Que dit Alfred Thayer Mahan ? Sa thèse, ses citations, ce qu’on lui oppose
Ce que soutient Alfred Thayer Mahan, en une phrase, puis ce que cette thèse permet de démontrer dans une copie et ce qu’on lui oppose. 2 citations vérifiées, chacune avec l’amorce qui la relie au sujet.
Sa thèse
La puissance d’un État se décide en mer. Qui tient les routes océaniques tient le commerce, qui tient le commerce accumule la richesse, et la richesse paie la force militaire. La maîtrise des mers n’est donc pas un complément de la puissance terrestre : elle en est le fondement.
Elle est développée dans The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783 (1890).
Ce que cette thèse permet de démontrer
Une référence ne vaut que par ce qu’elle fait avancer dans un paragraphe. Voici les démonstrations que celle-ci autorise, et qu’une copie peut conduire jusqu’au bout.
- Expliquer pourquoi un État continental qui s’enrichit finit presque toujours par se doter d’une marine de haute mer, ce qui éclaire directement l’objet de travail conclusif sur la Chine.
- Montrer que la maîtrise des mers ne se réduit pas aux navires de guerre : elle suppose une flotte de commerce, des ports, des chantiers navals et des bases échelonnées sur les routes.
- Donner sa profondeur historique à un sujet sur la maritimisation : la mer est un lieu de puissance bien avant le conteneur et le câble sous-marin.
Ce qu’on lui oppose
Mackinder soutient l’inverse quatorze ans plus tard, en 1904 : le chemin de fer et l’industrie rendent la masse continentale eurasiatique plus décisive que l’océan. Il faut de plus se rappeler dans quelles conditions ce livre est écrit. Son auteur cherche à convaincre les États-Unis de se construire une flotte de guerre : c’est un plaidoyer autant qu’une analyse.
C’est cette objection qui distingue une copie qui cite d’une copie qui pense. Convoquez la thèse, montrez ce qu’elle explique, puis dites où elle s’arrête : le correcteur voit alors un élève qui a lu, et non un élève qui a retenu un nom.
Les citations de Mahan, vérifiées
Chaque citation est donnée avec son amorce, c’est-à-dire la phrase qui la relie au sujet. Sans elle, la citation reste un ornement, et le correcteur le sanctionne.
The first and most obvious light in which the sea presents itself from the political and social point of view is that of a great highway; or better, perhaps, of a wide common, over which men may pass in all directions, but on which some well-worn paths show that controlling reasons have led them to choose certain lines of travel rather than others.
Alfred Thayer Mahan, The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783, 1890, première phrase du chapitre premier
Deux idées tiennent dans cette phrase, et elles commandent tout le thème. La mer est un espace que personne ne possède. Mais on n’y circule pas n’importe où : des routes s’y sont imposées, et qui tient leurs passages resserrés tient le commerce des autres. C’est cette seconde idée qui fait entrer les détroits et les canaux dans un devoir sur la puissance.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Le livre est écrit pour convaincre les États-Unis de se doter d’une flotte de guerre : c’est un plaidoyer autant qu’une analyse, et on le cite en le disant. Quatorze ans plus tard, en 1904, Mackinder soutiendra exactement l’inverse.
Those far distant, storm-beaten ships, upon which the Grand Army never looked, stood between it and the dominion of the world.
Alfred Thayer Mahan, The Influence of Sea Power upon the French Revolution and Empire, 1793-1812, 1892
Mahan parle du blocus des ports français par la marine britannique, que la Grande Armée n’a jamais aperçue et qui l’a pourtant arrêtée. La formule sert dès qu’il faut expliquer qu’une force navale agit sans combattre, par sa seule présence prolongée. C’est le raisonnement que la dissuasion sous-marine reprendra un siècle et demi plus tard.
Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Elle n’est pas tirée du livre de 1890, le plus connu, mais de la suite publiée en 1892 sur la Révolution et l’Empire. Donnez le bon titre, ou ne donnez que l’auteur et l’idée : une source fausse abîme une citation juste.
