Aller au contenu
HGGSP Révision

Que dit Benjamin Constant ? Sa thèse, ses citations, ce qu’on lui oppose

Ce que soutient Benjamin Constant, en une phrase, puis ce que cette thèse permet de démontrer dans une copie et ce qu’on lui oppose. 3 citations vérifiées, chacune avec l’amorce qui la relie au sujet.

Sa thèse

Les Anciens plaçaient la liberté dans l’exercice collectif et direct du pouvoir ; les Modernes la placent dans la sûreté de leur vie privée. Les sociétés nombreuses et tournées vers le commerce ne laissent plus à chacun le temps de délibérer sans cesse : la représentation s’impose. Mais elle se retourne contre les citoyens si ceux-ci renoncent tout à fait à surveiller ceux qu’ils élisent.

Elle est développée dans De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, discours prononcé en 1819.

Ce que cette thèse permet de démontrer

Une référence ne vaut que par ce qu’elle fait avancer dans un paragraphe. Voici les démonstrations que celle-ci autorise, et qu’une copie peut conduire jusqu’au bout.

  • Justifier la démocratie représentative par un argument tiré de l’état des sociétés, et non par la seule commodité.
  • Poser les deux libertés comme complémentaires, lecture que le programme attend et que peu de copies font.
  • Expliquer pourquoi l’abstention et le désintérêt pour la chose publique inquiètent un régime représentatif.

Ce qu’on lui oppose

Moses I. Finley a montré que la démocratie athénienne protégeait elle aussi les individus par le droit, ce qui affaiblit la coupure nette entre les deux libertés. La dichotomie est un instrument de démonstration plus qu’une description exacte de deux mondes.

C’est cette objection qui distingue une copie qui cite d’une copie qui pense. Convoquez la thèse, montrez ce qu’elle explique, puis dites où elle s’arrête : le correcteur voit alors un élève qui a lu, et non un élève qui a retenu un nom.

Les citations de Benjamin Constant, vérifiées

Chaque citation est donnée avec son amorce, c’est-à-dire la phrase qui la relie au sujet. Sans elle, la citation reste un ornement, et le correcteur le sanctionne.

Le but des anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d’une même patrie. C’était là ce qu’ils nommaient liberté. Le but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées ; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances.

Benjamin Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, discours prononcé à l’Athénée royal de Paris en 1819

Constant ne compare pas deux degrés de liberté : il compare deux objets. Les uns voulaient décider ensemble, les autres veulent être protégés. Le sujet consiste alors à savoir si le second tient sans le premier.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : On lui fait dire que la liberté des Anciens serait périmée. Il soutient l’inverse dans sa conclusion : les deux libertés se combinent, et la liberté politique demeure la garantie de la liberté individuelle.

Le danger de la liberté antique était qu’attentifs uniquement à s’assurer le partage du pouvoir social, les hommes ne fissent trop bon marché des droits et des jouissances individuelles. Le danger de la liberté moderne, c’est qu’absorbés dans la jouissance de notre indépendance privée, et dans la poursuite de nos intérêts particuliers, nous ne renoncions trop facilement à notre droit de partage dans le pouvoir politique.

Benjamin Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, discours prononcé à l’Athénée royal de Paris en 1819

La phrase donne le paradoxe tout fait : chaque forme de liberté porte sa propre menace. Une copie qui part de là s’interdit d’emblée de présenter la démocratie représentative comme un progrès sans revers.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Le danger que Constant désigne vient des citoyens eux-mêmes, non de représentants infidèles. C’est un renoncement, et c’est plus exigeant à démontrer : il ne suffit pas d’invoquer un taux d’abstention pour l’établir.

Loin donc, Messieurs, de renoncer à aucune des deux espèces de liberté dont je vous ai parlé, il faut, je l’ai démontré, apprendre à les combiner l’une avec l’autre.

Benjamin Constant, De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes, discours prononcé à l’Athénée royal de Paris en 1819

C’est la dernière phrase de la démonstration, et elle referme le débat sans le trancher. Elle sert donc en conclusion, une fois que vous avez montré que participation directe et représentation ne s’excluent pas.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Elle ne renvoie pas les deux libertés dos à dos. Constant vient d’établir que la liberté individuelle est la véritable liberté moderne, et il ajoute que la liberté politique en est la garantie et reste indispensable.

Les notions rattachées à Benjamin Constant

Ces notions du lexique sont celles que la thèse met en jeu. Les employer sans savoir les définir revient à citer un auteur sans l’avoir lu, et cela se voit dès l’introduction.

  • Liberté des Anciens Participation directe et collective des citoyens aux décisions de la cité, qui vaut comme forme d’émancipation même si elle laisse peu de place à l’indépendance privée.
  • Liberté des Modernes Jouissance paisible de l’indépendance privée, de la sûreté et de la propriété, garantie par des institutions auxquelles les citoyens confient le soin de gouverner à leur place.
  • Démocratie représentative Système où les citoyens désignent par le vote des délégués chargés de faire la loi et de contrôler le gouvernement en leur nom, pour une durée limitée.
  • Démocratie directe Système où les citoyens réunis en assemblée votent eux-mêmes les lois et prennent les décisions, sans passer par des élus qui décideraient à leur place.
  • Mandat représentatif Charge élective dont le titulaire vote selon sa propre conscience, sans être lié par les instructions de ses électeurs ni révocable par eux avant le terme.

Où placer cette référence dans le programme

Un auteur ne se place pas partout. Voici les jalons du programme où la référence est attendue, avec ce que chacun sert à démontrer.

ThèmeJalonCe que le jalon sert à démontrer
La démocratieParticiper ou être représenté : Benjamin Constant, « liberté des Anciens, liberté des Modernes »Fournir l’argument qui justifie la représentation dans les sociétés modernes, sans faire de la participation directe une survivance.
La démocratieUne démocratie directe mais limitée : être citoyen à Athènes au Ve siècleMontrer qu’un régime peut confier la décision aux citoyens réunis tout en réservant la citoyenneté à une petite partie des habitants.

Qui écrit, et à quelle époque

Écrivain et homme politique libéral, 1767-1830.

Cette ligne sert à situer, pas à être recopiée. Ce qu’un correcteur attend d’une référence, ce n’est pas une date de naissance : c’est la thèse, et ce qu’elle démontre du sujet posé.

Questions fréquentes

Que dit Benjamin Constant ?

Les Anciens plaçaient la liberté dans l’exercice collectif et direct du pouvoir ; les Modernes la placent dans la sûreté de leur vie privée. Les sociétés nombreuses et tournées vers le commerce ne laissent plus à chacun le temps de délibérer sans cesse : la représentation s’impose. Mais elle se retourne contre les citoyens si ceux-ci renoncent tout à fait à surveiller ceux qu’ils élisent.

Que peut-on opposer à Benjamin Constant ?

Moses I. Finley a montré que la démocratie athénienne protégeait elle aussi les individus par le droit, ce qui affaiblit la coupure nette entre les deux libertés. La dichotomie est un instrument de démonstration plus qu’une description exacte de deux mondes.

Dans quel thème de HGGSP citer Benjamin Constant ?

La référence sert dans le thème la démocratie. Elle y est attendue sur 2 jalons du programme.

Quelle citation de Benjamin Constant retenir ?

« Le but des anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d’une même patrie. C’était là ce qu’ils nommaient liberté. Le but des modernes est la sécurité dans les jouissances privées ; et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances. » Constant ne compare pas deux degrés de liberté : il compare deux objets. Les uns voulaient décider ensemble, les autres veulent être protégés. Le sujet consiste alors à savoir si le second tient sans le premier.

Pour aller plus loin