Aller au contenu
HGGSP Révision

Que dit Carl von Clausewitz ? Sa thèse, ses citations, ce qu’on lui oppose

Ce que soutient Carl von Clausewitz, en une phrase, puis ce que cette thèse permet de démontrer dans une copie et ce qu’on lui oppose. 5 citations vérifiées, chacune avec l’amorce qui la relie au sujet.

Sa thèse

La guerre n’est pas un phénomène autonome : elle est un instrument au service d’une fin politique, et elle perd son sens dès qu’on la coupe de cette fin. Clausewitz oppose pour cela une guerre absolue, modèle théorique où la violence monte aux extrêmes, et la guerre réelle, où le hasard et les frictions freinent cette montée.

Elle est développée dans De la guerre, ouvrage inachevé publié après sa mort à partir de 1832.

Ce que cette thèse permet de démontrer

Une référence ne vaut que par ce qu’elle fait avancer dans un paragraphe. Voici les démonstrations que celle-ci autorise, et qu’une copie peut conduire jusqu’au bout.

  • Expliquer pourquoi une victoire militaire ne suffit pas à gagner une guerre : c’est l’objectif politique poursuivi qui dit si la guerre a réussi.
  • Montrer qu’une guerre engage trois choses à la fois, la passion de l’opinion, le métier des militaires et le calcul des autorités politiques qui en fixent les buts.
  • Rendre compte de l’écart entre le plan et son exécution, ce qui interdit de raconter une guerre comme une suite de décisions rationnelles.
  • Fournir la grille avec laquelle le second jalon de l’axe 1 met à l’épreuve les conflits menés par des groupes qui ne sont pas des États.

Ce qu’on lui oppose

Le modèle suppose des États qui se font la guerre et une autorité politique qui assigne les buts. Il rend mal compte des conflits où l’un des belligérants n’est pas un État, ne cherche pas la bataille et vise l’opinion plutôt que l’armée adverse. Attention toutefois : ce qui se trouve démenti est la vision de la guerre concrète, tirée de deux conflits précis, bien plus que le principe de subordination de la guerre au politique.

C’est cette objection qui distingue une copie qui cite d’une copie qui pense. Convoquez la thèse, montrez ce qu’elle explique, puis dites où elle s’arrête : le correcteur voit alors un élève qui a lu, et non un élève qui a retenu un nom.

Les citations de Clausewitz, vérifiées

Chaque citation est donnée avec son amorce, c’est-à-dire la phrase qui la relie au sujet. Sans elle, la citation reste un ornement, et le correcteur le sanctionne.

La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.

Carl von Clausewitz, De la guerre, livre I, ouvrage publié à partir de 1832 ; formulation retenue par la ressource d’accompagnement du programme, 2022

La formule suppose deux choses : un État qui fixe un but, et une armée qui l’exécute. Elle est écrite au lendemain des guerres napoléoniennes. Or les conflits ouverts depuis la fin de la guerre froide opposent de plus en plus souvent des adversaires dont l’un n’est pas un État.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : On la cite presque toujours pour dire que la guerre sert la politique. Elle dit aussi que la guerre n’a aucun sens hors de cette fin. Et le mot politique désigne à l’époque de Clausewitz la politique extérieure, non la vie des partis : l’employer au sens courant fait perdre le bénéfice de la référence. Les traductions diffèrent sur le début de la phrase, certaines écrivant que la guerre n’est que la simple continuation de la politique : la forme donnée ici est celle du programme.

La guerre est un acte de violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté.

Carl von Clausewitz, De la guerre, 1832, traduction de Denise Naville, Éditions de Minuit, 1955

La définition tient dans un but : obtenir de l’autre ce qu’il refuse. Elle ne dit rien de la forme des combats, ni de la qualité de celui qui les mène. C’est ce qui permet de l’éprouver sur des conflits que Clausewitz n’a pas connus, où l’on ne cherche ni la bataille ni la capitulation d’une armée.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Elle ne fait pas de l’anéantissement de l’ennemi le but de la guerre : détruire les forces adverses est un moyen de plier une volonté, parmi d’autres. Selon les traductions, le mot est « adversaire » ou « ennemi » ; la ressource officielle du programme écrit « ennemi ». Le sens ne change pas, la formulation si.

La guerre n’est rien d’autre qu’un duel à une plus vaste échelle.

Carl von Clausewitz, De la guerre, 1832, traduction de Denise Naville, Éditions de Minuit, 1955

Un duel oppose deux adversaires qui se reconnaissent, acceptent des règles et savent quand il prend fin. Les trois conditions manquent dans les conflits du second jalon de l’axe 1. C’est là, avant toute considération sur les armements, que le modèle se fissure.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : L’image dit la structure de l’affrontement, pas sa moralité. Clausewitz ne présente pas la guerre comme un combat loyal, ni comme un combat équilibré.

La tactique est la théorie de l’emploi des forces au combat, alors que la stratégie est celle de l’emploi des combats en vue de la décision finale.