Les notions rattachées à Mahan
Ces notions du lexique sont celles que la thèse met en jeu. Les employer sans savoir les définir revient à citer un auteur sans l’avoir lu, et cela se voit dès l’introduction.
- Sea power Ensemble formé par une marine de guerre, une flotte de commerce, des ports et des bases, dont la réunion assure à un État la maîtrise des routes océaniques et la prospérité qui en découle.
- Thalassocratie État dont la prééminence repose sur la maîtrise des mers, de leurs routes et de leurs escales, bien plus que sur l’étendue de son domaine continental.
- Maritimisation Poids croissant des mers et des océans dans les échanges, l’approvisionnement et les stratégies des États, à mesure que la production se disperse à travers le monde.
- Projection de puissance Aptitude d’une armée à porter rapidement des forces loin de son territoire national, à les y maintenir et à les ravitailler aussi longtemps qu’il le faut.
- Puissance Capacité d’un État à imposer sa volonté aux autres, à résister à la leur et à peser sur le cours des affaires du monde.
Où placer cette référence dans le programme
Un auteur ne se place pas partout. Voici les jalons du programme où la référence est attendue, avec ce que chacun sert à démontrer.
| Thème | Jalon | Ce que le jalon sert à démontrer |
|---|---|---|
| Espaces de conquête | Affirmer sa puissance à partir des mers et des océans : la dissuasion nucléaire et les forces de projection maritimes. | Montrer que l’océan offre à un État la discrétion qui rend sa force crédible et la mobilité qui lui permet d’agir loin de ses côtes. |
| Espaces de conquête | Des enjeux économiques et géopolitiques considérables pour la Chine et le reste du monde. | Mesurer ce que cette stratégie apporte en ressources, en débouchés et en sécurité des approvisionnements, et ce qu’elle suscite comme réactions chez les autres États. |
Qui écrit, et à quelle époque
Officier de marine et stratège américain, 1840-1914.
Cette ligne sert à situer, pas à être recopiée. Ce qu’un correcteur attend d’une référence, ce n’est pas une date de naissance : c’est la thèse, et ce qu’elle démontre du sujet posé.
Questions fréquentes
Que dit Alfred Thayer Mahan ?
La puissance d’un État se décide en mer. Qui tient les routes océaniques tient le commerce, qui tient le commerce accumule la richesse, et la richesse paie la force militaire. La maîtrise des mers n’est donc pas un complément de la puissance terrestre : elle en est le fondement.
Que peut-on opposer à Mahan ?
Mackinder soutient l’inverse quatorze ans plus tard, en 1904 : le chemin de fer et l’industrie rendent la masse continentale eurasiatique plus décisive que l’océan. Il faut de plus se rappeler dans quelles conditions ce livre est écrit. Son auteur cherche à convaincre les États-Unis de se construire une flotte de guerre : c’est un plaidoyer autant qu’une analyse.
Dans quel thème de HGGSP citer Mahan ?
La référence sert dans les thèmes espaces de conquête, puissances internationales. Elle y est attendue sur 2 jalons du programme.
Quelle citation de Mahan retenir ?
« The first and most obvious light in which the sea presents itself from the political and social point of view is that of a great highway; or better, perhaps, of a wide common, over which men may pass in all directions, but on which some well-worn paths show that controlling reasons have led them to choose certain lines of travel rather than others. » Deux idées tiennent dans cette phrase, et elles commandent tout le thème. La mer est un espace que personne ne possède. Mais on n’y circule pas n’importe où : des routes s’y sont imposées, et qui tient leurs passages resserrés tient le commerce des autres. C’est cette seconde idée qui fait entrer les détroits et les canaux dans un devoir sur la puissance.
Pour aller plus loin
- Tous les auteurs de HGGSP Leur thèse en une phrase, thème par thème.
- Les citations du thème espaces de conquête Rangées par usage, chacune avec son amorce.
- Le lexique du thème espaces de conquête Les notions du thème, définies pour être employées en copie.