur la liste du patrimoine mondial | Elle donne la première étape du dossier malien, et elle explique pourquoi les destructions de 2012 ont eu un retentissement mondial : ce qui a été frappé était déjà désigné comme un bien de l’humanité entière. Le repère sert à montrer qu’une inscription internationale change le statut d’un lieu et l’expose autant qu’elle le protège, puisqu’elle en fait une cible reconnaissable pour qui veut contester l’ordre qui l’a désignée. |
Depuis 1990
| Date | Repère | Ce qu’il permet de démontrer |
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| 1991 (inscription par le Comité du patrimoine mondial) | L’inscription de Paris, rives de la Seine, au patrimoine mondial | Le périmètre est ce qui compte : en protégeant une perspective plutôt qu’un monument, l’inscription donne à l’UNESCO un droit de regard sur des décisions d’aménagement ordinaires, hauteur des constructions, ponts, aménagement des berges. Elle sert donc à montrer que le label mondial ne se contente pas de consacrer une valeur : il contraint une politique urbaine et devient un argument dans les conflits entre habitants, élus et promoteurs. C’est aussi par lui que le patrimoine parisien devient une ressource économique et diplomatique mesurable. |
| 1991 (inscription) | L’inscription des rives de la Seine à Paris sur la liste du patrimoine mondial | Il donne à tout projet parisien un contradicteur international : une hauteur, un pont, un aménagement de berge doivent désormais se justifier au regard du bien inscrit. Le repère sert à démontrer que la protection déplace le débat d’urbanisme hors de la commune, et qu’elle pèse sur des décisions dont le patrimoine n’était pas l’objet. |
| 1994 (adoption par le comité du patrimoine mondial) | La stratégie globale pour une liste représentative, équilibrée et crédible | C’est la reconnaissance, par l’institution elle-même, que la liste reflète autant les capacités des candidats que la valeur des biens. Le repère est la réponse directe au jalon d’introduction : la liste s’élargit et reste concentrée, parce qu’un dossier coûte cher en expertise et qu’un État se propose lui-même. Il évite à la copie de se contenter de constater l’inégalité. |
| 1996 (loi du 2 juillet) | La création de la Fondation du patrimoine | Elle montre que l’État délègue à un acteur privé une part du financement de ce qu’il ne peut pas classer. Le repère sert à nuancer l’opposition entre public et privé dans l’objet de travail conclusif, et à expliquer d’où viennent des opérations comme le loto du patrimoine, qui passent par cette fondation et non par le budget du ministère. |
| 2001 (mars) | La destruction des bouddhas de Bamiyan | Il établit qu’une destruction de ce type vise ce que l’objet signifie autant que l’objet lui-même, et qu’elle a été aussitôt connue hors du pays. Le repère sert à montrer, sans prendre parti, qu’une valeur dite universelle n’est pas reconnue partout comme telle, et que la protection internationale s’arrête là où s’arrête le consentement de l’État sur le territoire duquel le bien se trouve. |
| 2003 (loi du 1er août) | La loi relative au mécénat, aux associations et aux fondations | Elle explique que le financement du patrimoine passe désormais par la dépense fiscale autant que par la subvention : un don d’entreprise coûte en grande partie au budget de l’État. Le repère sert à montrer que la politique publique ne se lit pas seulement dans les crédits du ministère, et à discuter le poids pris par les grandes entreprises dans le choix des chantiers financés. |
| 2003 (adoptée le 17 octobre, entrée en vigueur en 2006) | La convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel | Il fait changer le patrimoine de nature : ce qui est protégé n’est plus une chose mais une pratique vivante, qui disparaît si l’on cesse de l’exercer. Le repère sert d’abord à ne pas confondre les deux dispositifs de l’Unesco, qui relèvent de conventions, de procédures et de listes distinctes. C’est l’une des erreurs les plus fréquentes du thème. |
| 2005 | L’ouverture du Mémorial de la Shoah à Paris | C’est le repère qui montre qu’un lieu de mémoire peut être en même temps un lieu de recherche, et donc que l’opposition entre mémoire et histoire ne se lit pas sur le terrain aussi simplement que dans les manuels. La date de réouverture, choisie pour coïncider avec la commémoration internationale, fournit en outre un exemple net de mise en scène du souvenir. |
| 2005 | L’inauguration du mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, à Berlin | C’est la preuve qu’un État peut inscrire au centre de sa capitale la mémoire du crime commis en son nom, et non celle de ses propres morts. Le repère sert aussi à montrer la longueur du chemin : plus de dix ans séparent le lancement du projet de son inauguration, et le débat public sur son emplacement et sa forme fait partie de l’exemple. |
