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HGGSP Révision

Les repères à connaître : la connaissance

Les dates du thème « L’enjeu de la connaissance », rangées par période, avec pour chacune la phrase qu’elle permet d’écrire. 100 repères.

Pourquoi ces dates comptent

Une date seule ne rapporte aucun point. Ce qui en rapporte, c’est ce qu’elle permet de démontrer : chaque repère est donc accompagné de sa portée, c’est-à-dire de la phrase qu’il autorise à écrire dans une copie.

Pourquoi la production, la circulation et le contrôle du savoir sont-ils devenus un enjeu majeur pour les sociétés et pour les États ?

Avant le XIXe siècle

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
vers 1450Mise au point de l’imprimerie à caractères mobiles en EuropeLe coût de reproduction d’un texte s’effondre, et l’écrit cesse d’être réservé au petit monde qui pouvait payer un copiste. C’est le premier déplacement du rapport entre celui qui écrit et ceux qui lisent, et le point de départ obligé de tout devoir sur les révolutions de l’information.
1633Le procès de Galilée à RomeLe repère sert à montrer que la validation d’un savoir a longtemps dépendu d’une autorité extérieure à ceux qui le produisent, et qu’une communauté savante ne s’est constituée qu’en conquérant le droit de juger elle-même ses propres travaux. Il ouvre utilement toute copie sur la liberté du chercheur, à condition de ne pas en faire un combat entre la science et la foi.
1660Fondation de la Royal Society à LondresElle donne la date de naissance d’une communauté savante organisée : une compagnie qui admet ses membres, examine les travaux qu’on lui soumet et les publie sous son nom. Le repère sert à établir qu’un savoir ne devient une connaissance qu’une fois soumis au jugement d’un groupe, et non parce qu’un individu l’affirme.
1665 (Journal des sçavans le 5 janvier à Paris, Philosophical Transactions le 6 mars à Londres)Les premières revues scientifiques : le Journal des sçavans et les Philosophical TransactionsElles font passer la circulation du savoir de la lettre privée entre savants à la publication ouverte et datée. Le repère sert à établir trois choses que tout sujet sur la circulation des connaissances demande : un résultat n’existe qu’une fois publié, la publication établit qui l’a trouvé le premier, et une compagnie savante décide de ce qui mérite d’être imprimé. C’est aussi la borne de départ à laquelle on rapporte les débats actuels sur l’accès aux publications.
1665Naissance des premières revues savantesUn résultat cesse d’être une lettre échangée entre particuliers pour devenir un texte publié, daté et signé, que d’autres peuvent lire, contester et refaire. Le repère fonde la publication savante et le contrôle des travaux par la société qui les édite, c’est-à-dire ce qui sépare une connaissance d’une opinion.
1666Création de l’Académie des sciences à ParisLe repère montre que la communauté savante française naît sous la protection et au service du pouvoir, là où la compagnie anglaise se constitue plus librement. Il permet donc de comparer deux façons d’organiser la production du savoir, et d’introduire l’idée que l’État finance la connaissance parce qu’il en attend un profit de puissance.
1751-1772Parution du premier volume de l’EncyclopédieElle montre qu’un savoir ne circule pas tout seul : il lui faut un support, un réseau de souscripteurs, des auteurs et un marché. Elle montre aussi qu’il rencontre aussitôt les autorités qui prétendent en contrôler le contenu, ce qui en fait un exemple utilisable à la fois pour la diffusion et pour la censure.
10 juin 1793 (décret de la Convention nationale)La création du Muséum national d’histoire naturelleIl montre qu’une révolution politique refonde aussi les lieux du savoir : ce qui appartenait au roi devient un établissement public, ouvert et financé par la nation. Le repère sert à démontrer que la production de la connaissance est une affaire d’institutions, et non de génies isolés, et il donne à une copie française un point d’appui daté entre les académies du XVIIe siècle et la science d’État du XXe.

