Thème 3. Histoire et mémoires
Le thème le plus conceptuel du programme, et le plus souvent mal compris. Il ne demande pas de raconter le passé, mais d’étudier ce que les sociétés en font : ce dont elles se souviennent, ce qu’elles taisent, et ce qu’elles se disputent.
De quoi parle ce thème
La question centrale est celle-ci : comment une société se rapporte-t-elle à son passé, et qu’est-ce qui distingue ce rapport du travail de l’historien ?
La mémoire est un souvenir vécu, porté par des personnes et par des groupes. Elle est sélective, chargée d’émotion, et elle change avec le présent. Elle n’est pas fausse pour autant : elle est autre chose qu’un savoir.
L’histoire est une démarche. Elle collecte des sources, les critique, les confronte et se corrige. Elle prend la mémoire comme objet d’étude, non comme preuve suffisante.
La question se pose parce que le passé est un enjeu de pouvoir. Reconnaître une victime, nommer un crime, choisir une date à commémorer sont des décisions politiques. C’est ce nœud entre savoir, mémoire et justice que le thème explore.
La structure du thème
Le montage est celui de tous les thèmes de terminale.
- L’introduction pose les deux couples du thème : histoire et mémoire, histoire et justice. Elle installe le vocabulaire dont tout le reste dépend.
- L’axe 1 porte sur l’histoire et les mémoires des conflits : comment un même événement produit plusieurs récits, portés par des groupes différents.
- L’axe 2 porte sur histoire, mémoire et justice : procès, commissions, lois, et l’historien qu’on convoque parfois comme témoin.
- L’objet de travail conclusif est consacré à l’histoire et aux mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes.
Les notions à tenir
Confondre deux de ces mots suffit à faire dérailler une copie entière.
- Histoire. Une démarche de connaissance du passé, fondée sur la critique des sources.
- Mémoire. Le souvenir qu’un groupe conserve du passé vécu, chargé d’affect et tourné vers le présent.
- Mémoire collective. Un ensemble de souvenirs partagés qui définissent l’identité d’un groupe.
- Témoignage. Le récit d’un contemporain, source précieuse mais critiquable comme toute autre.
- Commémoration. La célébration organisée d’un événement, qui fixe publiquement ce dont on se souvient.
- Lieu de mémoire. Un objet, un site ou une date où une communauté reconnaît son passé.
- Devoir de mémoire. L’exigence morale de se souvenir de certains crimes, portée par les victimes.
- Occultation. La mise à l’écart durable d’un pan du passé, par gêne ou intérêt.
- Amnistie. Une mesure légale qui efface les poursuites, apaise un conflit et empêche de le juger.
- Loi mémorielle. Une loi par laquelle un État qualifie publiquement un fait du passé.
- Négationnisme. La négation d’un crime de masse établi : une falsification, non une thèse.
- Génocide. La destruction intentionnelle et organisée d’un groupe comme tel.
- Crime contre l’humanité. Une catégorie juridique visant des crimes de masse contre des civils, imprescriptible.
- Justice transitionnelle. Les dispositifs par lesquels une société traite les crimes d’un conflit passé.
Les exemples et les études de cas qu’on rencontre
Chaque cas éclaire un mécanisme : c’est le mécanisme qu’il faut retenir.
| L’exemple | Ce qu’il démontre |
|---|---|
| Les monuments aux morts de la Première Guerre mondiale | L’État et les communes organisent le souvenir dans la pierre. |
| Les mémoires françaises de la Seconde Guerre mondiale, bousculées par Robert Paxton dans les années 1970 | Un récit dominant se fissure quand la recherche le contredit. |
| Le procès de Nuremberg, en 1945 et 1946 | La justice pénale internationale naît d’une volonté de juger plutôt que de se venger. |
| Les procès Eichmann, en 1961, et Barbie, en 1987 | Un procès devient une scène de parole pour les survivants et fait naître une mémoire publique. |
| Le discours de Jacques Chirac au Vélodrome d’Hiver, en 1995 | La reconnaissance officielle modifie durablement le récit collectif. |
| La loi Gayssot, en 1990, et la loi Taubira, en 2001 | Le législateur intervient sur le passé, au risque de gêner la recherche. |
| Le film Shoah, de Claude Lanzmann, en 1985 | Le témoignage filmé est une source, une œuvre et un acte de transmission. |
| La commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud | On peut préférer la vérité publique à la punition systématique. |
| Les juridictions gacaca, après le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 | Juger un crime de masse peut supposer des formes locales. |
| Les mémoires de la guerre d’Algérie | Un même conflit produit des mémoires concurrentes, en France comme en Algérie. |
Ce qui tombe le plus souvent
Les formulations suivantes sont des entraînements plausibles, et non des sujets officiellement tombés.
- Histoire et mémoires : quelles différences, quelles relations ?
- La justice peut-elle réparer le passé ?
- Les mémoires d’un conflit peuvent-elles être réconciliées ?
- L’État doit-il intervenir dans la mémoire collective ?
- L’historien face aux mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes.
Pour l’étude critique, attendez-vous à un témoignage, à un discours officiel ou à un extrait de loi. Demandez-vous toujours si le document renseigne sur le passé ou sur la manière dont on s’en souvient.
Les erreurs classiques
- Opposer histoire vraie et mémoire fausse. La mémoire n’est pas une histoire ratée : comparez les démarches, ne hiérarchisez pas les vérités.
- Raconter l’événement au lieu de parler de ses mémoires. L’objet, c’est ce qu’on en dit, qui le dit, depuis quand.
- Parler des mémoires sans dire qui les porte. Anciens combattants, descendants, associations, État : nommez-les, sinon l’analyse reste vague.
- Traiter le négationnisme comme une opinion. C’est une falsification, sanctionnée par la loi en France, et non la révision scientifique qui est le travail de l’historien.
Comment réviser ce thème
- Tenez un tableau à trois colonnes : événement, mémoires en présence, moment où elles apparaissent. La chronologie des mémoires ne suit pas celle des faits.
- Apprenez trois procès et ce que chacun a produit. Une condamnation, une jurisprudence, une parole publique : ce sont des effets différents.
- Entraînez-vous à définir histoire et mémoire en trois phrases. Cette définition ouvre presque toutes les introductions du thème.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre histoire et mémoire ?
La mémoire est un souvenir vécu, sélectif et chargé d’émotion, porté par un groupe. L’histoire est une démarche qui critique ses sources, se corrige, et prend la mémoire comme objet d’étude.
Qu’est-ce qu’une loi mémorielle ?
C’est une loi par laquelle l’État reconnaît ou qualifie officiellement un fait du passé. Ces lois font débat, car certains historiens estiment que le législateur n’a pas à dire ce qui s’est passé.
Qu’est-ce qu’un lieu de mémoire ?
C’est un objet, un site ou même une date où un groupe reconnaît une part de son passé. Un monument, un musée ou une commémoration en sont : ce n’est pas forcément un endroit.
Pourquoi parle-t-on de mémoires au pluriel ?
Parce qu’un même événement est vécu et transmis différemment selon les groupes. Ces mémoires coexistent, se concurrencent parfois, et évoluent.
Quel est l’objet de travail conclusif du thème 3 ?
Il porte sur l’histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes. Ce cas réunit les trois dimensions du thème : la recherche, la mémoire des victimes et la justice.