| juin 2009 | Ouverture du musée de l’Acropole à Athènes | C’est un équipement muséal conçu comme un instrument de politique étrangère, et c’est ce qui le rend précieux dans une copie : il retire au Royaume-Uni son argument le plus ancien, celui de l’incapacité grecque à conserver et à présenter les œuvres, et il expose le manque au lieu de le dissimuler. Le vide devient ainsi une pièce du musée et une demande permanente adressée aux visiteurs. Le repère sert à montrer que la patrimonialisation est une action, planifiée et financée, et non la simple constatation d’une valeur. |
| 2009 (juin) | Le retrait de la vallée de l’Elbe à Dresde de la liste du patrimoine mondial | Il établit que le label est révocable, donc qu’il engage, et qu’il ne suffit pourtant pas à faire céder un État sur un projet d’aménagement. Le repère sert à répondre aux sujets sur l’efficacité de l’Unesco en montrant que sa force est morale et réputationnelle, et qu’elle s’arrête là où commence la souveraineté sur le sol. |
| 2010 (inscription le 16 novembre, session du comité à Nairobi) | L’inscription du repas gastronomique des Français | Il donne l’exemple le plus net d’une candidature conduite comme une opération d’influence, avec un dossier, des soutiens et un calendrier. Le repère sert aussi à éviter un contresens répandu : ce n’est ni une cuisine ni une liste de plats qui est reconnue, mais une pratique sociale, ce qui est précisément ce que la convention de 2003 permet de protéger. |
| 2012 | L’ouverture du Mémorial de la Shoah à Drancy | C’est le repère qui pose le problème le plus concret de la mémorialisation en France : le lieu du crime a repris un usage ordinaire et reste habité, si bien que le mémorial a dû être bâti en face. Il sert à démontrer qu’un lieu de mémoire n’est jamais donné par les faits, mais construit par une décision tardive, ici près de soixante-dix ans après. |
| 2012 | Le mémorial de Berlin aux Sinti et aux Roms victimes du national-socialisme | Il donne l’exemple le plus net d’une reconnaissance tardive et d’une mémoire longtemps restée à l’écart : ce génocide a été établi par les historiens et admis par l’État bien après celui des Juifs, et commémoré plus tard encore. Le repère est indispensable dans une copie sur l’objet de travail conclusif, qui porte expressément sur les deux génocides et non sur un seul. |
| juin et juillet 2012 | La destruction des mausolées de Tombouctou | Elles établissent que la destruction du patrimoine peut être un acte de guerre délibéré, et non un dommage collatéral : on détruit ce qui fait tenir une société et ce qui la rattache à son passé, devant les caméras, pour que la population le voie. Le repère sert à démontrer qu’un bien sans valeur militaire devient une cible parce qu’il désigne un groupe, et il ouvre la séquence judiciaire qui aboutit quatre ans plus tard devant la Cour pénale internationale. |
| 30 juin 2012 | L’inscription du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais au patrimoine mondial | Le repère élargit la notion de patrimoine à ce qui n’est ni beau ni ancien, un paysage de travail longtemps perçu comme la trace d’une crise industrielle plutôt que comme un héritage. Il sert donc à établir que la patrimonialisation est une décision, portée ici par des habitants, des associations et des collectivités, et qu’elle transforme un stigmate en ressource d’image, de tourisme et de reconversion. Il fournit enfin le cas d’un patrimoine dont les habitants n’ont pas été écartés, ce qui interdit la mise sous cloche et oblige à concilier conservation, logement et développement, là où l’inscription d’un monument isolé ne pose pas ces questions. |
| 2012 (juin et juillet) | Les destructions de mausolées à Tombouctou | Il montre qu’un bien est attaqué pour ce qu’il représente aux yeux d’une population, et non pour sa valeur marchande. Le repère sert à démontrer que la question patrimoniale est une composante du conflit lui-même, et que la reconstruction, en associant les habitants, participe autant du rétablissement de la paix que du chantier de maçonnerie. |
| 2012 (inscription le 30 juin, session du comité à Saint-Pétersbourg) | L’inscription du bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais | Il prouve qu’un espace industriel longtemps vécu comme une friche et une blessure peut être requalifié en ressource. Le repère sert deux démonstrations à la fois : la patrimonialisation comme levier de reconversion économique, et la reconnaissance accordée à une mémoire ouvrière qui n’entrait dans aucun des critères de 1840. C’est l’exemple français le plus commode de l’élargissement de la notion. |