Le XIXe siècle

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
28 juin 1833La loi Guizot sur l’instruction primaireC’est le repère qui permet d’écrire que l’État français organise la diffusion de la connaissance un demi-siècle avant de la rendre obligatoire, et qu’il le fait par le maillage du territoire plutôt que par la contrainte sur les familles. Il sert donc à corriger une copie qui ferait commencer l’alphabétisation aux lois de 1881 et 1882 : la scolarisation progresse dès les années 1830, et l’école est très tôt un instrument de gouvernement autant qu’un service rendu. Il fournit enfin le contre-point le plus utile sur les filles, absentes de l’obligation communale jusqu’à la loi Falloux de 1850, puis privées d’enseignement secondaire public jusqu’à la loi Camille Sée de 1880.
10 avril 1867Loi Duruy sur l’enseignement primaireElle date le moment où la scolarisation des filles devient une obligation faite aux communes, et non plus une initiative privée ou congréganiste. Le repère permet d’établir que l’alphabétisation des femmes en France est le produit d’une politique publique, avançant par seuils successifs et avec retard sur celle des garçons.
1868L’ouverture de l’ère Meiji au JaponLe repère est le meilleur exemple d’une puissance qui se construit par l’importation méthodique de connaissances : le Japon ne subit pas le savoir occidental, il le sélectionne, le fait venir chez lui, puis s’en affranchit une fois ses propres cadres formés. Il sert donc à démontrer que la circulation de la connaissance obéit à une stratégie d’État, et qu’elle est un instrument de rattrapage aussi décisif que l’industrie ou l’armée. Il offre enfin un contre-exemple précieux face aux cas européens et américains, et un terme de comparaison avec les politiques de formation menées bien plus tard par d’autres pays, l’Inde en particulier.
1872-1876Expédition du ChallengerElle marque la naissance de l’océanographie et rappelle l’ordre des choses dans ce thème : on explore d’abord, on exploite ensuite, on réglemente en dernier. Sans connaissance du milieu, il n’y a ni convoitise ni règle à écrire.
20 mai 1875Convention du MètreC’est la meilleure accroche possible pour un sujet sur la coopération scientifique, parce qu’elle en donne le ressort en un geste : sans unités partagées, deux mesures faites dans deux pays ne sont pas comparables, et sans comparaison il n’y a pas de science commune. Le repère sert donc à établir que la coopération naît d’une nécessité technique et non d’une bonne volonté, et qu’elle prend dès la fin du XIXe siècle la forme d’institutions permanentes financées par des gouvernements. Il fournit enfin la borne de départ des sujets qui commencent « depuis la fin du XIXe siècle ».
21 décembre 1880Loi Camille Sée créant l’enseignement secondaire de jeunes fillesOuvrir un enseignement ne suffit pas : c’est le contenu du programme qui décide de ce à quoi il donne accès ensuite. Le repère sert à séparer l’accès formel à l’instruction et l’égalité réelle devant les diplômes, les métiers et la production du savoir.
1881-1882Les lois scolaires de la Troisième RépubliqueLe repère est l’exemple le plus net de la connaissance devenue affaire d’État : instruire cesse d’être un service offert pour devenir une obligation imposée aux familles et financée par la nation. Il permet de démontrer qu’un État diffuse le savoir pour former des citoyens et pour unifier une population, notamment par la langue, ce qui en fait un instrument politique autant qu’un progrès social. Il sert enfin de terme de comparaison avec les politiques d’alphabétisation menées ailleurs et plus tard, et rappelle que l’obligation scolaire précède de très loin l’égalité réelle devant les études, en particulier pour les filles.
1881-1882Lois Ferry : école primaire gratuite, obligatoire et laïqueC’est le socle de l’alphabétisation de masse en France et l’explication du resserrement de l’écart d’instruction entre les sexes à la fin du XIXe siècle. Le repère sert aussi à montrer qu’un État peut faire de l’accès au savoir une fonction publique, et du contenu enseigné une question politique.
1883Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielleElle marque le moment où la protection d’une invention cesse d’être une affaire nationale pour devenir une règle internationale. Le repère sert à dater l’entrée de la connaissance technique dans le droit du commerce mondial, ce qui prépare tout le débat ultérieur sur les brevets et l’accès aux savoirs.
1896Découverte de la radioactivité par Henri BecquerelLe repère ouvre la séquence que le programme demande de suivre de bout en bout : un fait constaté en laboratoire, sa vérification par d’autres équipes, sa diffusion par les revues et les congrès, puis sa mise sous secret militaire. Il fixe le début de la période et évite de faire commencer l’histoire de l’atome à la bombe.
1898Marie et Pierre Curie annoncent le polonium et le radiumL’exemple donne à voir une communauté savante au travail : un laboratoire modeste, une publication rapide, une vérification par d’autres, puis une reconnaissance internationale organisée par un système de prix. Il permet aussi de traiter la place des femmes dans la production scientifique, longtemps tenues à l’écart des institutions qui la valident.
1901Attribution des premiers prix NobelLe repère sert à montrer que la reconnaissance d’un savant est devenue internationale et publique, et qu’elle se compte. Ces distinctions figurent aujourd’hui parmi les indicateurs des classements d’universités, ce qui relie la consécration d’un chercheur à la réputation d’un pays.
1911Premier conseil de physique Solvay, à BruxellesLe congrès est la forme achevée de la communauté savante : un lieu, une périodicité, une liste d’invités, un thème et un financement. Le repère établit que la connaissance se produit dans des rencontres et des controverses, et non par la seule addition d’articles écrits chacun dans son coin.

De 1914 à 1945

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
décembre 1938Découverte de la fission nucléaireLe repère marque le basculement du jalon : jusque-là la radioactivité circule librement d’un laboratoire à l’autre, ensuite elle devient un enjeu militaire. Il montre aussi que la persécution politique déplace les savants et redessine la carte mondiale de la recherche.
19 octobre 1939Création du Centre national de la recherche scientifiqueIl date le moment où l’État français prend en charge la recherche comme une fonction permanente, dotée d’un budget propre, et non plus comme une affaire de savants et de mécènes. Le repère sert à établir que la puissance d’un pays tient à l’organisation durable de sa production de savoir autant qu’à ses ressources.
1942Lancement du projet ManhattanLe régime de la connaissance s’inverse complètement : les résultats ne se publient plus, les chercheurs ne savent pas ce que font leurs voisins, et l’État devient à la fois le commanditaire, le propriétaire et le censeur du savoir. Le repère clôt le jalon sur la radioactivité et ouvre celui sur le renseignement.
6 et 9 août 1945Bombardements atomiques d’Hiroshima et de NagasakiC’est la rupture qui permet de dater le moment où la science devient un instrument direct de la puissance des États, la recherche fondamentale ayant été mise en programme, en secret et en industrie. Elle change ensuite la nature même de la guerre, telle que Clausewitz l’avait pensée : l’arme atomique n’a de fonction que si elle n’est pas employée, et la dissuasion rend improbable l’affrontement direct entre puissances nucléaires, ce qui déplace les conflits vers les périphéries et vers des formes irrégulières. Une copie sur la dimension politique de la guerre tient dans ce déplacement, et 1945 en est le pivot.
6 août 1945Le bombardement atomique d’HiroshimaIl donne le moment où la connaissance scientifique devient un instrument de puissance d’État au sens le plus littéral, et le moment où les savants découvrent qu’ils ne maîtrisent plus l’usage de ce qu’ils ont trouvé. Le repère sert à démontrer que l’État commande désormais la recherche, la finance, la classe secrète et en surveille les auteurs, ce qui commande toute la suite : le secret atomique, l’espionnage, la course à l’espace et le contrôle des publications.
1942-1945Le projet ManhattanLe repère établit le lien le plus fort qui soit entre connaissance et puissance : un État qui concentre des savants, de l’argent et du secret obtient une capacité qu’aucun autre ne possède. Il montre aussi ce que la science doit à la guerre en matière d’organisation, avec le passage du laboratoire individuel à la recherche dirigée sur objectif et financée à une échelle inédite. Il porte enfin sa propre limite : le secret n’a pas tenu, l’Union soviétique disposant de l’arme dès 1949, et il ouvre le débat sur la responsabilité des savants devant l’usage fait de leurs travaux.
16 novembre 1945Création de l’UNESCOUne organisation internationale fait de l’éducation et de la science un objet de coopération, au motif, inscrit dans son préambule, que la paix se construit d’abord dans l’esprit des hommes. Le repère est indispensable pour ne pas réduire la connaissance à un instrument de puissance : elle est aussi pensée comme un instrument de paix.

