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HGGSP Révision

Les repères à connaître : information et médias

Les dates du thème « S’informer : un regard critique sur les sources et modes de communication », rangées par période, avec pour chacune la phrase qu’elle permet d’écrire. 33 repères.

Pourquoi ces dates comptent

Une date seule ne rapporte aucun point. Ce qui en rapporte, c’est ce qu’elle permet de démontrer : chaque repère est donc accompagné de sa portée, c’est-à-dire de la phrase qu’il autorise à écrire dans une copie.

À quelles conditions un citoyen accède-t-il librement à une information fiable, et qui pèse sur ces conditions ?

Avant le XIXe siècle

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
vers 1450Mise au point de l’imprimerie à caractères mobiles en EuropeLe coût de reproduction d’un texte s’effondre, et l’écrit cesse d’être réservé au petit monde qui pouvait payer un copiste. C’est le premier déplacement du rapport entre celui qui écrit et ceux qui lisent, et le point de départ obligé de tout devoir sur les révolutions de l’information.
30 mai 1631Premier numéro de La Gazette, de Théophraste RenaudotLa première grande feuille périodique française naît sous la protection du roi, et non contre lui. Le repère empêche de raconter l’histoire de l’information comme une marche continue vers la liberté : la presse a d’abord servi le pouvoir avant de le contester.
1665Naissance des premières revues savantesUn résultat cesse d’être une lettre échangée entre particuliers pour devenir un texte publié, daté et signé, que d’autres peuvent lire, contester et refaire. Le repère fonde la publication savante et le contrôle des travaux par la société qui les édite, c’est-à-dire ce qui sépare une connaissance d’une opinion.
1751-1772Parution du premier volume de l’EncyclopédieElle montre qu’un savoir ne circule pas tout seul : il lui faut un support, un réseau de souscripteurs, des auteurs et un marché. Elle montre aussi qu’il rencontre aussitôt les autorités qui prétendent en contrôler le contenu, ce qui en fait un exemple utilisable à la fois pour la diffusion et pour la censure.
26 août 1789Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, article 11Le texte fonde en France le droit d’informer et pose du même mouvement sa limite : le principe est reconnu, son exercice reste justiciable de la loi. Il donne la matrice de tout le débat de l’axe 2, puisqu’il place au même endroit la liberté et son encadrement.
1791Le premier amendement de la Constitution des États-UnisIl fonde une séparation conçue pour protéger les Églises de l’État autant que l’État des Églises, ce qui n’est pas la logique française. C’est le repère qui empêche de conclure d’une séparation juridique ancienne à un effacement du religieux dans la vie publique américaine.

Le XIXe siècle

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
1835Fondation de l’agence HavasUn intermédiaire s’installe entre l’événement et le journal, et la matière première de l’information devient une marchandise vendue par quelques maisons. Le repère sert à établir que la concentration de la production de nouvelles est très antérieure aux plateformes numériques.
1er juillet 1836Lancement de La Presse par Émile de GirardinLe lecteur cesse de payer le prix réel du journal, et l’annonceur en devient un financeur : le modèle économique de la presse de masse est posé. Il explique à la fois l’élargissement du lectorat et la dépendance de la rédaction envers ce qui la finance, question qui se repose intacte pour les médias en ligne.
29 juillet 1881Loi sur la liberté de la presseElle fait passer d’un contrôle exercé avant la parution à une responsabilité engagée après elle : c’est exactement la distinction que les copies confondent quand elles parlent de censure. Elle reste le texte de référence du droit français de la presse, ce qui en fait le repère le plus rentable de l’axe 2.
13 janvier 1898Lettre ouverte « J’accuse… ! » d’Émile Zola dans L’AuroreUn journal ne rend pas compte d’une affaire, il l’ouvre : la publication déplace le litige du prétoire vers l’opinion et partage le pays en deux camps. Le repère établit que la presse est devenue un acteur du débat politique, et permet d’introduire la question du quatrième pouvoir.

