Qu’est-ce que la science politique ?
C’est la moins connue des disciplines du sigle, et la plus mal comprise. Beaucoup d’élèves croient qu’il s’agit de débattre. Il s’agit de l’inverse : prendre le pouvoir comme objet d’étude, et l’examiner froidement.
Une discipline qui prend le pouvoir pour objet
La science politique étudie le pouvoir : comment il s’obtient, comment il s’exerce, comment il se conteste, et pourquoi ceux qui y sont soumis l’acceptent ou non.
Elle regarde donc les institutions (parlement, gouvernement, constitution, administration), les organisations qui les entourent (partis, syndicats, associations, médias) et les comportements des citoyens : voter, s’abstenir, manifester, se taire.
Le mot « science » n’est pas décoratif : on pose une question, on rassemble des matériaux, on compare, et on accepte que le résultat contredise ce qu’on croyait.
Un détail de vocabulaire : le nom officiel de la spécialité écrit « sciences politiques » au pluriel, alors que la discipline universitaire s’appelle plutôt « la science politique », au singulier. Les deux formes désignent ici la même chose.
Analyser n’est pas donner son avis
C’est la distinction décisive, et celle qui coûte le plus de points. Une opinion dit ce qui devrait être. Une analyse dit ce qui est, et pourquoi.
| Donner son avis | Faire de la science politique |
|---|---|
| « Ce mode de scrutin est injuste. » | « Ce mode de scrutin favorise les grandes formations. Voici par quel mécanisme. » |
| « Les gens ne s’intéressent plus à rien. » | « La participation varie selon l’âge et le diplôme. Voici ce que montrent les enquêtes. » |
| « Ce gouvernement a eu tort. » | « Cette décision a été prise sous telles contraintes, et voici ses effets observés. » |
La colonne de gauche n’est pas interdite dans la vie : chacun pense ce qu’il veut, et ce droit ne se discute pas. Elle est simplement hors sujet dans une copie.
Ses objets principaux
- L’État. Qu’est-ce qui le distingue d’une autre organisation ? Une réponse classique, due au sociologue Max Weber, retient qu’il revendique avec succès le monopole de la violence physique légitime sur un territoire donné.
- La légitimité. Pourquoi obéit-on ? Weber distingue trois fondements de l’obéissance : la tradition, le charisme d’un individu, et la règle établie à l’avance.
- La démocratie. Le mot recouvre des régimes très différents : on y sépare démocratie directe et représentative, et on y observe des avancées comme des reculs.
- Le vote. Qui vote, qui s’abstient, et comment un mode de scrutin transforme des voix en sièges : deux systèmes appliqués aux mêmes bulletins donnent des assemblées différentes.
- Les partis et les groupes organisés. Comment ils recrutent, sélectionnent des candidats, et tiennent quand leurs membres ne sont pas d’accord.
- L’opinion publique. Ce qu’un sondage mesure, ce qu’il ne mesure pas, et comment la question posée oriente la réponse obtenue.
Comment elle travaille
Une discipline se reconnaît à ses méthodes autant qu’à ses objets.
- La comparaison. Mettre deux régimes, deux scrutins, deux périodes côte à côte pour faire apparaître ce qu’un cas isolé ne montre pas.
- L’enquête chiffrée. Résultats électoraux, sondages, recensements. On y apprend surtout à lire une méthodologie avant de lire un pourcentage.
- L’entretien et l’observation. Aller voir comment une décision se prend, et ce que les acteurs disent de leur propre rôle.
- Le travail sur les textes. Constitutions, lois, discours, archives : on analyse ce qui est écrit, mais aussi ce qui est tu.
Vous ne mènerez pas d’enquête au lycée. On attend en revanche que vous sachiez ce qui se cache derrière un document : qui l’a produit, pour quel public, avec quel intérêt. C’est ce que demande l’étude critique de document.
Sa place réelle dans le programme
Soyons précis : le nom de la spécialité laisse croire à un tiers du programme, et ce n’est pas le cas.
La science politique occupe surtout le thème de première consacré à la démocratie, où elle fournit l’essentiel des notions : régime politique, représentation, souveraineté, participation, fragilité des démocraties. C’est le seul thème qui lui soit centralement dédié. Notre page sur ce thème en détaille le contenu.
Ailleurs, elle est diffuse mais constante. Le thème sur les relations entre États et religions en relève de bout en bout ; celui sur l’information traite de l’opinion publique ; celui sur la guerre et la paix mobilise la souveraineté et les organisations internationales.
Peu de chapitres portent son nom, mais son vocabulaire sert partout : c’est une boîte à outils avant d’être une matière.
Ce qu’un élève doit en retenir
- Le pouvoir est un objet d’étude comme un autre. On peut l’examiner sans le juger, et c’est ce qu’on vous demande.
- Le vocabulaire est technique et doit être employé juste : un régime n’est pas un gouvernement, la légitimité n’est pas la légalité.
- Un fait a besoin d’une source, et une source d’être située : d’où vient ce chiffre, qui l’a produit, comment.
- Une position adverse se présente sous sa forme la plus solide. Une copie qui caricature ce qu’elle réfute perd sur le fond.
- Le doute est un résultat acceptable. Écrire que la question reste ouverte, en expliquant pourquoi, vaut mieux qu’une conclusion tranchée sans preuve.
Si ces cinq points vous paraissent naturels, la spécialité vous ira. Ce sont aussi les attentes des formations qui recrutent des élèves de HGGSP, à commencer par les instituts d’études politiques et les études de droit.
Questions fréquentes
La science politique, c’est quoi exactement ?
C’est l’étude du pouvoir : les institutions qui l’exercent, les organisations qui le disputent, les comportements de ceux qui y sont soumis. Elle décrit et explique, elle ne dit pas ce qui serait souhaitable.
Quelle différence entre la politique et la science politique ?
Faire de la politique, c’est agir et défendre une position. Faire de la science politique, c’est prendre cette activité comme objet et l’analyser. On peut étudier un courant dont on ne partage rien.
Faut-il avoir des opinions politiques pour réussir en HGGSP ?
Non, et elles ne sont jamais évaluées. Ce qui compte est la rigueur du raisonnement et la précision des exemples. Deux élèves en désaccord total peuvent obtenir la même note.
Où trouve-t-on la science politique dans le programme de HGGSP ?
Surtout dans le thème de première consacré à la démocratie. Ailleurs elle est diffuse : États et religions, information et opinion publique, guerre et paix.
Pourquoi dit-on « sciences politiques » au pluriel dans le nom de la spécialité ?
C’est l’intitulé officiel de la spécialité. À l’université, la discipline s’appelle plutôt « la science politique », au singulier. La différence est d’usage, pas de contenu.
Pour aller plus loin
- Qu’est-ce que la géopolitique ? l’autre discipline du sigle
- Le thème de la démocratie là où la science politique est centrale
- Le programme de première les cinq thèmes
- HGGSP et les instituts d’études politiques