De 1945 à 1990

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
1947Création de la CIA aux États-UnisLe renseignement devient une administration permanente en temps de paix, avec un budget, un personnel et une doctrine, et non plus un service improvisé pour la durée d’une guerre. Le repère ouvre le jalon sur l’affrontement des services et montre que savoir ce que fait l’adversaire est tenu pour une capacité militaire à part entière.
10 décembre 1948Déclaration universelle des droits de l’homme, articles 26 et 27L’accès au savoir est posé comme un droit de la personne, et non comme un privilège attaché au sexe, à la fortune ou au pays de naissance. Le repère fournit la norme à laquelle comparer les inégalités d’alphabétisation décrites par l’axe 1, et il permet de mesurer l’écart entre le droit proclamé et sa réalisation.
29 août 1949Le premier essai nucléaire soviétiqueLe repère est le meilleur exemple de la connaissance comme enjeu de puissance : le monopole nucléaire américain tombe non par une percée isolée, mais parce qu’un savoir gardé secret a été dérobé. Il sert donc à démontrer qu’un État ne protège jamais durablement une connaissance, et que l’espionnage scientifique est un instrument de rattrapage aussi efficace qu’un programme de recherche. Il ouvre enfin l’équilibre de la terreur, puisque, les deux camps disposant désormais de l’arme, l’essentiel se déplace vers la capacité de surveiller l’autre plutôt que de le frapper.
1951Premier Indian Institute of Technology, à KharagpurL’Inde fait de la formation d’ingénieurs une politique d’État avant même de disposer d’une industrie capable de les employer. Le repère explique à la fois la place ultérieure du pays dans les services informatiques mondiaux et le départ d’une partie de ces diplômés vers l’étranger, les deux faces du même choix.
13 mars 1954Création du KGB en Union soviétiqueLe repère donne au jalon son second acteur et rend visible une différence de structure : un seul organisme rassemble ici ce que les États-Unis répartissent entre plusieurs services, et il surveille l’intérieur autant qu’il renseigne sur l’extérieur. La comparaison des deux appareils vaut mieux, dans une copie, qu’une liste d’affaires d’espionnage.
29 septembre 1954Entrée en vigueur de la convention créant le CERNAu moment même où la physique nucléaire est un secret d’État, des pays choisissent d’en faire l’objet d’une recherche fondamentale commune et publique. Le repère est le contrepoint indispensable au jalon sur le renseignement : les mêmes États coopèrent et s’affrontent en même temps, ce que le programme demande précisément de montrer.
1957 (statut entré en vigueur le 29 juillet)La création de l’Agence internationale de l’énergie atomiqueElle montre comment les États tentent d’organiser le partage d’un savoir dont ils veulent empêcher un usage précis : diffuser la technique civile, retenir l’arme. Le repère sert à établir que la circulation de la connaissance se gouverne, et il est indispensable pour comprendre le traité de non-prolifération de 1968, dont l’agence est le bras vérificateur, comme l’accord de Vienne de 2015, dont elle contrôle l’application.
1957-1958Année géophysique internationaleC’est le repère qui interdit d’opposer la coopération et la rivalité comme deux périodes successives, faute que les correcteurs relèvent constamment : elle se déroule en pleine guerre froide, associe des chercheurs des deux blocs, et c’est pendant elle que le premier satellite artificiel est lancé, présenté comme une contribution au programme commun. Elle sert donc à démontrer qu’un même dispositif produit du savoir partagé et de l’avantage stratégique. Elle a d’ailleurs préparé le traité sur l’Antarctique et engagé les premières séries continues d’observation, dont vivent encore les sciences du climat.
4 octobre 1957Mise en orbite de Spoutnik 1Un succès technique est lu comme la preuve de la supériorité d’un système de formation et de recherche, et non comme un exploit isolé. Le repère est le meilleur exemple du lien entre connaissance et puissance : la réponse américaine porte autant sur les écoles et les laboratoires que sur les fusées.
1958Création de la NASACe repère date la réponse américaine au premier satellite soviétique et montre qu’une défaite de prestige suffit à faire naître une institution, un budget et un programme d’enseignement scientifique. Il permet d’expliquer la course à l’espace par le jeu des rivalités plutôt que par la seule curiosité savante.
1958 (premières mesures en mars)Le début de la courbe de KeelingElle transforme une hypothèse ancienne, celle d’un effet de serre renforcé par la combustion des énergies fossiles, en un fait mesuré que nul ne peut plus discuter. Le repère date donc la naissance de la preuve, et permet de séparer nettement deux choses qu’une copie confond toujours : la connaissance scientifique du réchauffement, acquise dès les années 1960, et sa prise en charge politique, qui attend les années 1990. L’écart entre ces deux dates est l’argument le plus efficace sur l’inaction.
1958Création de la NASA aux États-UnisLe repère sert à établir qu’un État répond à un retard scientifique par une réorganisation institutionnelle et un effort de financement, et non seulement par un discours. Il se place utilement avec la réforme de l’enseignement des sciences engagée aux États-Unis dans les mêmes années.
1er décembre 1959Traité sur l’AntarctiqueC’est le premier régime d’espace inappropriable, et le modèle avoué de ceux qui suivront, du traité de l’espace de 1967 à la convention sur le droit de la mer : on ne tranche pas la question de la souveraineté, on la suspend, et l’on organise l’usage en attendant. Le repère sert donc à montrer qu’une coopération peut tenir précisément parce qu’elle laisse le différend intact, et à poser la question qui commande tous les sujets sur ces espaces : jusqu’où le gel résiste-t-il quand l’exploitation devient rentable ? Le protocole signé à Madrid en 1991, qui interdit l’exploitation minière pour cinquante ans, montre que la réponse a été jusqu’ici de repousser l’échéance.
1er mai 1960L’affaire de l’avion de reconnaissance U-2Le repère montre le coût politique d’une opération de renseignement découverte : la surveillance aérienne était tolérée tant qu’elle restait invisible, et sa révélation oblige chaque camp à réagir en public, donc à durcir sa position. Il sert à démontrer que le renseignement n’est pas seulement un moyen de connaître, mais un acte diplomatique dont la mise au jour engage la parole d’un État. Il explique enfin le basculement vers l’observation par satellite, moins vulnérable et moins contestable, dont le premier programme américain rapporte ses images la même année.
12 avril 1961Premier vol humain dans l’espace : Youri GagarineC’est le moment où l’Union soviétique prend une avance visible du monde entier, et où les États-Unis choisissent de déplacer l’épreuve vers un objectif plus lointain, la Lune. Le repère sert donc à montrer le ressort de la course à l’espace : chaque camp fixe la comparaison là où il peut prendre l’avantage, et une performance technique vaut argument sur la valeur d’un modèle de société. Il donne aussi la borne de départ de l’exploration humaine du milieu, à laquelle tout sujet sur la conquête spatiale se rapporte.
1962Printemps silencieux, de Rachel CarsonIl marque le moment où l’environnement cesse d’être une affaire de paysages à réserver pour devenir une affaire de pollutions invisibles et de santé publique. C’est le repère qui date le passage d’une protection de la nature à une écologie politique, et qui montre comment un travail scientifique peut former une opinion puis peser sur une décision.
