L’étude critique de documents, l’exercice que l’on ne choisit pas
La dissertation vous laisse choisir entre deux sujets. L’étude critique ne vous laisse rien choisir : un sujet, un thème imposé, dix points. Voici ce que « critique » demande, et comment interroger un document au lieu de le raconter.
Un exercice imposé, dix points sur vingt
L’épreuve écrite dure quatre heures et pèse un coefficient 16. Elle comporte deux exercices notés dix points chacun. Vous traitez les deux.
La dissertation propose deux sujets, vous en prenez un. L’étude critique n’en propose qu’un, et il porte sur un thème différent de ceux des deux sujets de dissertation. Un sujet mobilise donc trois thèmes.
Depuis la session 2026, ces thèmes sont pris dans les quatre que la rotation annuelle rend évaluables : voir les thèmes évaluables à l’écrit.
Le sujet réunit un ou deux documents et une consigne, le plus souvent sous un titre. Des notes peuvent éclairer un mot.
En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que la protection de l’environnement par la puissance publique est en relation avec les représentations que les sociétés se font de la « nature ».
Consigne d’une étude critique, métropole, session 2022
La consigne énumère le travail : analyser, mobiliser des connaissances, confronter.
Ce que « critique » veut dire, et ce qu’il ne veut pas dire
Critiquer un document, ce n’est pas le dénigrer, ni juger son auteur, ni décider s’il a raison. Critiquer, c’est situer : d’où il vient, qui parle, quand, devant qui.
Puis mesurer ce qu’il permet d’établir, et ce qu’il ne permet pas.
La paraphrase, l’erreur numéro un
Paraphraser, c’est redire le document avec d’autres mots, en suivant son ordre. Le correcteur lit alors un résumé, et un résumé rapporte peu.
Le test : relisez un paragraphe et demandez-vous ce qu’il ajoute au document. Si la réponse est rien, vous paraphrasez.
| Vous paraphrasez | Vous analysez |
|---|---|
| Vous suivez l’ordre du document. | Vous suivez celui de votre démonstration. |
| Vous écrivez « le document dit que ». | Vous écrivez ce qu’il permet d’établir. |
| Vous recopiez une longue phrase. | Vous citez trois ou quatre mots. |
| Vos connaissances arrivent à la fin, en bloc. | Elles situent et nuancent au fil du texte. |
Interroger la nature, l’auteur, la date et le point de vue
La ligne qui présente le document contient déjà la moitié de l’analyse.
| Ce que vous regardez | Ce que vous en tirez |
|---|---|
| La nature | Un discours veut convaincre, une recherche établir, une carte représenter des choix. |
| L’auteur | Sa fonction dit au nom de quoi il parle : un chef d’État engage son pays. |
| La date | Date de production et période représentée sont distinctes. |
| Le point de vue | Ce qu’il met en avant, ce qu’il tait, le public visé. |
Trois sujets réels, et ce qu’ils appellent
Trois sujets de sessions passées, tirés des annales du site.
Un discours d’António Guterres, secrétaire général des Nations unies, au Forum économique mondial de Davos, le 18 janvier 2023 (métropole, session 2024). Un discours vise un auditoire choisi : il n’établit pas un fait.
Un article de l’historien Gilles Ferragu sur les formes contemporaines de la guerre, et un tableau de Francisco de Goya peint en 1814, qui représente une scène de 1808 (Asie, session 2024). Le tableau ne montre pas l’événement : il en donne une représentation postérieure.
La préface d’un rapport d’experts sur la pollution remis à la Maison-Blanche le 5 novembre 1965, et un graphique tiré d’un site de données (métropole, session 2026). La date du rapport fixe sa limite. Le graphique se lit aussi : que mesure-t-il, sur quelle période ?
Ce que le document ne dit pas
Un document ne se suffit jamais. Vos connaissances servent à trois choses.
- Contextualiser. Replacer le document dans son moment, nommer les acteurs.
- Compléter. Apporter ce qu’il tait, ou ce qu’il ne pouvait pas savoir.
- Nuancer. Indiquer ce que d’autres travaux établissent.
Ces apports s’insèrent dans l’analyse. Un morceau de cours recopié à la fin ne compte pas.
Une limite ne se signale pas en fin de copie par « ce document est subjectif ». Elle se montre là où elle joue.
Confronter, puis répondre à la consigne
Confronter n’est pas traiter le document 1, puis le document 2. C’est les faire dialoguer : où se rejoignent-ils, où divergent-ils, et pourquoi. L’écart est souvent le cœur du sujet.
Votre copie est une réponse organisée, pas un commentaire ligne à ligne. Introduction, parties, conclusion : le plan sort de la consigne, jamais de l’ordre du document.
Un schéma peut accompagner votre réponse. Il est facultatif : il valorise la note, son absence ne pénalise pas. Voir la production graphique.
Questions fréquentes
Peut-on choisir entre la dissertation et l’étude critique ?
Non. Les deux exercices sont à traiter, et ils valent dix points chacun. Le choix ne porte que sur les deux sujets de dissertation.
Comment ne pas paraphraser dans une étude critique ?
Suivez l’ordre de votre démonstration, pas celui du document. Citez trois ou quatre mots pour appuyer une idée, jamais une phrase entière.
Faut-il une introduction et une conclusion à l’étude critique ?
Oui. La consigne attend une réponse organisée, pas une suite de remarques. L’introduction présente les documents et la question, la conclusion répond.
Sur quel thème porte l’étude critique ?
Sur un thème qui n’est celui d’aucun des deux sujets de dissertation, et qui figure parmi les thèmes évaluables de la session. Toute impasse est donc risquée.
Que faire quand le sujet ne comporte qu’un seul document ?
C’est fréquent : sur les 111 études critiques des sessions 2021 à 2026, 33 ne portaient qu’un document. La méthode ne change pas, sauf qu’il n’y a rien à confronter.
Pour aller plus loin
- La dissertation L’autre exercice, celui où vous choisissez entre deux sujets.
- Ce que cherche le correcteur Ce qui distingue une copie moyenne d’une bonne copie.
- Gérer les quatre heures Deux exercices de dix points, un seul temps à partager.
- La production graphique Le croquis et le schéma : facultatifs, mais ils valorisent la note.
- Les annales par thème Les sujets tombés lors des sessions passées.
- Les thèmes évaluables à l’écrit