Que dit Alexis de Tocqueville ? Sa thèse, ses citations, ce qu’on lui oppose
Ce que soutient Alexis de Tocqueville, en une phrase, puis ce que cette thèse permet de démontrer dans une copie et ce qu’on lui oppose. 3 citations vérifiées, chacune avec l’amorce qui la relie au sujet.
Sa thèse
L’égalité des conditions est le fait majeur des sociétés modernes, et elle ne conduit pas nécessairement à la liberté. Elle peut aussi produire des individus repliés sur leurs affaires privées, au-dessus desquels s’élève un pouvoir doux et prévoyant qui les décharge du soin de se conduire eux-mêmes.
Elle est développée dans De la démocratie en Amérique, 1835 et 1840.
Ce que cette thèse permet de démontrer
Une référence ne vaut que par ce qu’elle fait avancer dans un paragraphe. Voici les démonstrations que celle-ci autorise, et qu’une copie peut conduire jusqu’au bout.
- Montrer que la menace peut naître du fonctionnement même d’un régime démocratique, sans coup de force ni ennemi extérieur.
- Distinguer deux dangers différents : la pression du grand nombre sur les esprits, et la tutelle d’un pouvoir qui administre tout.
- Justifier le rôle des associations, de la presse libre et de la vie politique locale, qui maintiennent les citoyens dans les affaires communes.
- Ouvrir le jalon américain en montrant que la séparation n’a pas affaibli la place de la croyance, mais l’a consolidée.
- Opposer deux histoires : une séparation arrachée contre une institution dominante, et une séparation posée d’emblée dans un pays de pluralité confessionnelle.
- Fournir la contre-épreuve du raisonnement qui associe mécaniquement modernité et recul du religieux.
Ce qu’on lui oppose
Il tire des lois valables pour toutes les sociétés modernes de l’observation d’une seule, les États-Unis des années 1830, où l’égalité des conditions qu’il décrit ne s’étendait ni aux esclaves ni aux populations amérindiennes. Son despotisme démocratique reste par ailleurs une crainte raisonnée : au XXe siècle, les démocraties ont plutôt reculé par des crises ouvertes et des coups de force que par une servitude douce.
C’est cette objection qui distingue une copie qui cite d’une copie qui pense. Convoquez la thèse, montrez ce qu’elle explique, puis dites où elle s’arrête : le correcteur voit alors un élève qui a lu, et non un élève qui a retenu un nom.
Les citations de Alexis de Tocqueville, vérifiées
Chaque citation est donnée avec son amorce, c’est-à-dire la phrase qui la relie au sujet. Sans elle, la citation reste un ornement, et le correcteur le sanctionne.
Au-dessus de ceux-là, s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leurs jouissances, et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux.
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, second volume, quatrième partie, chapitre VI, 1840
Tocqueville décrit une menace sans coup de force ni ennemi déclaré. Le sujet des reculs démocratiques cesse alors d’être une histoire de coups d’État : il devient l’étude de ce qu’un régime peut se faire à lui-même.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Ce pouvoir n’est pas une dictature, et Tocqueville prend soin de le dire : les anciens mots de despotisme et de tyrannie, écrit-il, ne conviennent pas, car la chose est nouvelle. En faire une annonce des régimes du XXe siècle est un contresens.
La religion, qui, chez les Américains, ne se mêle jamais directement au gouvernement de la société, doit donc être considérée comme la première de leurs institutions politiques ; car si elle ne leur donne pas le goût de la liberté, elle leur en facilite singulièrement l’usage.
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome I, 1835
Tocqueville renverse l’idée qu’une séparation affaiblirait la croyance. Parce qu’elle ne gouverne pas, la religion n’a pas à répondre des fautes du pouvoir, et elle garde son autorité sur les esprits. C’est la contre-épreuve exacte du raisonnement qui associe modernité et recul du religieux, et c’est pourquoi cette phrase ouvre bien un devoir sur l’axe 2.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Le tableau date des années 1830 et décrit une société protestante et plurielle. Il ne dit rien de la politisation confessionnelle des dernières décennies. Ne le citez pas comme une description du présent américain.
En Amérique, la majorité trace un cercle formidable autour de la pensée. Au-dedans de ces limites l’écrivain est libre ; mais malheur à lui s’il ose en sortir.
Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, premier volume, deuxième partie, chapitre VII, 1835
La contrainte décrite ici n’est pas une loi, c’est une opinion. Le devoir se déplace donc des institutions vers les conditions concrètes du pluralisme : une liberté garantie par les textes peut se trouver limitée par le poids du nombre.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Ne confondez pas cette tyrannie de la majorité avec le despotisme tutélaire, que Tocqueville décrit cinq ans plus tard. La première vient de la société et pèse sur les esprits ; le second vient du pouvoir et prend en charge les existences.