1962Thomas Kuhn, La Structure des révolutions scientifiquesLe livre donne au thème son vocabulaire et interdit de raconter l’histoire des sciences comme une marche continue vers le vrai. Il rappelle qu’un savoir est validé par un groupe, à un moment donné, et que cette validation peut se défaire : c’est l’argument à mobiliser chaque fois qu’un sujet demande ce qui fait qu’une connaissance est tenue pour établie.
1963 (mémorandum du 20 juin, ligne en service le 30 août)La ligne directe entre Washington et MoscouElle établit que la sécurité de la guerre froide a dépendu de la vitesse de circulation de l’information autant que de l’équilibre des arsenaux : en 1962, les messages entre Kennedy et Khrouchtchev mettaient des heures à parvenir, et le malentendu avait tout le temps de s’installer. Le repère sert à montrer qu’un dispositif technique de communication est un instrument diplomatique à part entière, et que la maîtrise de l’information conditionne la dissuasion au lieu de l’accompagner.
1967 (ouvert à la signature le 27 janvier, en vigueur le 10 octobre)Le traité sur l’espace extra-atmosphériqueIl est le meilleur exemple d’une coopération juridique conclue entre rivaux au plus fort de leur rivalité : les deux Grands s’entendent sur les règles du terrain précisément parce qu’ils s’y affrontent. Il démontre donc que compétition et coopération ne s’excluent pas dans les espaces communs, ce qui est la nuance attendue sur ce jalon. Ses silences servent autant : il ne dit rien de l’exploitation minière des astres ni de l’encombrement des orbites, ce qui explique les lois nationales et les initiatives concurrentes du XXIe siècle.
1967Convention instituant l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelleLe repère donne l’organisation qui manque à presque toutes les copies sur les brevets : il existe une administration mondiale de la propriété intellectuelle, distincte de l’Organisation mondiale du commerce, et cette dualité explique une partie des lenteurs du débat sur l’accès aux médicaments.
29 octobre 1969Premier échange entre deux ordinateurs du réseau ArpanetLe réseau dont sortira Internet naît dans un cadre militaire et universitaire, non commercial, et sans centre auquel demander l’autorisation de publier. Le repère sert à montrer que l’architecture technique d’un réseau porte des conséquences politiques, ici l’absence d’émetteur unique.
1969Peter Drucker, The Age of DiscontinuityLe repère donne son vocabulaire à l’introduction du thème et sert à nommer ce qui est en jeu. Il sert aussi à ouvrir la discussion attendue : faire du savoir le premier facteur de production laisse dans l’ombre les régions et les groupes qui restent à l’écart de sa production, et suppose que l’économie du reste du monde suive le même chemin.
1972Le rapport Meadows commandé par le Club de RomeIl installe l’idée de limites, qui commande tout le débat ultérieur sur le développement durable et sur la transition. Il permet aussi de montrer qu’un rapport d’experts devient lui-même un acteur du débat politique, et qu’il est aussitôt discuté, ce qui est le régime ordinaire de la connaissance dans ce thème.
26 mai 1972Les accords SALT sur la limitation des armements stratégiquesLe repère relie le renseignement à la négociation, ce qui fait passer une copie du récit d’espionnage à l’analyse géopolitique : l’accord n’est signable que parce que chaque partie peut vérifier le respect de l’autre par ses propres satellites, sans inspection sur place ni confiance dans sa parole. Il montre donc que connaître l’adversaire sert autant à s’entendre avec lui qu’à le combattre, et que la surveillance technique est une condition de la détente. Il porte aussi sa limite : geler le nombre de lanceurs n’empêchait ni d’en améliorer la précision ni d’en multiplier les charges, ce qui explique la reprise de la course aux armements à la fin de la décennie.
8 mai 1980La déclaration d’éradication de la varioleC’est le seul cas où un savoir partagé et organisé à l’échelle du monde a mis un terme définitif à un fléau, et il est donc l’exemple qui manque à la plupart des copies sur la connaissance comme bien commun. Il porte en outre un argument rare : la campagne a été conduite en pleine guerre froide, avec la coopération des deux blocs, ce qui permet d’établir qu’une rivalité politique n’interdit pas une coopération scientifique lorsque les deux camps y trouvent leur compte.
1987La création du programme ErasmusLe repère montre que la circulation des étudiants n’a rien d’un hasard : elle est organisée, financée et pensée comme un instrument de construction politique autant que de formation. Il permet d’élargir la question de la connaissance au-delà de la recherche et du secret, vers la mobilité des personnes, qui est la forme la plus efficace de transfert d’un savoir puisqu’elle déplace ceux qui le portent. Il donne enfin l’exemple d’une puissance qui agit par l’attractivité plutôt que par la contrainte, ce qui relie utilement le thème de la connaissance à celui de l’influence.
1987Adoption du programme européen de mobilité étudiante ErasmusLe repère sert à dater le moment où la circulation des étudiants devient une politique publique européenne, et non le fait de quelques familles. Il permet d’établir qu’une mobilité organisée suppose des règles communes de reconnaissance des études, et qu’elle poursuit un objectif politique autant qu’universitaire.
1988La création du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climatIl montre comment une expertise s’organise pour servir de base commune à une négociation entre États. Son caractère intergouvernemental est à la fois sa force, puisque les gouvernements valident eux-mêmes les résumés qu’ils recevront, et le point qu’attaquent ceux qui contestent ses conclusions : c’est donc un très bon objet pour traiter le rapport entre savoir et décision.
mars 1989Proposition du World Wide Web au CERNLe réseau devient consultable sans compétence technique, et c’est ce service, non le réseau lui-même, qui fait basculer l’information dans l’usage de masse. Distinguer Internet, qui relie les machines, et le web, qui rend les documents lisibles, est un point que les correcteurs attendent.
1989Naissance du World Wide Web au CERNC’est le repère qui distingue deux choses que les copies confondent : le réseau technique, né des recherches militaires américaines des années 1960, et l’usage public qui en est fait, né d’un laboratoire européen de recherche fondamentale. Il sert donc à démontrer que l’ouverture du cyberespace au grand public procède d’une communauté savante, avec ses valeurs de partage, avant d’être capté par des acteurs commerciaux. Dans un devoir sur les rapports de force que reflète le cyberespace, il fournit la nuance la plus utile : l’origine des infrastructures ne suffit pas à expliquer les hiérarchies actuelles, et un fait européen se trouve à la source d’un espace aujourd’hui dominé par d’autres.
1990La création de l’indice de développement humainEn plaçant l’instruction au même rang que la santé et le revenu, l’indice fait de la connaissance une composante du développement et non un simple moyen d’y parvenir : c’est l’accroche et l’argument de tout sujet reliant les deux notions. Il fournit aussi la nuance qui distingue une bonne copie, puisqu’une moyenne nationale masque les écarts internes, entre les sexes comme entre les régions, et qu’un indice mesure un état sans rien dire des rapports de force qui l’ont produit.

