Le lexique de HGGSP : histoire et mémoires
Toutes les notions du thème « Histoire et mémoires », rangées par nature et définies pour être employées en copie. 65 entrées.
À quoi sert ce vocabulaire
Comment une société confrontée à un conflit ou à un crime de masse construit-elle, en même temps, une connaissance historique, des mémoires et une réponse judiciaire ?
La précision du vocabulaire est ce qu’un correcteur vérifie en premier, et elle se joue dès l’introduction. Ces définitions sont écrites pour être recopiées telles quelles dans une introduction de dissertation.
Le thème est présenté en entier sur sa page de programme.
Notions
- Amnistie Mesure par laquelle une loi efface juridiquement des faits, interdit les poursuites qui s’y rapportent et parfois même leur évocation devant un tribunal.
- Anachronisme Faute qui consiste à juger une époque avec les catégories, les valeurs et les mots d’aujourd’hui, au lieu de la replacer dans son propre contexte.
- Archive Document produit par une administration, une entreprise ou un particulier au fil de son activité, puis conservé et classé pour pouvoir être consulté.
- Commission de vérité et réconciliation Instance non judiciaire chargée d’établir publiquement les faits d’une période de violences, d’entendre victimes et auteurs, et de proposer des mesures d’apaisement.
- Compétence universelle Faculté reconnue au juge d’un État de poursuivre certains crimes graves quel que soit le lieu où ils ont été commis et la nationalité de leurs auteurs.
- Complémentarité Principe qui réserve à une juridiction internationale les seules affaires qu’un État n’a pas la volonté ou les moyens de juger lui-même, la compétence des tribunaux nationaux demeurant la règle.
- Concurrence des mémoires Situation où plusieurs groupes réclament pour leur passé douloureux une reconnaissance publique, chacun craignant que celle accordée à un autre groupe rabaisse ou efface la sienne.
- Concurrence mémorielle Rivalité entre des groupes qui demandent chacun que la souffrance inscrite dans leur passé soit reconnue en priorité par la société et par l’État.
- Crime contre l’humanité Acte grave, tel que le meurtre, la déportation ou la réduction en esclavage, commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique visant une population civile.
- Crime contre l’humanité Meurtre, extermination, déportation, réduction en esclavage, torture ou persécution, commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique visant une population civile. Défini à Nuremberg en 1945, repris par le Statut de Rome en 1998, il est imprescriptible.
- Crime de guerre Violation grave des règles qui encadrent les conflits armés, comme le fait de viser délibérément des non-combattants ou de maltraiter des prisonniers.
- Crime de masse Catégorie descriptive employée par les chercheurs pour désigner une violence organisée, exercée à très grande échelle sur des populations civiles, avant toute qualification par un juge.
- Critique des sources Examen méthodique d’un document : sa nature, son auteur, sa date, les intentions qui l’ont fait naître, et ce qu’il ne permet pas d’établir.
- Devoir de mémoire Obligation morale, portée par des associations puis reprise par des États, de se souvenir des victimes d’un crime de masse et de transmettre ce qui leur est arrivé.
- Droit des gens Ensemble des règles que les nations souveraines reconnaissent comme s’imposant dans leurs rapports mutuels, en particulier à la guerre, avant que l’expression ne cède la place au vocabulaire juridique international moderne.
- Génocide Ensemble d’actes commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel.
- Guerre des mémoires Affrontement public entre des groupes, des partis et des États qui défendent des récits inconciliables du même passé, et qui portent le débat sur le terrain politique, législatif et médiatique plutôt que sur celui de la recherche.
- Histoire Récit du passé établi par une enquête méthodique, à partir de sources critiquées et datées, et soumis à la discussion des chercheurs.
- Histoire du temps présent Champ de recherche portant sur la période la plus récente, celle dont des acteurs sont encore vivants et dont les fonds d’archives commencent seulement à s’ouvrir.
- Historiographie Étude de la façon dont le passé a été écrit : par quels auteurs, à quelles époques, avec quelles questions, quelles sources et quels désaccords.
- Identité nationale Sentiment d’appartenance commune à un même peuple, entretenu par une langue, une histoire enseignée, des monuments et des célébrations partagés.
- Imprescriptibilité Caractère de certaines infractions qui peuvent être poursuivies et jugées sans limite de délai, le passage du temps n’éteignant pas l’action publique.
