HGGSP et les études de droit
Le droit est l’un des débouchés les plus cités après HGGSP, et l’un des plus mal connus. La spécialité y aide réellement, mais pas là où on le croit. Voici ce que la licence attend, et ce que vous aurez déjà en arrivant.
Ce que la licence de droit demande vraiment
Première chose à comprendre : le droit n’est pas une matière d’opinion. Une bonne copie ne dit pas ce qui serait juste, elle dit ce que la règle prévoit et comment elle s’applique à une situation. Beaucoup d’étudiants mettent un semestre à faire ce déplacement.
- Un vocabulaire exact. En droit, un mot n’a qu’un sens, et il n’est pas toujours celui de la langue courante. Confondre une nullité et une caducité, ou une compétence et un pouvoir, coûte des points immédiatement.
- Un volume de lecture important. Des codes, des décisions de justice, des commentaires de spécialistes. La lecture est quotidienne, dense, et elle ne se rattrape pas en fin de semestre.
- De la mémoire, mais organisée. Les définitions et les régimes juridiques s’apprennent, il n’y a pas d’échappatoire. Ce qui est noté, en revanche, est la capacité à les mobiliser au bon endroit.
- Une régularité de travail. Les travaux dirigés imposent un rendu presque chaque semaine, et c’est là que la méthode s’acquiert.
- De la rigueur formelle. Le plan attendu est très codifié, souvent en deux parties et deux sous-parties, avec des intitulés apparents. Une copie hors format est pénalisée même quand le fond est juste.
Les exercices qui vous attendent
Trois exercices structurent la licence, et aucun n’existe au lycée sous cette forme.
- Le cas pratique. On vous donne une situation, vous devez dire ce que le droit y prévoit. Le raisonnement est un enchaînement strict : la règle applicable, puis les faits confrontés à cette règle, puis la conclusion. Aucune place pour l’avis personnel.
- Le commentaire d’arrêt. On vous donne une décision de justice et vous devez expliquer ce que le juge a dit, pourquoi il l’a dit, et ce que cela change. Il faut d’abord savoir lire une décision, ce qui s’apprend à part.
- La dissertation juridique. Elle ressemble de loin à celle de HGGSP, mais elle se joue sur des notions juridiques et le plan y est plus contraint.
Ces méthodes sont enseignées en première année, à tout le monde. Personne n’est censé les connaître en entrant.
En quoi HGGSP y prépare
La spécialité travaille des gestes transférables, et ils ne sont pas anodins.
- Définir avant de discuter. C’est le premier réflexe d’une dissertation de HGGSP, et c’est aussi le premier temps de tout raisonnement juridique.
- Argumenter en tenant les deux côtés. L’habitude d’envisager l’objection avant de conclure sert énormément, en particulier au commentaire.
- Lire un texte long et en tirer ce qui compte. Un traité, un discours, un rapport : la spécialité vous a entraîné à ne pas fuir devant un document austère.
- Rédiger longtemps sans se déliter. L’épreuve de terminale dure quatre heures avec deux exercices rédigés. Les examens de droit fonctionnent sur la même endurance.
- Comprendre les institutions. Le thème sur la démocratie et celui sur les relations entre États et religions donnent des repères qui servent en droit constitutionnel et en libertés fondamentales.
En quoi elle n’y prépare pas
Il faut être aussi net sur ce point, sinon la déception arrive en novembre.
Le droit a sa propre méthode, et elle est très codifiée. Un étudiant qui rédige un cas pratique comme une dissertation d’HGGSP, en introduisant largement et en nuançant à chaque paragraphe, obtient une note faible malgré des connaissances correctes.
Autre écart : le contenu n’a presque aucun recouvrement. Le droit international public, la matière la plus proche des thèmes de la spécialité, n’apparaît souvent qu’après une première année occupée par le droit civil, le droit constitutionnel et l’histoire du droit.
Enfin, la spécialité valorise la nuance et la discussion ouverte. Le droit valorise la qualification exacte et la conclusion tranchée. Ce n’est pas contradictoire, mais c’est un réglage à changer.
Aucune spécialité n’est exigée pour entrer en droit
Les licences de droit n’imposent aucune spécialité de terminale. Elles accueillent des profils venus de toutes les combinaisons, y compris scientifiques, et les attendus publiés portent sur des aptitudes : s’exprimer correctement à l’écrit, raisonner de façon logique, s’intéresser aux questions historiques, politiques et sociales, travailler de façon autonome.
HGGSP coche plusieurs de ces cases, ce qui explique sa réputation. Elle ne coche pas celle du raisonnement logique formel, et elle n’apporte rien sur l’autonomie de travail, qui reste le premier facteur d’échec en première année.
Les combinaisons fréquentes quand on vise le droit
| Avec HGGSP | Ce que cela apporte |
|---|---|
| Sciences économiques et sociales | L’économie et le droit se croisent partout, et la combinaison ouvre aussi les doubles licences droit et économie |
| Humanités, littérature et philosophie | L’écriture et l’argumentation, très utiles en dissertation juridique |
| Langues, littératures et cultures étrangères | Utile pour le droit international, les doubles licences droit et langue et les cursus européens |
| Mathématiques | Le raisonnement formel, et l’accès aux filières mêlant droit, économie et gestion |
Aucune de ces associations n’est requise, et des élèves entrent en droit depuis des combinaisons scientifiques sans difficulté particulière.
Il existe enfin des doubles licences associant le droit à la science politique, à l’histoire ou à une langue. Elles demandent une charge de travail supérieure. Voir HGGSP et les classes préparatoires.
Questions fréquentes
Faut-il prendre HGGSP pour faire du droit ?
Non. Aucune licence de droit n’exige de spécialité particulière. HGGSP est utile pour la méthode d’argumentation et le goût des questions institutionnelles, mais elle n’est pas une condition d’entrée.
Quelles spécialités choisir pour aller en droit ?
Celles où vous avez de bons résultats et un bon niveau d’expression écrite. HGGSP, les sciences économiques et sociales et les humanités sont les plus fréquentes, sans être obligatoires.
La licence de droit est-elle difficile en première année ?
La difficulté vient moins du contenu que du changement de méthode et du volume de lecture. Le vocabulaire est exigeant, la forme des devoirs est très codifiée, et le travail doit être régulier dès les premières semaines.
Le droit ressemble-t-il à HGGSP ?
Sur la forme, un peu : on définit, on argumente, on rédige longuement. Sur le fond, peu : le droit part de règles écrites et conclut, là où la spécialité discute. Les exercices juridiques s’apprennent sur place.