Aller au contenu
HGGSP Révision

Que dit Raymond Aron ? Sa thèse, ses citations, ce qu’on lui oppose

Ce que soutient Raymond Aron, en une phrase, puis ce que cette thèse permet de démontrer dans une copie et ce qu’on lui oppose. 2 citations vérifiées, chacune avec l’amorce qui la relie au sujet.

Sa thèse

La puissance est une relation, non une propriété : elle est la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités. Elle ne se lit donc jamais dans un inventaire de moyens, mais dans le rapport qui s’établit avec ceux qu’un État prétend faire céder.

Elle est développée dans Paix et guerre entre les nations (1962).

Ce que cette thèse permet de démontrer

Une référence ne vaut que par ce qu’elle fait avancer dans un paragraphe. Voici les démonstrations que celle-ci autorise, et qu’une copie peut conduire jusqu’au bout.

  • Ouvrir une introduction en donnant au mot du sujet une définition d’auteur plutôt qu’une définition de dictionnaire.
  • Justifier qu’on situe un État par rapport aux autres et non dans l’absolu : un recul est d’abord un recul relatif.
  • Rappeler que la scène internationale n’a pas d’arbitre au dessus des États, ce qui explique que chacun y compte d’abord sur ses propres moyens.
  • Relier les deux moitiés du thème plutôt que de les traiter l’une après l’autre : faire la guerre et faire la paix relèvent d’un même calcul d’État.
  • Corriger la lecture courante de Clausewitz, souvent réduit à un théoricien de la violence sans frein.
  • Situer l’école réaliste, pour laquelle l’État et la représentation que ses dirigeants se font de leurs intérêts restent la clef d’analyse des relations internationales.

Ce qu’on lui oppose

Le cadre reste centré sur les États. Il rend mal compte des acteurs privés, entreprises et réseaux, dont l’axe 2 montre qu’ils pèsent aujourd’hui sur des décisions que les États croyaient tenir seuls.

C’est cette objection qui distingue une copie qui cite d’une copie qui pense. Convoquez la thèse, montrez ce qu’elle explique, puis dites où elle s’arrête : le correcteur voit alors un élève qui a lu, et non un élève qui a retenu un nom.

Les citations de Aron, vérifiées

Chaque citation est donnée avec son amorce, c’est-à-dire la phrase qui la relie au sujet. Sans elle, la citation reste un ornement, et le correcteur le sanctionne.

J’appelle puissance sur la scène internationale la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités.

Raymond Aron, Paix et guerre entre les nations, 1962

Cette définition déplace le regard, et c’est pour cela qu’elle est utile. Elle ne demande pas ce qu’un État possède, mais ce qu’il obtient des autres. Un sujet sur les dynamiques des puissances se traite donc en comparant des trajectoires et des rapports de force, jamais en dressant l’inventaire des moyens d’un seul État.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Aron parle d’unités politiques, donc d’États. Ne vous servez pas de sa définition pour qualifier de puissance une entreprise du numérique : le programme réserve le mot aux États et à la scène internationale.

Paix impossible, guerre improbable

Raymond Aron, Le Grand Schisme, 1948, titre du premier chapitre

Aron nomme ainsi la situation ouverte après 1945 : deux camps qui ne peuvent ni s’entendre ni s’affronter directement. La formule pose qu’entre la guerre et la paix il existe des états intermédiaires, et c’est exactement ce que le thème passe son temps à examiner.

Ce qu’il ne faut pas lui faire dire : Elle décrit un moment daté, le début de la guerre froide. L’appliquer aux conflits actuels oblige à dire ce qui a changé, à commencer par le fait que les belligérants ne sont plus deux blocs d’États.

Les notions rattachées à Aron

Ces notions du lexique sont celles que la thèse met en jeu. Les employer sans savoir les définir revient à citer un auteur sans l’avoir lu, et cela se voit dès l’introduction.