| 2013 (résolution 2100 du 25 avril, déploiement le 1er juillet), fin de mission le 31 décembre 2023 | La mission des Nations unies au Mali, la Minusma | Elle donne le seul exemple d’une opération de maintien de la paix explicitement chargée du patrimoine, ce qui permet de relier deux thèmes que les copies traitent séparément. Elle sert aussi à mesurer les limites de l’action onusienne : une mission dure ce que veulent l’État hôte et les États qui fournissent les contingents, et son départ montre qu’un mandat international ne tient pas contre un gouvernement qui le refuse. C’est enfin l’opération de paix la plus meurtrière de ces dernières décennies. |
| 7 juillet 2016 | Loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine | C’est le texte à citer pour dater le glissement du monument isolé vers l’ensemble urbain : ce que la loi protège, ce n’est plus l’édifice classé mais le tissu, les abords, la silhouette d’un quartier. Le repère permet donc de répondre précisément à un sujet sur les finalités de la valorisation, puisqu’il montre l’État arbitrant entre conserver, faire habiter et laisser construire, et il fournit le cadre juridique dans lequel se règlent les conflits entre développement urbain et protection. Il évite surtout de traiter la politique du patrimoine comme une intention vague : elle a des textes, des périmètres et des autorités qui disent oui ou non. |
| 27 septembre 2016 | Condamnation par la Cour pénale internationale des destructions de Tombouctou | Le repère prouve que le patrimoine est visé parce qu’il porte une identité, et que sa destruction est un acte politique calculé, non un dégât collatéral : c’est précisément ce qu’un sujet sur les menaces pesant sur le patrimoine attend qu’on démontre. Il donne ensuite la réponse du droit, de la convention de La Haye de 1954 à ce jugement, et sa limite, qui fait la nuance d’une bonne copie : la Cour intervient après coup, sur saisine d’un État, et elle n’a rien empêché ; les mausolées ont dû être rebâtis par les habitants et les maçons de Tombouctou, avec l’appui de l’UNESCO. |
| 7 juillet 2016 | Loi sur la liberté de la création, l’architecture et le patrimoine | Dans un sujet demandant si développement urbain et patrimoine sont conciliables, le repère fournit l’outil par lequel la question se règle concrètement : un périmètre, un document de gestion, et un architecte des Bâtiments de France dont l’avis conditionne les travaux. Il permet donc de sortir de l’opposition abstraite entre construire et conserver, en montrant que le droit français a choisi de faire cohabiter les deux dans le même espace, et de nommer le prix de ce choix : des délais, des surcoûts et des conflits d’usage entre habitants, promoteurs et administration du patrimoine. |
| 27 septembre 2016 | L’arrêt de la Cour pénale internationale sur les destructions de Tombouctou | Il fait de la destruction du patrimoine un crime jugé pour lui-même, et non l’accessoire d’un crime contre des personnes. Le repère referme la chaîne ouverte en 1954 : une règle écrite, un crime qualifié, une juridiction qui l’applique et une réparation ordonnée au profit de la communauté de Tombouctou. Il sert dans un devoir sur la protection du patrimoine comme dans un devoir sur la justice internationale, et fournit une conclusion solide au jalon malien. |
| 27 septembre 2016 | Condamnation par la Cour pénale internationale de la destruction des mausolées de Tombouctou | C’est la première fois devant cette juridiction que la destruction de biens culturels constitue à elle seule le chef d’accusation, indépendamment de toute atteinte aux personnes : détruire un monument devient un crime de guerre en soi. Le repère sert donc à établir que le patrimoine est passé du registre de la conservation à celui de la sécurité internationale, et qu’il est visé parce qu’il porte l’identité d’un groupe. On en dira aussi les limites, qui font la bonne copie : un seul homme jugé, un acteur non étatique, un aveu, et une affaire déférée par l’État malien lui-même. |
| 2016 (loi du 7 juillet) | La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine | Elle donne le repère le plus récent pour établir que la protection française s’est déplacée du monument isolé vers l’ensemble urbain et paysager, mouvement ouvert par la loi Malraux de 1962. Elle nomme surtout le point de friction actuel de la politique patrimoniale : l’avis d’un fonctionnaire de l’État s’impose aux projets d’une commune, ce qui met en conflit une protection nationale et une décision locale. C’est exactement la tension qu’un sujet sur la protection et la valorisation attend qu’on formule. |
| 27 septembre 2016 | La condamnation par la Cour pénale internationale de la destruction des mausolées de Tombouctou | C’est la première fois qu’une juridiction internationale juge une personne pour la seule destruction de biens culturels, ce qui fait entrer le patrimoine dans le champ des crimes que l’on poursuit et non plus des pertes que l’on déplore. Le repère sert donc à démontrer que détruire un patrimoine est un acte politique dirigé contre ce qu’un groupe est et transmet, et que le droit le reconnaît désormais comme tel. Il permet enfin la nuance qui distingue une bonne copie : la justice intervient après coup et ne protège rien sur le moment, et c’est la reconstruction des mausolées par les habitants, avec l’appui de l’UNESCO, qui a rendu le lieu à ses usages. |
