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HGGSP Révision

Les repères à connaître : patrimoine

Les dates du thème « Identifier, protéger et valoriser le patrimoine : enjeux géopolitiques », rangées par période, avec pour chacune la phrase qu’elle permet d’écrire. 39 repères.

Pourquoi ces dates comptent

Une date seule ne rapporte aucun point. Ce qui en rapporte, c’est ce qu’elle permet de démontrer : chaque repère est donc accompagné de sa portée, c’est-à-dire de la phrase qu’il autorise à écrire dans une copie.

Identifier un patrimoine, est-ce déjà le protéger, quand ses usages et sa valorisation nourrissent autant de tensions ?

Avant le XIXe siècle

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
1793 (ouverture au public, le 10 août)L’ouverture du Muséum central des arts au LouvreC’est le moment où un bien privé devient un bien commun que l’on montre et que l’on doit transmettre. Le repère sert à démontrer que la notion moderne naît d’un transfert de propriété autant que d’un goût pour l’ancien, et qu’elle est d’emblée politique : ce qu’on expose sert à fonder une nation.
1794 (présentation devant la Convention)Les rapports de l’abbé Grégoire sur les destructionsIl établit que la protection et la destruction naissent ensemble, et de la même main. La même Révolution qui abat des monuments invente l’argument pour les garder : ils appartiennent désormais à la nation, non à ceux qui les avaient commandés. C’est le repère qui prouve qu’un patrimoine se décide, et qu’il se décide contre quelque chose.

Le XIXe siècle

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
1816 (vote du Parlement et transfert au British Museum)L’achat des marbres du Parthénon par le Parlement britanniqueIl donne à chaque camp le terrain sur lequel il plaide : d’un côté un titre de propriété régulier au regard du droit britannique de l’époque, de l’autre l’appartenance d’un ensemble sculpté au monument dont il a été détaché. Le repère sert à montrer qu’un conflit de patrimoine dure parce que les deux parties n’argumentent pas dans le même registre, le droit contre l’identité.
1837 (inauguration, le 10 juin)Le musée de l’Histoire de France à VersaillesC’est le meilleur exemple d’un pouvoir qui réaménage un lieu pour lui faire dire autre chose : la résidence des rois devient un musée de la nation entière. Le repère sert à démontrer qu’un régime installé après une révolution se cherche une légitimité en mettant tous les passés côte à côte, et que la mise en scène du patrimoine est un acte politique daté.
1840 (publication de la liste)La première liste des monuments historiques en FranceIl montre que l’État commence par nommer ce qu’il gardera, avant même de savoir comment le protéger. Le repère sert surtout à faire voir les critères de l’époque : ni bâtiment moderne, ni usine, ni maison ordinaire. C’est ainsi qu’on explique pourquoi le patrimoine industriel ou le patrimoine du quotidien ont dû attendre plus d’un siècle pour être reconnus.
1864Le Yosemite GrantC’est la première fois qu’un pouvoir central réserve des terres pour leur seule valeur de paysage. Il date le moment où protéger cesse de vouloir dire gérer une ressource et se met à vouloir dire mettre à part un espace jugé exceptionnel. Il annonce directement le modèle du parc national, et il ouvre la question du niveau de pouvoir qui décide.
1871 (le 18 janvier)La proclamation de l’Empire allemand dans la galerie des GlacesIl prouve qu’un décor n’est jamais neutre : la salle est choisie pour ce qu’elle rappelle, et l’événement change ensuite le sens du lieu. Le même raisonnement se poursuit en 1919, quand le traité mettant fin à la Première Guerre mondiale est signé dans cette même galerie. Le repère sert à démontrer qu’un monument peut devenir un instrument diplomatique, et que sa valeur tient à ce qu’il permet de signifier.
1872La création du parc national de YellowstoneIl fournit le cas d’école du modèle américain de protection : mettre un espace à part, le confier à l’échelon fédéral, et le présenter comme une nature restée vierge. Il porte aussi sa propre critique, puisque ces espaces étaient fréquentés et utilisés par des populations autochtones dont l’accès a ensuite été restreint : une copie qui le dit montre qu’un modèle de protection est une construction, pas une évidence.
1913 (promulguée le 31 décembre)La loi française sur les monuments historiquesIl tranche la question de savoir qui décide. La protection cesse de dépendre de la bonne volonté du propriétaire : le droit de propriété plie devant un intérêt collectif défini par l’État. Le repère sert dans tout devoir sur le coût et sur les acteurs, puisqu’il fonde à la fois la contrainte imposée aux propriétaires et l’aide publique qui la compense.