De 1914 à 1945

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
2 novembre 1920Première émission d’une station de radio commercialement autoriséeL’information cesse d’attendre l’imprimeur et le porteur : elle atteint au même instant tous ceux qui possèdent un récepteur, et elle entre dans le foyer. Ce double caractère, l’immédiateté et l’intimité, explique l’usage politique intensif qui sera fait de la radio dans les décennies suivantes.
1922Public Opinion, de Walter LippmannL’ouvrage déplace la question : il ne s’agit plus seulement de savoir si une nouvelle est exacte, mais quelle représentation du monde elle installe dans les têtes. Il donne l’armature théorique pour parler de l’opinion sans en faire la simple somme des avis individuels.
30 octobre 1938Émission radiophonique La Guerre des mondes, d’Orson WellesUn contenu emprunte sa crédibilité à la forme du média qui le porte, ici celle du flash d’information : c’est ce qui rend l’émission utile pour parler de la confiance accordée à un canal plutôt qu’à un énoncé. Les travaux ultérieurs ayant beaucoup réduit l’ampleur de la panique qu’on lui prête, elle sert aussi d’exemple de rumeur sur les effets des médias.
18 juin 1940Appel du 18 juin, diffusé depuis Londres par la BBCLa radio permet de s’adresser à une population par-dessus l’autorité qui contrôle son territoire, sans imprimerie ni distribution à saisir. Le repère établit que tenir un territoire ne suffit plus à tenir ce qui parvient à ses habitants, et il ouvre la question de la guerre des ondes.
20 août 1944Création de l’Agence France-PresseL’agence naît d’un refus, celui de l’information d’État telle que l’Occupation l’avait imposée. Le statut de 1957, qui la soustrait à la fois à la tutelle du gouvernement et à des actionnaires, est l’argument précis à citer quand un sujet demande à quelles conditions un fournisseur de nouvelles reste indépendant.

De 1945 à 1990

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
10 décembre 1948Déclaration universelle des droits de l’homme, article 19Le droit d’informer devient un principe affirmé à l’échelle internationale, et non plus seulement une garantie interne à un État. Comme la déclaration ne contraint pas, elle sert d’étalon : c’est à elle que se réfèrent les rapports et les classements qui mesurent les atteintes à la liberté d’informer.
1962L’Espace public, de Jürgen HabermasL’ouvrage donne le cadre pour lier presse et démocratie : sans lieu de discussion partagé, il n’y a pas de formation raisonnée d’une opinion. C’est l’appui théorique le plus solide pour discuter, en fin de devoir, ce que la fragmentation des canaux fait à ce lieu commun.
1964Pour comprendre les médias, de Marshall McLuhanLa thèse oblige à analyser le canal lui-même, sa vitesse, son cadrage, le public qu’il atteint, et pas seulement ce qu’il énonce. C’est la référence à mobiliser pour montrer qu’une même nouvelle n’a pas le même effet selon qu’elle est imprimée, dite à l’antenne ou partagée en ligne.
janvier 1968Offensive du Têt et couverture télévisée de la guerre du VietnamL’écart entre un discours officiel qui annonçait une guerre en voie de règlement et ce que montrent les écrans nourrit la défiance d’une part de l’opinion. Le repère établit qu’un pouvoir en guerre ne maîtrise plus le récit dès lors que des journalistes disposent d’un accès au terrain et d’images.
29 octobre 1969Premier échange entre deux ordinateurs du réseau ArpanetLe réseau dont sortira Internet naît dans un cadre militaire et universitaire, non commercial, et sans centre auquel demander l’autorisation de publier. Le repère sert à montrer que l’architecture technique d’un réseau porte des conséquences politiques, ici l’absence d’émetteur unique.
juin 1971Publication des documents du Pentagone par la presse américaineUn juge fait prévaloir la publication sur le secret invoqué par l’exécutif : le repère donne un cas net où la liberté de la presse l’emporte en droit, et non seulement en fait. Il ouvre aussi la question du document dérobé, qui reviendra entière avec les lanceurs d’alerte.
24 novembre 1971Charte de Munich, déclaration des devoirs et des droits des journalistesLa profession se donne des règles à elle-même, en dehors de la loi : c’est la réponse à l’objection selon laquelle seule la contrainte publique peut garantir la qualité de l’information. Le texte fournit les critères concrets à citer quand un sujet demande ce qui distingue un journaliste de tout autre émetteur.
1972-1974Affaire du WatergateUne enquête journalistique aboutit au départ d’un chef d’État : c’est le cas le plus employé pour donner un contenu concret à l’idée de quatrième pouvoir. Il faut cependant rappeler que la presse n’a pas jugé : elle a rendu public ce qui a permis aux institutions de le faire, et c’est cette nuance qui fait la valeur du devoir.
1985Fondation de Reporters sans frontièresElle fournit des données comparables d’une année sur l’autre, ce qui permet d’appuyer une comparaison entre pays au lieu d’affirmer sans preuve. Sa méthode reposant en partie sur des questionnaires remplis par des spécialistes, son classement se cite comme un indicateur et non comme une mesure exacte.
30 septembre 1986Loi relative à la liberté de communicationLe contrôle direct de l’État sur les ondes cède la place à une surveillance exercée par une autorité indépendante : on passe du monopole au pluralisme encadré. Le repère sert à séparer réguler et censurer, distinction que les copies manquent presque toujours.
mars 1989Proposition du World Wide Web au CERNLe réseau devient consultable sans compétence technique, et c’est ce service, non le réseau lui-même, qui fait basculer l’information dans l’usage de masse. Distinguer Internet, qui relie les machines, et le web, qui rend les documents lisibles, est un point que les correcteurs attendent.
1990La loi GayssotElle sert à poser le débat sur les lois mémorielles sans le trancher. Elle a été demandée pour opposer une réponse pénale à la négation d’un fait établi. Plusieurs historiens ont fait valoir en sens inverse qu’il n’appartient pas au législateur de dire le passé, et qu’une loi de ce type place la recherche sous une menace de procès. Une copie qui expose les deux arguments vaut mieux qu’une copie qui en choisit un.