Les notions rattachées à Alexis de Tocqueville
Ces notions du lexique sont celles que la thèse met en jeu. Les employer sans savoir les définir revient à citer un auteur sans l’avoir lu, et cela se voit dès l’introduction.
- Despotisme démocratique Pouvoir tutélaire et prévoyant qui, sans violence apparente, prend en charge les citoyens jusqu’à les décharger du soin de penser et de se conduire eux-mêmes.
- Tyrannie de la majorité Situation où le grand nombre impose sa volonté sans frein à ceux qui pensent autrement, l’opinion dominante devenant une pression morale à laquelle nul n’ose s’opposer.
- Démocratie Régime dans lequel le pouvoir appartient à l’ensemble des citoyens, qui l’exercent eux-mêmes ou par des représentants librement élus, dans le respect des libertés et du droit.
- Libertés publiques Droits reconnus aux personnes de s’exprimer, de se réunir, de s’associer et de manifester, que la loi protège et que les gouvernants ne peuvent restreindre que dans des cas prévus.
- Société civile Ensemble des associations, syndicats et mouvements organisés qui, sans être des partis ni des administrations, permettent aux gouvernés de s’exprimer entre deux élections.
- Contre-pouvoir Force organisée, juridictionnelle, médiatique ou associative, capable de faire obstacle aux décisions de ceux qui gouvernent et de les obliger à s’expliquer.
- Régime de séparation Statut juridique dans lequel la puissance publique ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte, mais en garantit le libre exercice.
- Religion civile Ensemble de croyances, de rites et de symboles partagés qui sacralisent la communauté politique elle-même et soudent les citoyens autour de valeurs communes.
- Liberté de culte Droit de pratiquer sa foi, seul ou avec d’autres, en privé comme en public, et d’accomplir les rites de sa tradition sans entrave de la puissance publique.
- Pluralisme religieux Coexistence, dans une même société, de plusieurs traditions de foi et de convictions non croyantes, reconnue et organisée par le droit.
Où placer cette référence dans le programme
Un auteur ne se place pas partout. Voici les jalons du programme où la référence est attendue, avec ce que chacun sert à démontrer.
| Thème | Jalon | Ce que le jalon sert à démontrer |
|---|---|---|
| La démocratie | L’inquiétude de Tocqueville : de la démocratie à la tyrannie ? Une analyse politique | Montrer que la menace peut naître du fonctionnement même d’un régime démocratique, et pas seulement d’un adversaire extérieur. |
| États et religions | États et religions dans la politique intérieure des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale | Il montre qu’une séparation juridique ancienne entre l’État fédéral et les cultes n’empêche pas le religieux de peser lourdement dans le débat politique. |
Qui écrit, et à quelle époque
Historien et homme politique, 1805-1859.
Cette ligne sert à situer, pas à être recopiée. Ce qu’un correcteur attend d’une référence, ce n’est pas une date de naissance : c’est la thèse, et ce qu’elle démontre du sujet posé.
Questions fréquentes
Que dit Alexis de Tocqueville ?
L’égalité des conditions est le fait majeur des sociétés modernes, et elle ne conduit pas nécessairement à la liberté. Elle peut aussi produire des individus repliés sur leurs affaires privées, au-dessus desquels s’élève un pouvoir doux et prévoyant qui les décharge du soin de se conduire eux-mêmes.
Que peut-on opposer à Alexis de Tocqueville ?
Il tire des lois valables pour toutes les sociétés modernes de l’observation d’une seule, les États-Unis des années 1830, où l’égalité des conditions qu’il décrit ne s’étendait ni aux esclaves ni aux populations amérindiennes. Son despotisme démocratique reste par ailleurs une crainte raisonnée : au XXe siècle, les démocraties ont plutôt reculé par des crises ouvertes et des coups de force que par une servitude douce.
Dans quel thème de HGGSP citer Alexis de Tocqueville ?
La référence sert dans les thèmes la démocratie, états et religions. Elle y est attendue sur 2 jalons du programme.
Quelle citation de Alexis de Tocqueville retenir ?
« Au-dessus de ceux-là, s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leurs jouissances, et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. » Tocqueville décrit une menace sans coup de force ni ennemi déclaré. Le sujet des reculs démocratiques cesse alors d’être une histoire de coups d’État : il devient l’étude de ce qu’un régime peut se faire à lui-même.
Pour aller plus loin
- Tous les auteurs de HGGSP Leur thèse en une phrase, thème par thème.
- Les citations du thème la démocratie Rangées par usage, chacune avec son amorce.
- Le lexique du thème la démocratie Les notions du thème, définies pour être employées en copie.