- Impunité Situation dans laquelle l’auteur d’un crime échappe à toute poursuite et à toute peine, soit parce que le droit y fait obstacle, soit parce que la volonté politique ou les moyens judiciaires manquent.
- Jurisprudence Ensemble des décisions rendues par les tribunaux, qui précisent le sens des textes et servent de référence aux juges appelés à trancher des affaires semblables.
- Justice Institution qui établit des faits selon des règles de preuve, applique la loi et rend une décision qui tranche ; par extension, ce qu’une société estime dû aux victimes, et qui déborde largement la salle d’audience.
- Justice pénale internationale Ensemble des juridictions créées par la communauté des États pour poursuivre les individus responsables des crimes les plus graves, lorsque les tribunaux nationaux ne le font pas.
- Justice restaurative Manière de traiter une infraction qui cherche d’abord la reconnaissance du tort causé, la réparation du dommage et le rétablissement du lien entre l’auteur et la victime.
- Justice transitionnelle Ensemble des mesures, procès, commissions d’enquête, réparations et réformes, qu’une société adopte pour solder les violences d’un régime ou d’un conflit une fois celui-ci terminé.
- Loi mémorielle Texte voté par un parlement qui qualifie officiellement un fait du passé, en reconnaît les victimes ou en interdit publiquement la contestation.
- Lois mémorielles Ensemble de textes votés par le Parlement français depuis 1990, qui qualifient officiellement des faits du passé, en reconnaissent les victimes ou en interdisent la contestation publique, et dont la légitimité a été discutée par les historiens.
- Mémoire Rapport vécu et sélectif qu’un individu ou un groupe entretient avec son passé, chargé d’émotion, et qui se transforme selon les besoins du présent.
- Militarisme Doctrine et pratique qui donnent à l’armée, à ses chefs et à ses valeurs une place prépondérante dans l’État et dans la société, et qui font de la préparation à la guerre un ressort ordinaire de la politique.
- Nationalisme Doctrine politique qui érige la nation en valeur suprême et subordonne tout le reste à son unité, à sa grandeur et à son indépendance, quitte à écarter ceux qu’elle juge étrangers à elle.
- Négationnisme Contestation systématique de la réalité d’un crime de masse pourtant établi par la recherche et par la justice, qui relève de l’idéologie et non du débat savant.
- Oubli Effacement, involontaire ou organisé, d’un fait du passé dans la conscience d’un groupe, que le silence des institutions peut entretenir durablement.
- Politique mémorielle Ensemble des décisions par lesquelles un État choisit ce qui sera commémoré, enseigné, réparé ou officiellement reconnu de son histoire.
- Reconnaissance Acte public par lequel une autorité admet la réalité d’un fait du passé, en désigne les responsables et confère aux personnes qui l’ont subi leur qualité de victimes.
- Réparation Ce qu’un État ou un condamné doit aux victimes pour compenser le dommage subi : indemnité, restitution de biens, excuses publiques ou mesures de souvenir.
- Responsabilité Fait de devoir répondre d’un acte devant un juge, devant l’opinion ou devant l’histoire, ce qui fonde une obligation de réparer, une peine ou un blâme, et suppose que l’on ait pu agir autrement.
- Responsabilité pénale individuelle Règle selon laquelle une personne physique répond devant un juge des actes qu’elle a commis ou ordonnés, sans pouvoir s’abriter derrière l’ordre reçu ni derrière l’État au nom duquel elle a agi.
- Révisionnisme Réexamen d’une interprétation admise du passé selon les règles de la recherche ; le mot sert aussi, dans un usage polémique, à désigner la négation d’un crime de masse.
- Roman national Récit continu et valorisant du passé d’un pays, enseigné pour souder ses habitants, qui retient les épisodes glorieux et écarte ce qui divise.
- Shoah Mot hébreu signifiant catastrophe, employé pour désigner l’extermination des Juifs d’Europe organisée par le régime nazi et ses complices.
- Source historique Toute trace laissée par le passé, écrite, orale, matérielle ou visuelle, à partir de laquelle une connaissance de ce passé peut être établie.
- Témoignage Récit que fait une personne de ce qu’elle a vécu ou vu, et que le chercheur traite comme une source, avec ses apports et ses limites.
- Travail de mémoire Démarche par laquelle une société revient sur un passé douloureux pour le comprendre et l’assumer, au lieu de s’en tenir à une injonction à se souvenir.
Acteurs
- Association mémorielle Groupement de victimes, de descendants ou de militants qui réclame la reconnaissance publique d’un fait du passé, en entretient le souvenir et intervient dans le débat.