De 1914 à 1945

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
1916La création du service des parcs nationaux aux États-UnisIl montre qu’une défaite des protecteurs peut produire une institution durable, et il installe une contradiction qui n’a jamais cessé : conserver un espace intact et y faire venir des foules. C’est le repère à donner quand un sujet demande comment la protection s’organise concrètement, avec des moyens, des agents et des arbitrages quotidiens.
16 novembre 1945Création de l’UNESCOUne organisation internationale fait de l’éducation et de la science un objet de coopération, au motif, inscrit dans son préambule, que la paix se construit d’abord dans l’esprit des hommes. Le repère est indispensable pour ne pas réduire la connaissance à un instrument de puissance : elle est aussi pensée comme un instrument de paix.

De 1945 à 1990

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
1953La création de Yad VashemC’est le premier grand exemple d’une mémoire du génocide inscrite dans une institution d’État, et non dans les seules cérémonies. Il montre qu’un lieu de mémoire est en même temps un lieu de savoir : la collecte des noms et des documents y sert la commémoration et la recherche, deux fonctions qu’une copie a intérêt à distinguer au lieu de les confondre.
1954 (adoptée le 14 mai, entrée en vigueur en 1956)La convention de La Haye pour la protection des biens culturels en cas de conflit arméElle fait entrer la destruction du patrimoine dans le droit international, alors qu’elle n’était jusque-là qu’un dommage parmi d’autres. Le repère ouvre la chaîne qui mène à la justice pénale : sans une règle écrite en 1954, on ne pourrait pas juger en 2016 une destruction commise en 2012.
1959 (création)La création du ministère des Affaires culturellesIl marque le moment où la conservation cesse d’être une affaire d’érudits pour devenir une politique publique dotée d’une administration, d’un budget et d’une doctrine. Le repère structure tout l’objet de travail conclusif : à partir de là, protéger et faire connaître relèvent du même service, ce qui explique que les deux objectifs s’y contredisent parfois.
1960 (lancement de l’appel de l’Unesco, le 8 mars)La campagne internationale de sauvegarde des monuments de NubieC’est la première fois que la communauté internationale paie pour sauver des monuments situés hors de son propre territoire. Le repère fournit l’origine concrète de l’idée d’un patrimoine « de l’humanité » et donc la préhistoire directe de la convention de 1972. Il sert aussi à poser une question d’axe 2 : sauver un monument peut supposer de le déplacer, donc de le couper de son site.
1962 (loi du 4 août)La loi Malraux sur les secteurs sauvegardésElle fait changer la protection d’échelle : du monument on passe au tissu urbain, donc à la règle d’urbanisme. Le repère est décisif pour le jalon parisien, parce qu’à partir de là protéger revient à interdire ou à contraindre des opérations de logement et de bureaux, et que l’arbitrage se joue dans un document d’urbanisme et non dans un débat de goût.
1964 (adoptée à la clôture du congrès, le 31 mai)La charte de Venise sur la conservation et la restaurationElle donne à la restauration un critère, donc de quoi juger un chantier au lieu de le trouver beau ou laid. Le repère permet d’argumenter sur tout débat de reconstruction, en France comme ailleurs : restaurer n’est pas refaire à neuf, et choisir un état du bâtiment plutôt qu’un autre est déjà une décision sur ce que l’on veut transmettre.
1966 (le 4 novembre)La grande marée de VeniseElle révèle qu’une ville admirée est aussi une ville fragile, et fait de sa préservation une affaire internationale bien avant l’arrivée du tourisme de masse. Le repère sert à montrer qu’à Venise deux menaces se superposent, l’eau et la fréquentation, et qu’on ne peut pas traiter la seconde sans dire un mot de la première.