Carl von Clausewitz, De la guerre, 1832, cité par la ressource d’accompagnement du programme, 2022

La distinction sert à ne pas confondre gagner des batailles et gagner une guerre. Napoléon remporte l’essentiel de ses batailles et perd ses guerres. C’est le niveau stratégique, et derrière lui le but politique, qui décide de l’issue.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Le langage courant appelle stratégie tout plan un peu élaboré. Le mot a ici un sens étroit : l’agencement des combats en vue de la décision. Une copie qui l’emploie au sens courant perd le bénéfice de la référence.

La guerre est un caméléon.

Carl von Clausewitz, De la guerre, 1832 ; formule citée sous cette forme abrégée par la ressource d’accompagnement du programme, 2022

L’image dit que la guerre change d’apparence selon l’époque, selon les acteurs et selon les moyens dont ils disposent. Le thème demande précisément de mesurer ces changements de visage, puis de se demander ce qui, dessous, ne change pas.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Le caméléon change de couleur, pas de nature. La formule ne dit donc pas que la guerre serait devenue autre chose, ni que le raisonnement de Clausewitz aurait cessé de valoir : elle dit que ses formes varient. La phrase est plus longue dans l’ouvrage : citez-la dans la forme courte que le programme retient, et n’allongez pas la formule de vous-même.

Les notions rattachées à Clausewitz

Ces notions du lexique sont celles que la thèse met en jeu. Les employer sans savoir les définir revient à citer un auteur sans l’avoir lu, et cela se voit dès l’introduction.

  • Guerre Affrontement armé, organisé et durable, entre des groupes politiques constitués, conduit par la violence collective en vue d’un but politique.
  • Guerre absolue Modèle théorique de l’affrontement armé porté à son extrême, où chaque adversaire pousse la violence à son comble parce que rien ne vient la limiter.
  • Friction Écart entre le plan conçu et son exécution sur le terrain, produit par le hasard, la fatigue, le renseignement incomplet et la peur, et qui rend l’action militaire plus difficile qu’en théorie.
  • État Groupement humain fixé sur un sol délimité et soumis à une autorité politique qui détient seule la contrainte légitime et se fait reconnaître par ses pairs.
  • Guerre totale Forme d’affrontement armé où un État mobilise l’ensemble de ses ressources humaines, économiques et morales, et où la distinction entre le front et l’arrière s’efface.
  • Diplomatie Conduite des relations entre États par la représentation permanente, la négociation et les traités, plutôt que par la force.

Où placer cette référence dans le programme

Un auteur ne se place pas partout. Voici les jalons du programme où la référence est attendue, avec ce que chacun sert à démontrer.

ThèmeJalonCe que le jalon sert à démontrer
Guerre et paixEssai d’une typologie : nature des conflits, acteurs et modes de résolutionSe donner une grille de lecture qui relie la nature d’un conflit, les acteurs engagés et la façon dont on peut y mettre fin.
Guerre et paixLa guerre, « continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz) : de la guerre de Sept Ans aux guerres napoléoniennesÉtablir que la guerre a été pensée comme un instrument que l’État emploie pour atteindre un objectif extérieur, et qu’elle se comprend donc à partir de cet objectif.
Guerre et paixLe modèle de Clausewitz à l’épreuve des « guerres irrégulières » : d’Al-Qaida à DaechÉprouver ce modèle sur des conflits où l’un des adversaires n’est pas un État, pour voir ce qui en subsiste et ce qu’il n’explique plus.

Qui écrit, et à quelle époque

Officier et théoricien prussien, 1780-1831.

Cette ligne sert à situer, pas à être recopiée. Ce qu’un correcteur attend d’une référence, ce n’est pas une date de naissance : c’est la thèse, et ce qu’elle démontre du sujet posé.

Questions fréquentes

Que dit Carl von Clausewitz ?

La guerre n’est pas un phénomène autonome : elle est un instrument au service d’une fin politique, et elle perd son sens dès qu’on la coupe de cette fin. Clausewitz oppose pour cela une guerre absolue, modèle théorique où la violence monte aux extrêmes, et la guerre réelle, où le hasard et les frictions freinent cette montée.

Que peut-on opposer à Clausewitz ?

Le modèle suppose des États qui se font la guerre et une autorité politique qui assigne les buts. Il rend mal compte des conflits où l’un des belligérants n’est pas un État, ne cherche pas la bataille et vise l’opinion plutôt que l’armée adverse. Attention toutefois : ce qui se trouve démenti est la vision de la guerre concrète, tirée de deux conflits précis, bien plus que le principe de subordination de la guerre au politique.

Dans quel thème de HGGSP citer Clausewitz ?

La référence sert dans le thème guerre et paix. Elle y est attendue sur 3 jalons du programme.

Quelle citation de Clausewitz retenir ?

« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » La formule suppose deux choses : un État qui fixe un but, et une armée qui l’exécute. Elle est écrite au lendemain des guerres napoléoniennes. Or les conflits ouverts depuis la fin de la guerre froide opposent de plus en plus souvent des adversaires dont l’un n’est pas un État.

Pour aller plus loin