- Historien Chercheur qui établit des faits du passé à partir de documents qu’il critique, les met en récit, et soumet ses conclusions au jugement de ses pairs.
- Témoin Personne qui a vécu ou vu un événement et qui en rend compte, devant un tribunal, une caméra ou un chercheur, à partir de ce qu’elle a gardé en mémoire.
Processuss
- Commémoration Cérémonie publique et répétée par laquelle une collectivité rappelle un événement de son passé et affirme le sens qu’elle veut lui donner.
- Déportation Transfert forcé et organisé de populations hors de leur lieu de vie, vers des camps ou des territoires éloignés, décidé par une autorité qui les tient pour indésirables.
- Instrumentalisation du passé Usage d’un événement ancien à des fins politiques immédiates, qui retient ce qui sert une cause et laisse de côté ce qui la dérange.
- Mémorialisation Processus par lequel un événement se fixe dans des monuments, des musées, des plaques et des sites aménagés pour être vus et visités.
- Réconciliation Processus par lequel des groupes qui se sont affrontés rétablissent une coexistence durable, en reconnaissant les faits passés et en organisant la justice ou le pardon.
- Sortie de guerre Période de transition qui suit l’arrêt des combats, pendant laquelle une société démobilise ses armées, reconvertit sa production, juge les crimes commis et rétablit un ordre civil.
- Transmission Passage d’un savoir, d’un souvenir ou d’une pratique d’une génération à la suivante, par l’école, la famille, l’archive ou le témoignage ; sans ce relais, un héritage cesse d’exister pour ceux qui viennent après.
Institutions
- Cour pénale internationale (CPI) Juridiction permanente siégeant à La Haye, née d’un traité, qui juge des individus accusés de génocide, de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et d’agression. 1998.
- Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) Juridiction créée par le Conseil de sécurité des Nations unies pendant les guerres qui ont suivi l’éclatement d’une fédération d’Europe balkanique, afin de juger les responsables des crimes de masse commis sur ce territoire. 1993.
- Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) Juridiction créée par le Conseil de sécurité des Nations unies afin de juger les principaux responsables du génocide des Tutsis, commis en 1994 dans ce pays d’Afrique des Grands Lacs. 1994.
- Tribunaux gacaca Assemblées de proximité mises en place au Rwanda après le génocide des Tutsis, où des juges élus parmi les habitants entendaient en public accusés, victimes et voisins. années 2000.
Concepts
- Lieu de mémoire Unité matérielle ou immatérielle, monument, date, texte ou personnage, que la volonté des hommes a chargée d’une valeur symbolique où une communauté se reconnaît. Rattaché à Pierre Nora.
- Mémoire collective Ensemble des souvenirs qu’un groupe social partage, met en forme et transmet, façonnés par les cadres du groupe autant que par le vécu de chacun. Rattaché à Maurice Halbwachs.
- Résistancialisme Lecture d’après-guerre qui présente la France comme massivement engagée dans le combat clandestin contre l’occupant, et qui laisse dans l’ombre la collaboration. Rattaché à Henry Rousso.
- Syndrome de Vichy Suite de phases par lesquelles la société française est passée face au souvenir de l’Occupation : un deuil, un long refoulement, puis un retour obsédant de ce souvenir. Rattaché à Henry Rousso.
- Tradition inventée Pratique d’apparence ancienne, en réalité établie récemment, qui donne à un groupe le sentiment d’une continuité avec un passé lointain. Rattaché à Eric Hobsbawm.
Ce qu’il ne faut pas confondre
Ces distinctions sont celles qui coûtent le plus de points. Chacune a sa page, où les deux notions sont définies et confrontées.
- Amnistie et imprescriptibilité : L’une supprime les poursuites par décision politique, l’autre garantit qu’aucun délai ne viendra les supprimer.
- Amnistie et oubli : Une décision juridique interdit de poursuivre ; elle ne fait pas disparaître les faits ni le souvenir que la société en garde.
- Amnistie et reconnaissance : L’une ferme le dossier judiciaire, l’autre admet publiquement les faits : une société peut faire l’une sans l’autre, et souvent les oppose.
- Anachronisme et critique des sources : L’examen d’un document interroge son époque de production ; la faute consiste au contraire à lui appliquer les repères de la nôtre.
- Anachronisme et mémoire : C’est une faute de méthode pour le chercheur, alors que le rapport vécu au passé projette toujours le présent sur lui, et se définit même par là.