Depuis 1990

DateRepèreCe qu’il permet de démontrer
août 1991La création d’arXiv, premier grand serveur de prépublicationsIl date le moment où la circulation des résultats cesse de passer obligatoirement par l’éditeur qui les vend, et il fournit l’exemple concret que réclame tout sujet sur le libre accès. Le repère sert à poser la tension du thème : la technique rend la diffusion presque gratuite au moment même où le savoir devient un bien économique protégé. Il permet aussi de nuancer, puisque la mise en ligne immédiate contourne l’évaluation par les pairs sans la remplacer.
1991 (annonce publique le 6 août)L’ouverture du World Wide Web au publicIl faut le distinguer d’Internet, qui existe depuis les années 1960 et n’est que le réseau : le Web est l’usage qui l’a rendu accessible à tous. Le repère date donc le moment où la circulation de la connaissance change d’échelle, et il pose la tension de tout le thème : une technologie née ouverte, gratuite et non brevetée, dans un laboratoire public européen, a produit une concentration inédite de la valeur et du pouvoir entre quelques entreprises et quelques États.
décembre 1991La disparition de l’Union soviétiqueLe repère ferme la borne de tout devoir sur la guerre froide, et il oblige surtout à discuter cette borne : l’ouverture du mur de Berlin en 1989 met fin à la coupure de l’Europe, 1991 fait disparaître l’un des deux acteurs, et dire pourquoi l’on retient l’une plutôt que l’autre est déjà un geste critique que le correcteur attend. Il ouvre ensuite la question de ce que deviennent les moyens accumulés pendant la confrontation, services de renseignement, arsenal nucléaire et communautés savantes, qui survivent à l’État qui les avait constitués. Il explique enfin l’ouverture inégale des archives, qui commande encore ce que l’historien peut établir de cette période.
1991L’Inde engage la libéralisation de son économieLe repère explique l’essor des services informatiques indiens et l’installation de centres de recherche étrangers dans le pays. Il permet de montrer qu’un transfert de technologie suppose deux conditions simultanées : une main-d’oeuvre déjà formée, héritée des instituts publics, et un cadre juridique qui autorise les entreprises étrangères à venir la chercher sur place.
signé le 15 avril 1994 à Marrakech, en vigueur le 1er janvier 1995Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerceIl donne la date à partir de laquelle la connaissance est traitée comme une marchandise dont le commerce mondial garantit la propriété, ce qui est exactement la tension qu’un sujet sur la construction et la protection de la connaissance demande d’exposer : la recherche progresse par le partage, l’économie de la recherche vit de l’exclusivité. Le repère porte avec lui son conflit Nord-Sud, l’Inde ayant longtemps produit des médicaments génériques que ses brevets nationaux n’interdisaient pas, et sa nuance, puisque la déclaration de Doha de 2001 a reconnu aux États la faculté de recourir à des licences obligatoires pour des motifs de santé publique.
1994 (signé à Marrakech le 15 avril), 1995 (entrée en vigueur avec l’Organisation mondiale du commerce)L’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerceIl fait de la connaissance une marchandise dont la protection est mondiale et sanctionnée, ce qui est le tournant à dater dans tout sujet sur la circulation des savoirs. Le repère sert surtout par ses effets : il déclenche le conflit sur les médicaments génériques et l’accès aux traitements contre le sida, que la déclaration de Doha de 2001 tentera d’assouplir. C’est l’exemple le plus net de ce que le droit international peut faire d’un savoir, et il fournit à une copie un vrai rapport de force entre pays du Nord et du Sud.
1er janvier 1995Entrée en vigueur de l’accord ADPICLe savoir devient un bien juridiquement approprié et défendu à l’échelle mondiale, ce qui donne à qui détient les brevets un revenu et un moyen de pression. Le repère permet de traiter le débat entre protection de l’innovation et accès aux technologies et aux médicaments, débat que la déclaration de Doha sur la santé publique, en 2001, a tenté d’arbitrer.
1998Création de l’ICANNLa ressource qui rend le réseau utilisable est administrée par un organisme privé, longtemps placé sous la tutelle contractuelle d’un seul État. Le repère est le meilleur argument pour établir que le cyberespace n’est ni sans acteur ni sans territoire, et il fonde les revendications de souveraineté numérique formulées ensuite par d’autres pays.
8 septembre 2000La Déclaration du MillénaireElle atteste que l’Organisation a déplacé son objet, de la prévention des guerres entre États vers l’action sur ce qui les rend possibles, c’est-à-dire la pauvreté, la maladie et l’analphabétisme : c’est le texte à citer pour dire que la définition même de la paix s’est élargie. Son bilan mitigé, reconnu publiquement par Kofi Annan en 2005, permet en outre de tenir l’argument sans complaisance, en montrant qu’une déclaration commune n’oblige aucun État en particulier.
mars 2000 (Conseil européen de Lisbonne, les 23 et 24)La stratégie de LisbonneElle donne à une copie européenne ce qui lui manque le plus souvent : une décision datée qui traite le savoir comme un facteur de puissance économique, et non comme un ornement. Le repère sert à démontrer que les États et les unions d’États pilotent la connaissance parce qu’ils en attendent de la croissance, et son échec relatif est un argument à part entière, puisqu’il montre qu’un objectif proclamé ne suffit pas à orienter la recherche.