1967Discours d’Arvid Pardo aux Nations uniesIl date l’entrée d’une idée neuve dans le droit international : certains espaces ne seraient ni à personne ni à prendre, mais à gérer en commun au profit de tous. Cette idée sera reprise pour les fonds marins internationaux dans la convention de Montego Bay, et invoquée depuis pour l’espace.
1970 (adoptée le 14 novembre)La convention de l’Unesco contre l’importation, l’exportation et le transfert illicites de biens culturelsElle est indispensable pour éviter la faute la plus fréquente sur la restitution : le texte ne vaut pas pour le passé. Les objets sortis d’un pays avant son adoption n’en relèvent pas, ce qui explique que les contentieux les plus anciens, dont celui des sculptures du Parthénon, se traitent par la négociation politique et non devant un juge.
1972 (adoptée le 16 novembre, entrée en vigueur le 17 décembre 1975)La convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturelElle internationalise la reconnaissance sans transférer la souveraineté : l’Unesco inscrit, l’État protège et paie. Le repère corrige d’un mot l’erreur la plus coûteuse du thème, celle qui fait de l’organisation la propriétaire ou la gardienne des sites. Il explique aussi pourquoi la liste dépend d’abord de la capacité des États à monter un dossier.
1978 (session du comité, en septembre)Les premières inscriptions sur la liste du patrimoine mondialIl donne la mesure de l’élargissement : d’une douzaine de biens à plus d’un millier en une quarantaine d’années. Le repère sert à démontrer que la patrimonialisation est un processus en expansion continue, et que la valeur d’une inscription se discute d’autant plus que la liste s’allonge.
1979L’inscription d’Auschwitz-Birkenau au patrimoine mondialIl montre qu’un lieu peut être conservé non pour sa valeur artistique mais pour ce dont il témoigne, ce qui déplace la notion même de patrimoine. Il pose aussi les problèmes concrets d’un lieu de mémoire : que conserver en l’état, que restaurer, et comment accueillir chaque année un très grand nombre de visiteurs sur un site qui est aussi un lieu de sépulture.
1983 (demande officielle de la Grèce)La demande grecque de retour des sculptures du ParthénonIl transforme un litige ancien en question internationale de restitution, à un moment où d’autres États formulent des demandes comparables. Le repère sert à poser les deux argumentaires face à face sans trancher : l’appartenance du bien au lieu qui l’a produit contre l’universalité de sa monstration, ce qui est exactement ce qu’un correcteur attend sur ce jalon.
1984-1992Les Lieux de mémoire, sous la direction de Pierre NoraElle installe l’idée qu’un lieu de mémoire n’est pas nécessairement un lieu au sens géographique : c’est tout point d’appui, matériel ou symbolique, du souvenir collectif. Elle fournit surtout la formule que le thème demande. L’histoire est une opération critique sur le passé, la mémoire est un rapport vécu à ce passé, et l’historien peut prendre la seconde comme objet d’étude.
1984 (première édition, le 23 septembre)La première journée portes ouvertes dans les monuments historiquesIl montre qu’une politique patrimoniale ne se contente plus de protéger : elle donne à voir, parce que la fréquentation est ce qui rend la dépense défendable devant les contribuables. Le repère fournit l’exemple le plus simple d’une valorisation qui ne coûte presque rien et qui produit de l’adhésion, à opposer aux opérations touristiques lourdes de l’axe 2.
1987 (inscription)L’inscription de Venise et de sa lagune sur la liste du patrimoine mondialIl permet de dire que l’inscription porte ici sur une ville habitée et non sur un site archéologique, ce qui change tout : on protège en même temps des pierres, un écosystème et une population qui s’en va. Le repère sert aussi à formuler le paradoxe central du jalon, à savoir que le label qui protège attire la fréquentation qui abîme.