  • Puissance Capacité d’un État à imposer sa volonté aux autres, à résister à la leur et à peser sur le cours des affaires du monde.
  • Souveraineté Caractère d’un État qui détient sur son territoire le pouvoir suprême, ne relève d’aucune autorité extérieure et se voit reconnu comme tel par les autres États.
  • Équilibre des puissances Situation dans laquelle plusieurs États de force comparable se surveillent et s’allient au besoin, de sorte qu’aucun ne parvienne à dominer les autres.
  • Hard power Capacité d’un État à obtenir ce qu’il veut par la contrainte, en employant la force armée, la menace ou la pression sur les échanges.
  • Guerre Affrontement armé, organisé et durable, entre des groupes politiques constitués, conduit par la violence collective en vue d’un but politique.
  • Paix Situation dans laquelle les armes se taisent durablement entre des groupes politiques, et où leurs différends se règlent par la négociation et par le droit.
  • Diplomatie Conduite des relations entre États par la représentation permanente, la négociation et les traités, plutôt que par la force.
  • État Groupement humain fixé sur un sol délimité et soumis à une autorité politique qui détient seule la contrainte légitime et se fait reconnaître par ses pairs.

Où placer cette référence dans le programme

Un auteur ne se place pas partout. Voici les jalons du programme où la référence est attendue, avec ce que chacun sert à démontrer.

ThèmeJalonCe que le jalon sert à démontrer
Puissances internationalesLes caractéristiques de la puissance à l’échelle internationale aujourd’hui.Fixer le sens que le thème donne au mot, à l’échelle des États et de la scène internationale, avant d’en étudier les dynamiques.
Puissances internationalesIdentification des fondements et des manifestations de la puissance à l’échelle internationale dans les champs diplomatique (y compris au sein des institutions internationales), militaire (défense du territoire, capacité de projection…), culturel, économique et financier, en prenant appui sur des exemples contemporains.Montrer qu’une puissance se lit dans plusieurs champs à la fois, et qu’aucun d’eux ne suffit seul à la caractériser.
Puissances internationalesUnilatéralisme et multilatéralisme : un débat internationalFaire comprendre qu’un État de premier rang peut agir seul ou passer par les institutions communes, et que ce choix est lui-même discuté.
Guerre et paixEssai d’une typologie : nature des conflits, acteurs et modes de résolutionSe donner une grille de lecture qui relie la nature d’un conflit, les acteurs engagés et la façon dont on peut y mettre fin.
Guerre et paixLa guerre, « continuation de la politique par d’autres moyens » (Clausewitz) : de la guerre de Sept Ans aux guerres napoléoniennesÉtablir que la guerre a été pensée comme un instrument que l’État emploie pour atteindre un objectif extérieur, et qu’elle se comprend donc à partir de cet objectif.
Guerre et paixFaire la paix par les traités : les traités de Westphalie (1648)Montrer qu’une paix négociée entre souverains ne se contente pas d’arrêter la guerre : elle fixe un ordre entre États, au terme de négociations longues et menées pendant que les combats continuent.

Qui écrit, et à quelle époque

Philosophe et sociologue français, 1905-1983.

Cette ligne sert à situer, pas à être recopiée. Ce qu’un correcteur attend d’une référence, ce n’est pas une date de naissance : c’est la thèse, et ce qu’elle démontre du sujet posé.

Questions fréquentes

Que dit Raymond Aron ?

La puissance est une relation, non une propriété : elle est la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités. Elle ne se lit donc jamais dans un inventaire de moyens, mais dans le rapport qui s’établit avec ceux qu’un État prétend faire céder.

Que peut-on opposer à Aron ?

Le cadre reste centré sur les États. Il rend mal compte des acteurs privés, entreprises et réseaux, dont l’axe 2 montre qu’ils pèsent aujourd’hui sur des décisions que les États croyaient tenir seuls.

Dans quel thème de HGGSP citer Aron ?

La référence sert dans les thèmes puissances internationales, guerre et paix. Elle y est attendue sur 6 jalons du programme.

Quelle citation de Aron retenir ?

« J’appelle puissance sur la scène internationale la capacité d’une unité politique d’imposer sa volonté aux autres unités. » Cette définition déplace le regard, et c’est pour cela qu’elle est utile. Elle ne demande pas ce qu’un État possède, mais ce qu’il obtient des autres. Un sujet sur les dynamiques des puissances se traite donc en comparant des trajectoires et des rapports de force, jamais en dressant l’inventaire des moyens d’un seul État.

Pour aller plus loin