15 janvier 2001Lancement de WikipédiaLa production du savoir cesse d’être réservée à des auteurs désignés, sans devenir pour autant sans règle : la fiabilité y repose sur la relecture par le nombre et sur l’obligation de citer ses sources. C’est le contre-exemple à opposer à l’idée que l’horizontalité entraîne mécaniquement la perte de qualité.
2001Déclaration de Doha sur l’accord ADPIC et la santé publiqueC’est le repère qui permet de nuancer toute copie sur les brevets : la règle du monopole comporte dès l’origine une soupape, et le débat porte moins sur son existence que sur les conditions très étroites de son emploi. Il se place face à l’accord ADPIC, dont il est la correction négociée.
23 novembre 2001Convention de Budapest sur la cybercriminalitéElle prouve que la coopération judiciaire est possible dans le cyberespace, en harmonisant les infractions et en organisant l’entraide entre polices. Elle en montre en même temps la limite : un traité n’oblige que ceux qui le ratifient, et plusieurs grandes puissances s’en tiennent à l’écart, ce qui laisse des espaces hors d’atteinte.
14 février 2002La déclaration de Budapest sur le libre accèsElle donne à une copie le moyen de montrer que la diffusion de la connaissance n’est pas seulement affaire d’États ni de techniques, mais d’économie : ce que le texte conteste, c’est un circuit où la recherche est financée sur fonds publics, cédée gratuitement à des éditeurs, puis rachetée par les bibliothèques sous forme d’abonnements. Le repère installe donc un acteur que les devoirs oublient, l’éditeur scientifique, et date le moment où la communauté savante s’organise pour reprendre la main sur ses propres publications. Il se prolonge utilement par le plan européen de 2018 imposant le libre accès aux recherches financées publiquement et par la recommandation de l’Unesco sur la science ouverte adoptée en 2021, ce qui évite de laisser la démonstration s’arrêter en 2002.
14 février 2002Appel de Budapest pour le libre accès aux publicationsLe repère date la formulation d’une exigence qui traverse tout le thème : un savoir produit avec des fonds publics doit-il être payant à la lecture ? Il permet de traiter la circulation des connaissances autrement que par la technique, en posant la question de qui paie, de qui accède et de ce que les pays les moins dotés peuvent lire.
22 octobre 2003La déclaration de Berlin sur le libre accès à la connaissanceElle donne le texte fondateur du mouvement pour le libre accès, et l’argument que ce mouvement oppose aux éditeurs : un travail financé par l’argent public ne devrait pas être racheté par les institutions qui l’ont payé. Le repère sert à montrer que la circulation du savoir est devenue un enjeu politique et économique au moment précis où le numérique la rendait techniquement facile, ce qui est la tension centrale du thème.
avril 2003L’achèvement du séquençage du génome humainLe repère sert à montrer qu’une connaissance fondamentale se produit désormais par coopération internationale et par publication immédiate des résultats, c’est-à-dire par une décision de garder le savoir dans le domaine public. Il porte en même temps son contraire, puisque le programme public a été concurrencé par une entreprise privée qui visait le brevet : la même découverte donne donc l’exemple de la circulation ouverte et celui de l’appropriation. C’est ce qui en fait un cas commode pour discuter le partage des rôles entre États, laboratoires publics et acteurs privés dans la production de la connaissance.
2003 et 2005Le Sommet mondial sur la société de l’informationLe repère sert à montrer que la gouvernance du réseau est un enjeu politique et non une affaire technique : plusieurs États y demandent que la gestion des noms de domaine échappe à la tutelle américaine, sans obtenir gain de cause. Il donne aussi l’exemple d’une négociation où des entreprises et des associations siègent aux côtés des gouvernements, ce qui est rare en relations internationales et dit quelque chose d’un espace que les États n’ont ni bâti ni financé seuls. Il permet enfin d’en mesurer la limite, puisque le forum issu du sommet discute mais ne décide pas, ce qui laisse la régulation aux droits nationaux et aux grands acteurs privés.
avril et mai 2007Cyberattaques contre l’EstonieUn pays très dépendant de ses services en ligne est paralysé sans qu’un coup de feu soit tiré. Le repère montre la vulnérabilité que crée la numérisation d’une administration, et il explique l’installation à Tallinn, l’année suivante, d’un centre d’expertise de l’OTAN consacré à la cyberdéfense.
7 juillet 2009Création de l’ANSSI en FranceLa France se dote d’une autorité civile chargée de protéger les administrations et les opérateurs jugés essentiels à la vie de la nation. Le repère est le point d’entrée du jalon sur le cas français et il éclaire un choix d’organisation : la protection des réseaux civils est confiée à un service distinct des armées.
2010Découverte du logiciel malveillant StuxnetUne attaque informatique produit des dégâts matériels sur une installation industrielle, et non plus seulement un vol de données ou une interruption de service. Le repère fait passer le cyberespace du domaine de la criminalité à celui du sabotage, et il pose la question, non tranchée en droit, du seuil à partir duquel une telle action relève de l’acte de guerre.
29 avril 2013Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationaleIl date le moment où la cyberdéfense passe du dossier technique au niveau stratégique en France, et il prépare la loi de programmation militaire votée à la fin de la même année. Sa nature est ce qui en fait un bon document d’étude critique : un Livre blanc annonce et justifie autant qu’il décrit, il énonce des intentions et des moyens à venir, et tout ce qui s’est produit après 2013 doit donc être présenté comme postérieur au texte.