Depuis 1990

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
1991 (inscription)L’inscription des rives de la Seine à Paris sur la liste du patrimoine mondialIl donne à tout projet parisien un contradicteur international : une hauteur, un pont, un aménagement de berge doivent désormais se justifier au regard du bien inscrit. Le repère sert à démontrer que la protection déplace le débat d’urbanisme hors de la commune, et qu’elle pèse sur des décisions dont le patrimoine n’était pas l’objet.
1994 (adoption par le comité du patrimoine mondial)La stratégie globale pour une liste représentative, équilibrée et crédibleC’est la reconnaissance, par l’institution elle-même, que la liste reflète autant les capacités des candidats que la valeur des biens. Le repère est la réponse directe au jalon d’introduction : la liste s’élargit et reste concentrée, parce qu’un dossier coûte cher en expertise et qu’un État se propose lui-même. Il évite à la copie de se contenter de constater l’inégalité.
2001 (mars)La destruction des bouddhas de BamiyanIl établit qu’une destruction de ce type vise ce que l’objet signifie autant que l’objet lui-même, et qu’elle a été aussitôt connue hors du pays. Le repère sert à montrer, sans prendre parti, qu’une valeur dite universelle n’est pas reconnue partout comme telle, et que la protection internationale s’arrête là où s’arrête le consentement de l’État sur le territoire duquel le bien se trouve.
2003 (adoptée le 17 octobre, entrée en vigueur en 2006)La convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatérielIl fait changer le patrimoine de nature : ce qui est protégé n’est plus une chose mais une pratique vivante, qui disparaît si l’on cesse de l’exercer. Le repère sert d’abord à ne pas confondre les deux dispositifs de l’Unesco, qui relèvent de conventions, de procédures et de listes distinctes. C’est l’une des erreurs les plus fréquentes du thème.
2010 (inscription le 16 novembre, session du comité à Nairobi)L’inscription du repas gastronomique des FrançaisIl donne l’exemple le plus net d’une candidature conduite comme une opération d’influence, avec un dossier, des soutiens et un calendrier. Le repère sert aussi à éviter un contresens répandu : ce n’est ni une cuisine ni une liste de plats qui est reconnue, mais une pratique sociale, ce qui est précisément ce que la convention de 2003 permet de protéger.
2012Le mémorial de Berlin aux Sinti et aux Roms victimes du national-socialismeIl donne l’exemple le plus net d’une reconnaissance tardive et d’une mémoire longtemps restée à l’écart : ce génocide a été établi par les historiens et admis par l’État bien après celui des Juifs, et commémoré plus tard encore. Le repère est indispensable dans une copie sur l’objet de travail conclusif, qui porte expressément sur les deux génocides et non sur un seul.
2012 (juin et juillet)Les destructions de mausolées à TombouctouIl montre qu’un bien est attaqué pour ce qu’il représente aux yeux d’une population, et non pour sa valeur marchande. Le repère sert à démontrer que la question patrimoniale est une composante du conflit lui-même, et que la reconstruction, en associant les habitants, participe autant du rétablissement de la paix que du chantier de maçonnerie.
2012 (inscription le 30 juin, session du comité à Saint-Pétersbourg)L’inscription du bassin minier du Nord et du Pas-de-CalaisIl prouve qu’un espace industriel longtemps vécu comme une friche et une blessure peut être requalifié en ressource. Le repère sert deux démonstrations à la fois : la patrimonialisation comme levier de reconversion économique, et la reconnaissance accordée à une mémoire ouvrière qui n’entrait dans aucun des critères de 1840. C’est l’exemple français le plus commode de l’élargissement de la notion.
2016 (jugement rendu le 27 septembre)Le jugement de la Cour pénale internationale sur les destructions de TombouctouIl fait de la destruction du patrimoine un crime jugé pour lui-même, et non l’accessoire d’un autre. Le repère referme la chaîne ouverte en 1954 : une règle écrite, un crime qualifié, une juridiction qui l’applique. Il sert dans un devoir sur la protection comme dans un devoir sur la justice internationale, et donne une conclusion solide au jalon malien.
2016 (loi du 7 juillet)La loi relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoineElle montre que la protection du patrimoine se joue désormais dans le droit de l’urbanisme, entre l’État, la commune et les propriétaires. Le repère permet d’actualiser l’objet de travail conclusif au lieu de s’arrêter à Malraux, et de dire que l’enjeu contemporain n’est plus de créer des protections mais de les rendre lisibles et acceptables.
2019 (le 15 avril)L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de ParisIl montre qu’un monument mobilise de l’argent privé et de l’émotion collective à un degré qu’aucune politique ordinaire n’atteint, ce qui pose la question de la répartition de l’effort entre les édifices célèbres et les autres. Le repère sert surtout à traiter la restauration comme un choix : reconstruire à l’identique, c’est choisir un état du bâtiment parmi plusieurs, non revenir à un original.
2021 (mesure applicable à partir du 1er août)L’éloignement des grands paquebots du centre de VeniseIl donne un cas récent où une autorité publique arbitre explicitement entre la recette touristique et la préservation d’un site, sous la pression d’une organisation internationale qui ne dispose pourtant d’aucun pouvoir de contrainte. Le repère sert à montrer que la régulation de la fréquentation est devenue un instrument de protection, et qu’elle se paie en emplois et en conflits avec les habitants comme avec les professionnels.

Questions fréquentes

Quelles dates faut-il retenir sur patrimoine ?

Ce thème demande environ 39 repères. Les retenir sans savoir ce qu’ils démontrent ne sert à rien : c’est la portée qui se place dans une copie, pas la date.

Faut-il citer des dates précises en dissertation ?

Oui, un exemple daté et localisé vaut bien mieux qu’une allusion vague. Mais une date fausse coûte plus cher qu’une date absente : dans le doute, écrivez le fait sans l’année.

Pour aller plus loin