| 27 septembre 2016 | La condamnation de la destruction des mausolées de Tombouctou | Ce repère fait passer la destruction du patrimoine du statut de dommage collatéral à celui de crime jugeable pour lui-même, ce qui donne au thème sa dimension juridique et non plus seulement esthétique. Il permet d’écrire qu’une société ne conserve que ce qu’elle veut conserver, mais que le droit fixe désormais une limite à ceux qui veulent effacer ce que d’autres tiennent pour un héritage. Il oblige aussi à une nuance : la Cour n’a pu agir que parce qu’un État l’a saisie, ce qui est rare. |
| 2016 | Le procès Al Mahdi devant la Cour pénale internationale | Le procès vaut par ce qu’il ajoute au verdict : l’aveu public de l’accusé et la reconnaissance que détruire un monument lèse d’abord une population, qui obtient réparation à ce titre. C’est l’exemple qui permet de dire, sans grandiloquence, qu’un patrimoine appartient à ceux qui vivent avec, et pas seulement à l’humanité en général. Il sert aussi bien dans un sujet sur les tensions autour du patrimoine que dans un sujet sur la justice pénale internationale et ce qu’elle cherche au-delà de la sanction. |
| 2016 (jugement rendu le 27 septembre) | Le jugement de la Cour pénale internationale sur les destructions de Tombouctou | Il fait de la destruction du patrimoine un crime jugé pour lui-même, et non l’accessoire d’un autre. Le repère referme la chaîne ouverte en 1954 : une règle écrite, un crime qualifié, une juridiction qui l’applique. Il sert dans un devoir sur la protection comme dans un devoir sur la justice internationale, et donne une conclusion solide au jalon malien. |
| 2016 (loi du 7 juillet) | La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine | Elle montre que la protection du patrimoine se joue désormais dans le droit de l’urbanisme, entre l’État, la commune et les propriétaires. Le repère permet d’actualiser l’objet de travail conclusif au lieu de s’arrêter à Malraux, et de dire que l’enjeu contemporain n’est plus de créer des protections mais de les rendre lisibles et acceptables. |
| 2017 (24 mars) | La résolution 2347 du Conseil de sécurité des Nations unies | Elle fait passer la protection du patrimoine du champ culturel au champ de la sécurité internationale : ce n’est plus l’Unesco seule qui s’en saisit, c’est l’organe qui peut décider de mesures contraignantes. Le repère sert à montrer la montée en gamme du droit depuis la convention de La Haye de 1954, et à relier la destruction de biens culturels au financement des groupes armés par le trafic d’antiquités. |
| 2019 (le 15 avril) | L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris | Il montre qu’un monument mobilise de l’argent privé et de l’émotion collective à un degré qu’aucune politique ordinaire n’atteint, ce qui pose la question de la répartition de l’effort entre les édifices célèbres et les autres. Le repère sert surtout à traiter la restauration comme un choix : reconstruire à l’identique, c’est choisir un état du bâtiment parmi plusieurs, non revenir à un original. |
| 2021 (juillet) | Le retrait de Liverpool, port marchand, de la liste du patrimoine mondial | Il montre qu’un État développé peut préférer un projet de renouvellement urbain à un label international, et que le cas de Dresde n’était donc pas isolé. Le repère sert à opposer deux logiques également légitimes, la conservation d’un héritage portuaire et la relance économique d’une ville en reconversion, ce qui interdit de traiter le sujet en termes de bons et de mauvais élèves. |
| 2021 (mesure applicable à partir du 1er août) | L’éloignement des grands paquebots du centre de Venise | Il donne un cas récent où une autorité publique arbitre explicitement entre la recette touristique et la préservation d’un site, sous la pression d’une organisation internationale qui ne dispose pourtant d’aucun pouvoir de contrainte. Le repère sert à montrer que la régulation de la fréquentation est devenue un instrument de protection, et qu’elle se paie en emplois et en conflits avec les habitants comme avec les professionnels. |
Questions fréquentes
Quelles dates faut-il retenir sur patrimoine ?
Ce thème demande environ 93 repères. Les retenir sans savoir ce qu’ils démontrent ne sert à rien : c’est la portée qui se place dans une copie, pas la date.
Faut-il citer des dates précises en dissertation ?
Oui, un exemple daté et localisé vaut bien mieux qu’une allusion vague. Mais une date fausse coûte plus cher qu’une date absente : dans le doute, écrivez le fait sans l’année.
Pour aller plus loin
- Tous les repères Les onze thèmes du programme.