2013 (publications à partir de juin)Les révélations d’Edward Snowden sur la surveillance américaineElles montrent que la connaissance est devenue un instrument de puissance qui s’exerce d’abord par les infrastructures : les États-Unis captent parce que les câbles, les serveurs et les entreprises du réseau se trouvent chez eux ou relèvent de leur droit. C’est le repère qui permet d’affirmer qu’il n’existe aucun espace neutre de circulation de l’information, et il éclaire ce qui a suivi, les projets européens de souveraineté numérique et les règles adoptées sur la protection des données.
2013 (publications à partir de juin)La divulgation des programmes de surveillance des communicationsElles font apparaître le cyberespace comme un espace conflictuel entre alliés, et pas seulement entre adversaires déclarés, ce qui interdit de le réduire à un affrontement entre les États-Unis, la Chine et la Russie. Elles montrent aussi la couche matérielle du cyberespace à l’oeuvre : les câbles et les centres de données reposent sur des territoires, donc sous des lois nationales, et c’est cette matérialité qui donne à un État sa capacité de surveillance. Une copie qui le dit échappe à l’image trompeuse d’un réseau sans lieu.
2013Révélations d’Edward Snowden sur la surveillance des communicationsLe repère établit que la surveillance des réseaux s’exerce à l’échelle mondiale, y compris sur les alliés d’un État, et qu’elle s’appuie sur des entreprises privées. Il sert à démontrer que le cyberespace n’est pas un espace neutre mais un lieu de puissance, et il ouvre le débat entre sécurité et protection des données.
25 septembre 2015L’adoption des objectifs de développement durableLe programme atteste que développement et environnement sont désormais traités dans un même agenda, ce qui se démontre en rappelant que la même année a vu l’adoption de l’accord de Paris sur le climat. Il se cite avec sa limite, faute de quoi il n’apprend rien : ces objectifs n’obligent juridiquement personne et ne prévoient aucune sanction, ce qui explique que l’on puisse à la fois constater des progrès mesurables et des cibles manquées. L’objectif consacré à l’éducation dit enfin, par son existence même, que l’écart n’est pas comblé.
juillet 2016La reconnaissance du cyberespace comme domaine d’opérations par l’OTANLe repère fait passer le cyberespace du statut de milieu technique à celui de terrain militaire, ce qui autorise une copie à parler de conflictualité sans forcer le mot. Il laisse pourtant ouverte la question qui compte : rien ne dit à partir de quel seuil une attaque informatique déclencherait la clause de défense collective, faute de pouvoir attribuer l’attaque avec certitude et rapidement. C’est donc le repère qui permet de montrer que le droit et les institutions courent derrière la conflictualité numérique, et il se relie aux cyberattaques contre l’Estonie en 2007, à la suite desquelles l’Alliance avait installé son centre d’excellence à Tallinn.
2016Le cyberespace reconnu comme domaine d’opérations par l’Alliance atlantiqueC’est la date qui fait entrer les réseaux dans le droit et la doctrine militaires : ce qui relevait de la protection technique devient un terrain d’opérations comme un autre. Le repère sert à démontrer la militarisation du cyberespace, et à poser la question que sa reconnaissance ouvre, celle du seuil à partir duquel une attaque immatérielle appelle une réponse armée.
2016Règlement européen sur la protection des données personnellesUne puissance impose ses règles à des acteurs qu’elle n’héberge pas, ce qui est une façon de reprendre prise sur un espace réputé sans frontière. Le repère est central pour la souveraineté numérique : il établit que le droit territorialise le cyberespace, et que la norme est une forme de puissance au même titre que la technique.
en service le 1er janvier 2017, créé par décret du 4 mai 2017Création du commandement de la cyberdéfenseLe repère sert à démontrer que le cyberespace est traité comme un milieu d’opérations au même titre que la terre, la mer, l’air et l’espace, ce que l’OTAN avait reconnu de son côté en 2016. Il donne surtout à une copie l’organisation française précise, ce qui vaut mieux que d’affirmer en général que les États s’organisent : une agence civile pour la défense des réseaux, un commandement militaire pour les opérations, la distinction entre les deux étant la réponse française à un domaine où l’attaque et la défense emploient les mêmes techniques. Il permet enfin d’écarter l’idée d’une France seulement victime, la doctrine assumant depuis 2019 une capacité offensive.
2017Création du commandement de la cyberdéfense françaisLe cyberespace est reconnu comme un milieu d’opérations militaires, au même titre que la terre, la mer, l’air et l’espace. Le repère complète le cas français demandé par le jalon : une agence civile d’un côté, une chaîne militaire de l’autre, une séparation qui distingue l’organisation française de modèles étrangers réunissant les deux.
2018Loi américaine sur l’accès aux données conservées à l’étrangerElle établit qu’un État peut étendre la portée de sa loi bien au-delà de ses frontières dès lors que les entreprises qui tiennent l’infrastructure relèvent de lui. C’est l’argument central de la souveraineté numérique, et il se retourne : la puissance ne tient pas ici aux serveurs, mais au droit qui s’applique à ceux qui les exploitent.