Depuis 1990

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
15 janvier 2001Lancement de WikipédiaLa production du savoir cesse d’être réservée à des auteurs désignés, sans devenir pour autant sans règle : la fiabilité y repose sur la relecture par le nombre et sur l’obligation de citer ses sources. C’est le contre-exemple à opposer à l’idée que l’horizontalité entraîne mécaniquement la perte de qualité.
2010Publications de WikiLeaks sur les guerres et la diplomatie américainesLa révélation ne passe plus par une seule rédaction : elle associe une plateforme de publication, un informateur interne et des journaux qui trient et remettent en contexte. Le repère sert à poser la question du tri, car publier une masse de documents bruts n’est pas la même chose qu’informer.
juin 2013Révélations sur des programmes de surveillance des communicationsLe repère met face à face deux intérêts également invocables : la sécurité que l’État dit protéger et le droit du public de savoir ce qui est fait en son nom. Il montre que le sort d’un lanceur d’alerte se joue moins sur les faits révélés que sur le droit qui le protège ou qui le poursuit.
22 décembre 2018Loi relative à la lutte contre la manipulation de l’informationElle marque le point où le droit tente de saisir la fausse nouvelle, et la difficulté qui s’ensuit : faire trancher en urgence par un juge ce qui relève du vrai et du faux. Le repère permet de discuter les limites d’une réponse juridique sans avoir à prendre parti sur son opportunité.
1er janvier 2022Création de l’ArcomLe régulateur cesse d’être défini par un support pour l’être par une fonction : le même organe suit désormais une chaîne de télévision et une plateforme de partage. Le repère montre que l’encadrement public court derrière des usages qui ignorent la frontière entre l’antenne et le réseau.
19 octobre 2022Règlement européen sur les services numériquesL’Union cesse de traiter les plateformes comme de simples hébergeurs et leur demande des comptes sur la manière dont elles trient ce qu’elles montrent. C’est le texte à citer pour montrer qu’une puissance publique peut atteindre des acteurs privés mondiaux sans exercer de contrôle sur les contenus avant leur publication.

Questions fréquentes

Quelles dates faut-il retenir sur information et médias ?

Ce thème demande environ 33 repères. Les retenir sans savoir ce qu’ils démontrent ne sert à rien : c’est la portée qui se place dans une copie, pas la date.

Faut-il citer des dates précises en dissertation ?

Oui, un exemple daté et localisé vaut bien mieux qu’une allusion vague. Mais une date fausse coûte plus cher qu’une date absente : dans le doute, écrivez le fait sans l’année.

Pour aller plus loin