Qu’est-ce que la géopolitique ?
Le mot est dans le nom de la spécialité, et presque personne ne sait ce qu’il recouvre en arrivant en première. Voici ce que la géopolitique étudie, et ce que cela change au moment de rédiger.
Une définition qui tient en une phrase
La géopolitique étudie les rivalités de pouvoir sur des territoires. Trois mots portent la phrase, et il faut les prendre un par un.
- Rivalités. Plusieurs acteurs, qui ne veulent pas la même chose. Sans désaccord, il n’y a pas de question géopolitique.
- Pouvoir. Ce que chacun cherche : la capacité de décider, d’interdire, de contraindre ou d’influencer.
- Territoires. La rivalité porte sur un espace, ou passe par lui : une île, une frontière, une route maritime, un sous-sol, et aujourd’hui une orbite ou un câble posé au fond de la mer.
Une querelle sans espace n’est donc pas de la géopolitique, et un espace sans querelle non plus. C’est le croisement des deux qui fait l’objet.
Le mot, longtemps suspect en France parce qu’il avait servi à justifier des conquêtes, est revenu dans les années 1970 avec le géographe Yves Lacoste.
La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre.
Yves Lacoste, titre d’un ouvrage paru en 1976
Décrire un espace n’est jamais innocent : celui qui le décrit s’en sert.
Ce qui la sépare des disciplines voisines
Trois disciplines lui ressemblent, et la confusion coûte cher dans une copie.
| Ce qu’elle cherche | Une question typique | |
|---|---|---|
| Géographie | Décrire et expliquer l’organisation d’un espace | Comment la population se répartit-elle dans l’Arctique ? |
| Géopolitique | Comprendre les rivalités dont un espace est l’enjeu | Pourquoi plusieurs États revendiquent-ils le même fond marin ? |
| Relations internationales | Analyser les rapports entre États et organisations | Comment se négocie un traité de désarmement ? |
| Géostratégie | Penser l’usage militaire d’un espace | Où placer une base pour contrôler un détroit ? |
La géopolitique emprunte à la géographie ses cartes et ses échelles, puis ajoute une question que la description seule ne pose pas : qui veut quoi, et contre qui.
Les relations internationales comptent plus d’acteurs et moins de terrain : on peut y étudier une négociation sans jamais parler d’un lieu. La géopolitique ramène au sol.
La géostratégie est la plus étroite : elle raisonne en moyens militaires et en objectifs. La géopolitique l’englobe, mais compte aussi l’économie, le droit et la mémoire.
Les quatre entrées du raisonnement
Un géopoliticien ne raconte pas : il démonte la situation en quatre morceaux, toujours les mêmes.
- Les acteurs. Qui joue ? Des États, mais aussi des organisations internationales, des entreprises, des groupes armés, des diasporas, des régions. Beaucoup de copies se contentent des « pays ».
- Les territoires. Où cela se joue-t-il, et à quelle échelle ? Un même conflit ne se lit pas de la même façon depuis un quartier, un État ou le monde.
- Les représentations. Comment chacun se raconte-t-il cet espace ? Un même territoire est un berceau pour les uns, une ressource pour les autres, une menace pour un troisième. Ces images ne sont pas des erreurs à corriger : elles commandent les décisions.
- Les rapports de force. Avec quels moyens ? Une armée, de l’argent, de l’énergie, un traité, une alliance, une chaîne d’information. Cela ne se compte pas qu’en soldats.
Les grandes questions qu’elle pose
Les sujets changent, les questions de fond reviennent.
- À qui appartient un espace, et qui a le pouvoir de le dire ?
- De quoi la puissance est-elle faite, quand elle n’est plus seulement militaire ?
- Pourquoi certains conflits durent-ils alors que leur prolongation ne sert visiblement personne ?
- Ce qui ne se touche pas peut-il être un territoire ? La question vaut pour l’espace, les grands fonds et le cyberespace.
Aucune n’a de réponse unique, et c’est pour cela qu’elles font de bons sujets de dissertation.
Un exemple mené jusqu’au plan
Prenons l’Arctique, que le programme de terminale aborde parmi les espaces convoités, et appliquons les quatre entrées.
- Acteurs : les États riverains, les peuples autochtones, des compagnies minières et maritimes, des États lointains qui souhaitent y peser.
- Territoires : des zones maritimes dont la délimitation est discutée, des routes qui s’ouvrent quand la glace recule, un sous-sol marin revendiqué devant des instances internationales.
- Représentations : pour les uns une réserve de ressources, pour d’autres un sanctuaire, pour ceux qui y habitent un lieu de vie.
- Rapports de force : des moyens navals, des dossiers scientifiques déposés à l’appui d’une revendication, des investissements, des enceintes régionales.
Le plan sort presque seul : un espace tenu à l’écart devenu accessible, des revendications qui s’affrontent par le droit autant que par la force.
Ce que cela change dans une copie de HGGSP
L’écart entre une copie moyenne et une bonne copie tient à l’usage des connaissances, pas à leur nombre.
- Nommez les acteurs. « Les pays » et « la communauté internationale » n’en sont pas.
- Datez et localisez chaque exemple : sans lieu ni date, il ne prouve rien.
- Changez d’échelle au moins une fois. Le réflexe est attendu, et son absence se voit.
- Faites une place aux représentations : un discours, une carte, un nom donné à un lieu valent un argument.
- Ne concluez pas par un jugement moral. On explique un rapport de force, on ne distribue pas les torts.
C’est en cela que la spécialité se distingue du tronc commun, dont les attendus sont décrits dans notre page sur la spécialité.
Questions fréquentes
Quelle est la définition de la géopolitique ?
C’est l’étude des rivalités de pouvoir sur des territoires. Elle suppose plusieurs acteurs en désaccord, un enjeu de pouvoir, et un espace sur lequel ce désaccord porte.
Quelle différence entre géographie et géopolitique ?
La géographie décrit et explique l’organisation d’un espace. La géopolitique part du même espace, mais cherche qui se le dispute, et avec quels moyens.
Quelle différence entre géopolitique et géostratégie ?
La géostratégie ne regarde qu’un versant : l’usage militaire de l’espace au service d’un objectif. La géopolitique l’inclut, mais compte aussi l’économie, le droit et la mémoire.
La géopolitique, est-ce que c’est de la politique ?
Non, pas au sens des opinions. On analyse des rapports de force existants, on ne défend pas un camp. Une copie qui prend parti au lieu d’expliquer est pénalisée.
Y a-t-il de la géopolitique dans tous les thèmes de HGGSP ?
Presque. Les frontières, les puissances, la guerre et la paix, les nouveaux espaces de conquête et l’environnement sont directement géopolitiques. Les autres en contiennent une part dès qu’un territoire est en jeu.
Pour aller plus loin
- Qu’est-ce que la science politique ? l’autre mot mal compris du sigle
- La spécialité HGGSP, c’est quoi le sigle et les attendus
- Le programme de terminale les six thèmes de l’épreuve
- HGGSP et les instituts d’études politiques