adopté le 27 avril 2016, applicable dans l’Union européenne depuis le 25 mai 2018Entrée en application du règlement général sur la protection des donnéesC’est la meilleure preuve qu’une puissance peut être normative sans être militaire : l’Union européenne ne produit ni les plateformes ni les infrastructures du numérique, et elle impose pourtant ses règles à celles des autres, par la seule taille de son marché. Le repère permet ensuite d’opposer trois conceptions de la souveraineté sur les données, celle du marché aux États-Unis, celle du contrôle d’État en Chine et en Russie, celle du droit des personnes en Europe, ce qui est exactement ce qu’attend un sujet sur les réalités et les défis du cyberespace. Sa limite se dit en une phrase : le règlement encadre l’usage des données sans rien changer à la dépendance technique du continent.
25 mai 2018L’entrée en application du règlement européen sur la protection des donnéesLe repère répond à la question de savoir comment un ensemble d’États reprend prise sur un espace qui ignore les frontières : il ne bloque pas les flux, il conditionne l’accès à un marché, et c’est la taille de ce marché qui fait la contrainte. Il permet donc de nommer une troisième voie entre le modèle américain, qui laisse faire les entreprises, et le modèle chinois, qui filtre et contrôle. Il sert enfin à en discuter la limite : l’Europe régule des acteurs qu’elle n’a pas su faire naître, et l’application effective des sanctions reste lente, ce qui distingue la souveraineté par la norme de la souveraineté par la puissance industrielle.
2018Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespaceLe repère sert à montrer que la régulation du cyberespace se cherche par des engagements volontaires, faute de traité, et qu’elle associe des acteurs privés à des États. Il fournit l’exemple précis d’une gouvernance à plusieurs mains, et permet aussi d’en dire la faiblesse : un texte que l’on ne signe pas n’oblige personne.
3 septembre 2019Création du commandement de l’espace en FranceC’est la date qui permet d’écrire, preuve à l’appui, que l’espace est devenu un milieu d’opérations militaires et non plus seulement un terrain d’exploration ou de prestige. Le repère s’explique par la dépendance des sociétés à leurs satellites, pour le positionnement, les télécommunications et le renseignement : ce qui est vital devient une cible, donc doit être défendu. Il sert enfin à mesurer l’écart entre le droit et la pratique, le traité de 1967 interdisant les armes nucléaires en orbite et l’appropriation des corps célestes, mais non l’usage militaire ordinaire de l’espace, que ces commandements organisent.
18 janvier 2019La publication de la doctrine française de lutte informatique offensiveElle marque le passage d’une posture uniquement défensive à une capacité assumée devant l’opinion, ce qui est en soi un acte de dissuasion : dire que l’on peut frapper vaut avertissement. Le repère sert à montrer qu’un État cherche dans le cyberespace ce qu’il possède ailleurs, une doctrine publique et des règles d’engagement, alors même que l’attribution d’une attaque y reste incertaine et que les infrastructures appartiennent pour l’essentiel à des acteurs privés étrangers.
2019Publication des éléments de doctrine française de lutte informatique offensiveLe repère sert à démontrer qu’un État assume désormais publiquement une capacité offensive dans les réseaux, alors que le domaine relevait auparavant du seul secret. Il complète la cyberdéfense française et permet de discuter la dissuasion : annoncer une capacité sans la montrer est en soi un acte stratégique.
12 octobre 2021L’annonce du plan France 2030Le plan établit que l’État reste celui qui fixe la direction et prend le risque, à un moment où le récit dominant confie la conquête à des entreprises : c’est l’argument à opposer à une copie qui conclurait trop vite au retrait des puissances publiques. Il vaut aussi parce qu’il range l’espace et les grands fonds dans une même catégorie stratégique, ce qui donne le fil d’un sujet portant sur les deux espaces. La prudence s’impose sur un point : une annonce d’investissement n’est pas un résultat.
23 novembre 2021 (quarante et unième session de la Conférence générale)La recommandation de l’Unesco sur une science ouverteElle fournit le point d’arrivée récent que les copies sur la circulation des connaissances laissent presque toujours vide, et elle permet de montrer que l’ouverture est devenue un objectif d’action publique et non plus la seule revendication de chercheurs. Sa portée juridique en est aussi la limite, et le dire est un signe de maîtrise : une recommandation engage moralement les États sans les contraindre, et laisse entier le modèle économique des grandes maisons d’édition scientifique.
18 février 2021La stratégie nationale d’accélération pour la cybersécuritéLe repère montre que la cyberdéfense d’un État ne se réduit ni à des agences ni à des militaires : elle suppose une industrie nationale, faute de quoi la souveraineté annoncée repose sur des fournisseurs étrangers. Il complète donc les repères institutionnels, l’agence chargée de la sécurité des systèmes d’information et le commandement militaire créé en 2017, par un troisième pilier, économique et scientifique, que les copies oublient presque toujours. Il permet enfin de discuter la tension propre au jalon : une politique de filière strictement nationale se heurte au caractère mondial du marché du numérique et au cadre européen dans lequel la France agit.

Questions fréquentes

Quelles dates faut-il retenir sur la connaissance ?

Ce thème demande environ 100 repères. Les retenir sans savoir ce qu’ils démontrent ne sert à rien : c’est la portée qui se place dans une copie, pas la date.

Faut-il citer des dates précises en dissertation ?

Oui, un exemple daté et localisé vaut bien mieux qu’une allusion vague. Mais une date fausse coûte plus cher qu’une date absente : dans le doute, écrivez le fait sans l’année.

Pour aller plus loin