- Archive et source historique : Tout fonds conservé est un matériau pour le chercheur, mais tous les matériaux du chercheur ne sortent pas d’un dépôt public.
- Archive et témoignage : Le premier a été produit au moment des faits, pour un usage administratif ; le second est formé après coup, par le souvenir.
- Association mémorielle et concurrence mémorielle : Ces groupes sont les porteurs de la revendication ; la rivalité est ce qui se produit quand plusieurs d’entre eux demandent la même chose.
- Association mémorielle et politique mémorielle : Les uns demandent depuis la société civile, l’État décide : confondre les deux revient à prêter à l’un les moyens de l’autre.
- Commémoration et mémorialisation : L’une est un rituel qui se rejoue, l’autre l’aménagement durable de sites et de musées qui subsiste entre deux cérémonies.
- Commémoration et loi mémorielle : La cérémonie honore, le texte voté qualifie : la première n’a pas d’effet juridique, le second en a.
- Commission de vérité et réconciliation et justice transitionnelle : Cette instance est l’un des dispositifs mobilisés dans une telle période, à côté des procès, des réparations et des réformes.
- Commission de vérité et réconciliation et tribunal pénal international pour l’ex-yougoslavie (tpiy) : L’une établit les faits et donne la parole, sans condamner ; l’autre juge des individus et prononce des peines.
- Compétence universelle et justice pénale internationale : Le juge reste ici national : c’est son État qui étend le champ de ses poursuites, et non la communauté des États qui crée une juridiction.
- Compétence universelle et complémentarité : La compétence universelle autorise un juge national à connaître de faits commis ailleurs et par des étrangers. Cette entrée désigne l’inverse du point de vue de la juridiction internationale : celle-ci s’efface tant qu’un État agit.
- Complémentarité et souveraineté : La souveraineté est le pouvoir de dernier mot d’un État sur son territoire. Cette entrée est le compromis trouvé pour la ménager : les États ont accepté une cour permanente à condition de garder la priorité du jugement.
- Complémentarité et cour pénale internationale (cpi) : La Cour est l’institution, créée par le statut de Rome. Cette entrée est la règle de répartition qui commande son intervention, et qui explique pourquoi elle ne se saisit pas de tous les crimes qu’elle pourrait juger.
- Concurrence des mémoires et mémoire collective : La forme collective nomme le souvenir partagé par un groupe ; l’expression définie ici nomme l’affrontement qui éclate quand plusieurs de ces souvenirs demandent à l’État la même reconnaissance.
- Concurrence des mémoires et devoir de mémoire : Le devoir invite à se souvenir au nom d’une leçon morale ; l’expression définie ici désigne la rivalité entre les groupes qui l’invoquent chacun pour soi.
- Concurrence des mémoires et histoire : L’histoire établit des faits soumis à la critique des sources ; les revendications décrites ici relèvent du présent et de la reconnaissance politique.
- Concurrence mémorielle et historiographie : Un désaccord savant se règle par les sources et se publie ; une rivalité entre groupes porte sur la reconnaissance publique et se joue devant l’État.
- Concurrence mémorielle et reconnaissance : La rivalité naît de la rareté supposée de l’acte public : plusieurs groupes le demandent, et chacun craint que l’autre l’obtienne à sa place.
- Cour pénale internationale (CPI) et tribunal pénal international pour l’ex-yougoslavie (tpiy) : L’une est permanente et née d’un traité que les États ratifient ; l’autre avait été créée pour un conflit précis et a cessé d’exister.
- Cour pénale internationale (CPI) et justice pénale internationale : Elle est aujourd’hui l’institution centrale de cet ensemble, mais l’ensemble ne se réduit pas à elle.
- Cour pénale internationale (CPI) et unesco : L’Unesco inscrit, alerte et coordonne les secours ; la sanction pénale d’une destruction relève d’une juridiction, pas d’elle.
Questions fréquentes
Quelles notions faut-il connaître sur histoire et mémoires ?
Ce thème mobilise 65 notions, institutions, concepts et processus. Les plus structurantes sont amnistie, anachronisme, archive, association mémorielle.
Faut-il apprendre les définitions par coeur ?
Il faut pouvoir les écrire sans hésiter en introduction, ce qui n’est pas la même chose que les réciter. Une définition sue à peu près se voit immédiatement dans une copie.
Pour aller plus loin
- Le lexique complet Les onze thèmes du programme.